LE CONSEIL DES TROIS GAULES
autel, son temple, ses dieux communs, ses droits politiques et ses pouvoirs publics. Pour cette contrée des Trois Gaules, il n'y avait point de fonctionnaires représentant l'Etat romain : gouverneurs et intendants étaient en quelque sorte parqués audessous d'elle, dans les districts d'administration. Elle semblait une grande société indigène, tirant uniquement sa vie du sol, des hommes et des cités de la Gaule, supérieure en étendue et en dignité aux provinces créées par Rome, aux gouverneurs envoyés par César. Et s'il s'agissait de blâmer ou d'accuser un légat impérial, de la "Belgique, de la Celtique ou de l'Aquitaine, ce n'était pas sa province, c'était la Gaule entière qui se dressait j)our le juger au nom des Gaulois.
Cette fois, ce sont bien les traditions de la plus ancienne Gaule qui reparaissent.
Il existait, dans ces trois provinces, des cités qui n'étaient point d'origine gauloise, comme les colonies romaines de Nyon, d'Augst et de Lyon, comme les neuf peuplades de l'Aquitaine ibérique : ni les unes ni les autres n'eurent part à la religion des Trois Gaules'. En revanche, les nécessités militaires avaient obligé les empereurs à incorporer au département de la Germanie les cités celtiques voisines de la frontière, Lingons, Séquanes. Kauraques et Helvètes- : elles n'en envoyaient pas moins leurs délégués au conseil souverain ^ Devant l'autel gaulois du Confluent, il n'}- avait place que pour les représentants de peuples gaulois : mais aucun de ces peuples ne devait ignorer ce rendez-vous national \
1. Cela, sans être absolument hors de doute, résulte de l'absence complète d'inscriptions mentionnant dos prêtres issus de ces régions; cf. p. 441, n. 8. Mais j'ai peine à croire, d'une part, qu'il en fût toujours ainsi, et ensuite, que ces trois colonies n'eussent pas dés l'origine leurs représentants à l'assemblée; rf. p. 427, n. I. — Je parle ici du début, puisque Nyon et Augst furent ensuite rattachés à la Germanie Supérieure. Cf. plus loin, p. 440.