VIII. — CE OUI FAIT CONTREPOIDS AUX GRANDS DOMAINES
Outre ce fait d'ordre politique. — la présence d'un Etat fort et vigilant, — un fait d'ordre économique enrayait les progrès des grands domaines et les usurpations des familles qui les détenaient : c'est que ces domaines et ces familles n'étaient plus, ceux-là, le seul mode de la richesse, et celles-ci, la forme unique des sociétés privées.
A côté des grands domaines, les petites propriétés peuvent maintenant se former et rester. Les temps de la liberté avaient été durs pour elles : cultivateurs libres et biens de terre médiocres se laissaient vite asservir et conquérir par quelque puissante seigneurie du voisinage'. La loi romaine empêcha ces empiétements tyranniques de l'aristocratie foncière :-elle assura contre elle une vie indépendante aux plus humbles possesseurs de champs -. Diverses circonstances aidèrent les empereurs à reconstituer et à favoriser la classe des menus propriétaires : le lotissement des terres dans les colonies du ^Jidi '. la concession permanente d'arpents labourables aux soldats sortant du service % le défrichement des forêts, le dessèchement des marécages % la construction de routes nombreuses'', qui étaient autant de brèches faites à travers les vastes domaines.
Puis, à la propriété foncière, grande ou petite, s'oppose la concurrence de la richesse mobilière. Banquiers, armateurs, commissionnaires en denrées ou en produits manufacturés, industriels, entrepreneurs de transports, marchands de vin, d'huile, de draps, de poteries et d'esclaves, débitants enfin de mille sortes, — les progrès de la vie urbaine, les facilités de
2. Digeste, I, 18, 6, 2. Il semble difficile que les possessores d'Aix-lcs-Bains (p. Z^Vi, n. C) ne soient pas de petits propriétaires, proupés en syndicat ou société.
3. P. 31-3, 43-7, 76-8. Le peu qu'on devine dans la matrice cadastrale d'Orange (G. /. L., XH, 124i: if. p. 2S3, n. 2), laisse entrevoir de très petits domaines.