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l.MPORTAXCE DU COLLEfiE .\ LA FIN DU MONDE ANTIQUE. 387
(railles. Ces marchands, ces industriels, ces ouvriers qui pullulent subitement, ont le besoin naturel d'accroître ou d'exercer leur forces nouvelles, et. pour cela, ils comprennent vite que le meilleur moyen est de se rapprocher et de s'entendre. Aux entreprises commerciales l'association va donner plus d'ampleur et de sécurité en groupant des capitaux et en accordant des initiatives'. Aux artisans- et aux boutiquiers'^ elle permettra quelques affaires en commun, et, eux que leur humilité ou leur misère faisaient isolés et impuissants, ils pourront, en prenant leur part d'une tâche collective, créer œuvre qui dure, devenir assez forts pour maîtriser la fortune.
Les empereurs encourageaient A^olontiers ce désir. Ils trouvaient leur bénéfice à la formation de ces sociétés. Quelquesunes, en se chargeant à bon compte de certains services administratifs, évitèrent à l'État ou aux communes les frais d'une exploitation directe ". Ceux qui faisaient partie d'un collège
1. C'est le cas des sociélés qui groupent les gros marchands. Par exemple, à Lyon : 1° negotiatores vinarii, la plus importante de ce genre dans la Gaule entière et, sans aucun doute, la corporation principale de Lyon (XIII, 1911, 1921, 1954, 2033; VI, 29722); 2° negotiatores corporis splendidissimi Cisalpinorum et Transalpinoruni (XIII, 2029), qui paraît avoir l'équivalent ou une succursale à Milan (V, 3911); 3° sagarii ou « drapiers » (XII. 1898; XIII, 2008. 2010); 4° annonarir? XU, 1979): 3° negotiatores artls cretariœ, ou négociants en objets de terre cuile (XIII, 2033); G° très hypotliéti(]uement, diffusores olearii ex Bsetica, ou marchands d'huile d'Espng'ne (C. /. L., VI, 29722; Coll. Récaniier, Plombs, n" 2.39 : plutôt une agence de société espagnole à Lyon). Sauf de très rares exceptions, ce genre de collèges n'apparaît qu'à Lyon : il ne serait pas impossible qu'il y fiJt la suite de sociétés de marchands italiens établis là avant la conquête (t. III, p. 122 et 142). — Du même genre : les saUnatores civitatis Menapioriun et civilatis Morinorum (XI, 390 et 391 : si ce sont des négociants associés); les diffusores ou marchands d'huile, à Arles (C. /. L., XII, 714); les piscatores ou pécheurs, notamment conductores piscatus sur les côtes de la Frise (XIII, 8830). — Du même genre encore, les sociétés d'entrepreneurs de transport, p. 401.
2. Par exemple, les sociétés des ouvriers du bâtiment et autres citées p. 399-400. — Les nianupretiarii bur{rarii) ou ouvriers tisserands (?), de Saintes (XIII, 1036). Les opijîcas loricarii, chez les Éduens (XIII, 2828; ici, n. 4). Les cuparii ou tonneliers, à Nantes (XIII, 3104) et chez les Helviens {cuparii Vocronnesses,' près de Rochemaur<), XII, 2609; cf. les monts du Coiron).
3. Par exemple, les laniones de Périgueux (C. I. L., XIII, 941), sans doute • marchands bouchers •>, les liolitores, ou marchands de légumes, de Metz (4332), les tabcrnarii, ou débitants et aubergistes, de Castellane, Salinienscs (V, 7907).
4. Par exemple, pour le transport du blé destiné à Rome (p. 4li2). Ou encore.
d'utilité publique, tout en demeurant de simples citoyens, pouvaient se targuer d'un rôle officiel, paraître quasiment des fonctionnaires ' : ce qui dut être à cette époque, comme à d'autres, l'ambition de bien des gens. En laissant s'augmenter le nombre et l'importance des corporations, les souverains flattaient ces ambitions ou ces illusions de la plèbe et de la petite bourgeoisie. Ils les intéressaient à la vie de la cité et à celle de l'Empire; ils leur accordaient un peu. pour qu'elles ne fussent point tentées de demander trop. Cette vie collégiale, avec ses orgueils et ses passions à la fois profondes et mesquines, était un excellent dérivatif aux regrets ou aux espérances politiques qui subsistaient dans les âmes.
Il est vrai que. réunis en confréries, ces marchands et ces artisans pouvaient tenir tête à l'aristocratie foncière, jusque-là souveraine dans les cités. Mais je ne pense pas que les princes aient vu cela avec regret. Il n'était pas inutile à la solidité de l'Empire, surtout dans les provinces de Gaule, que la puissance des corporations municipales fît contrepoids à celle des possesseurs de domaines-. Ces corporations avaient peut-être plus de
pour la fahricatioH des armes : c'est ainsi qu'il y eut sur le territoire éduen, à Brèves, une corporation d'opiflces loricahi travaillant sans aucun doute pour le compte de l'État, et qui paraît avoir été placée sous le contrôle d'un centurion, au moins en ce qui concerne l'agréage des objets fabriqués (C. /. L., Xlll, 2828) : l'inscription n'est pas antérieure aux Sévères, et elle me parait marquer, en Gaule, le passage du collège libre au collège officiel. Cf. p. 332.
1. Voyez par e.xemple, à Lyon, la demi-assimilation des negotiatores vinarii aux décurions, chevaliers (e plèbe) et sévirs (XIII, 1921), — Pour les places d'honneur, cf. p. 403, p. 271, n. 1.
2. Cf. p. 383-4. — La preuve que les corpora forment un véritable ensemble, représentant ce que l'on peut appeler la plèbe constituée, et constituée en face du décurionat, parait sortir des deux faits suivants. Certains personnages sont patrons à la fois de tous les collèges d'une ville, y compris celui des sévirs ((jui est bien plébéien, p. 317) : Xlll, 1974. Dans une distribution de sportules, on met d'un cùté les décurions, de l'autre corpora omnia (XIII, 1921). — .\u point de vue municipal encore, la corporation avait un autre avantage. Gomme la qualité de citoyen de la ville n'était pas nécessaire pour y entrer, comme elle s'ouvrait à tous les incolx ou étrangers domiciliés, elle permit à ceux-ci de prendre leur rang dans la cité où ils avaient élu domicile, de se mêler à sa vie, d'y jouer un rùle. La corporation rendit aux incolx une classe et une place sociales. Et de fait, on remarquera qu'ils sont toujours très nombreux et très influents dans les corpora Xlll, 2029, 2033, etc.).