LES GOUVERNEURS
xMais ces précautions contre les abus de cette autorité n'en changeaient pas le principe et n'en affaiblissaient pas le caractère. Tout en elle venait de Rome et retournait à Rome; il n'y avait, pour la province, de droit, de justice, de pouvoir, de police, de vie et de mort, que du fait du gouverneur et de celui du prince qui renvo3'ait.
Dn tempérament ou de l'humeur de ces proconsuls et de ces légats dépendait donc le sort de millions d'hommes. Ces chefs étaient, pour cette multitude d'indigènes, autre chose que des fonctionnaires qu'on regarde passer et qu'on oublie, comme le sont les préfets actuels de nos départements. Leur nom, pendant plusieurs années, était étroitement mêlé à la vie de grandes régions'. Ils pouvaient y faire des choses très bonnes et durables, construire des villes, dès canaux et des routes, ouvrir des marchés, stimuler l'industrie et le commerce, protéger les beaux-arts- : leur puissance, leur action, leur influence, ressemblaient à celles des intendants de l'Ancien Régime, qui furent les vrais créateurs de la France contemporaine \ On se souvenait longtemps d'eux, des mauvais avec terreur, des bons avec reconnaissance. Quelques-uns des empereurs. Galba, Vitellius, Vespasien, Trajan, Septime Sévère, ont été légats dans les (jaules ou ailleurs, et la manière énergique ou conciliante dont ils se sont comportés, fut leur meilleur moyen de se recommander au choix des peuples. Le gouvernement d'une province était une excellente préparation à celui de l'Empire : un homme d'Etat y montrait sa façon d'agir en souveraine
Même dans l'extérieur de sa vie, il fallait que le gouverneur apparût comme un maître. Il portait le manteau de pourpre,
1. C'est pour cela que nous avons cru utile de donner les noms de ceux qui nous sont connus (p. 222 3, 500-1, ."iST-S. .j()8-9).