‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 494 sur 792 · I. — IMPORTANCE DU COLLEGE A LA IIN DU MONDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

I. — IMPORTANCE DU COLLEGE A LA IIN DU MONDE ANTIQUE

Il faut donner au collège la même place qu'à la famille, à la cité, à la province et à l'Empire. Cette forme de l'accord social a. dans l'histoire des temps antiques, rivalisé avec les autres pour grouper les hommes; elle aussi a connu des jours de gloire et exercé un rôle souverain. Et si les plus grands historiens du passé ont méconnu ce rôle -, c'est parce qu'ils se sont absorbés dans leur admiration pour la cité grecque et l'Empire romain, sociétés humaines plus vastes, aux destinées longues et visibles, à la vie riche en histoire et épanouie en monuments : l'éclat de ces deux noms d'Empire et de cité les a empêchés de

1. Habanis, Recherches sur les dendrophores et sur les corporations romaines en général, Bordeaux, 1841 (très intelligent initiateur en la matière); Liebenam, Zur Geschichlc und Organisation des rœniisclien Vereinswesens, 1890; Wallzing, Etude historique sur les corporations, etc., 1893-1900; le même, art. Collegia dans le Dict. d'arch. chrét. de Cabrol, fasc. 30, 1913, c. 2107 et s.; Kornemann, au mot Collegium. dans la Real-Encyclopadie, IV, 1900; .Moinmson, Ges. Schr., IIl, p. 33 et s. [190i. posthume:; autres, p. 391, n. 13. p. 392, n. 1. p. 400, n. 3, p. 401, n. 3.

2. Par e.Kcmple, Fustel de Coulanges dans La Cité antique et Mommsen dans le Rœmisches Sta.itsrechl.

bien voir ces unions confraternelles qui germaient de toutes parts, à l'ombre des vieilles villes et des grands royaumes, obscures, silencieuses et innombrables.

Si petites qu'elles fussent, elles n'en devinrent pas moins, de toutes les manières de frayer ensemble, l'une des plus douces pour les hommes. Car on entrait librement dans la confrérie. Elle n'était imposée ni par le fait de la naissance, ni par le lieu du domicile, ni par la volonté d'un État. Elle naissait spontanément, au gré des désirs qui poussaient les êtres à vivre plus près les uns des autres. Pour beaucoup, elle tenait lieu de famille. Les collèges se multiplièrent à tel point, qu'il fallut tenir compte d'eux dans la vie politique des cités. Et à la fin, l'Empire romain redouta d'être moins fort qu'une simple confrérie, celle des fidèles du Christs

Ce n'est point la conquête latine qui a fait connaître aux Gaulois le système de la corporation. Il 3' avait déjà parmi eux des confréries religieuses, et sans doute aussi des sociétés de transport ou de vente-. iMais c'étaient des exceptions : la toute-puissance de l'aristocratie faisait que les individus, au lieu de se rassembler en collèges d'égaux, se partageaient comme clients entre les puissants du jour \ Sous le nou- A'eau régime, au contraire, l'institution se propagea avec une incroyable rapidité : un impérieux désir gagna tous les hommes, de s'unir en dehors des cadres traditionnels de la famille, de la cité et de l'Etat. — Essayons de retrouver les causes de ce fait.

La première est d'ordre économique, et nous y avons déjà fait allusion '. Grâce aux progrès de la richesse mobilière et à la construction de grandes villes, la bourgeoisie municipale et le prolétariat urbain se sont simultanément développés dans les

1. Ici, p. 395, 406 et s., 4(i7 et s., 489 et s., 518-9, 06I, 567, 597.

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