‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 579 sur 792 · UOLE POLITIQUE DU CONSEIL · texte numérisé non relu

UOLE POLITIQUE DU CONSEIL

nait critique, ils ne reculaient devant aucun procédé pour se procurer une majorité complaisante. Je ne parle pas de menaces ou de contrainte : il paraît difficile que les légats aient pu violenter ou intimider les députés sans motif légitime : ceux-ci étaient doublement inviolables, comme prêtres et prêtres d'Auguste. Mais il restait toujours les moyens de corruption ordinaires, flatteries, faveurs et présents.

D'autre part, ces membres du conseil étaient les chefs de l'aristocratie locale, les plus nobles et les plus opulents de leurs peuples. Pour se maintenir en bons termes avec eux. le mieux était encore de consolider leur pouvoir et leur influence. Le contrôle qu'ils exerçaient à Lyon sur les gouverneurs, leur permit sans doute de se soustraire souvent, dans leur propre cité, à l'autorité du délégué de l'Etat. En dernière analyse, il se peut donc que le conseil des Gaules, au lieu de donner à tous des garanties de justice, ait servi surtout à sauvegarder les intérêts des plus riches.

Un tel résultat n'avait rien de fâcheux pour l'autorité romaine. Cette aristocratie locale fut toujours le plus sûr de ses appuis. Avant l'arrivée de César, elle aspirait déjà à se laisser conquérir. Elle aida le proconsul à vaincre et Drusus à gouverner'. L'Empire lui procura la sécurité, lui donna des titres et des honneurs. C'était la bien connaître que de lui offrir, comme la plus belle des fonctions, celle de prêtre de Rome et d'Auguste. Elle n'était pas plus inquiétante que les gouverneurs, si souvent fauteurs de révoltes et candidats à l'Empire. A placer ceux-ci, de temps à autre, sous la surveillance des puissants du pays, l'empereur n'ôtait rien à l'unité et à la force de l'Etat, et, avec les apparences du libéralisme, protégeait sa propre souveraineté.

L'histoire du conseil des Trois Gaules donna raison à la clair-

cuin agcrcin. ijlerosj. bonos viros pcrsp^xi^ etc., parlant et procédant de la niônic manière (ju'au temps de Gicéron un candidat au consulat visitant ses électeurs italiens (cf. Gicéron, De pel. cous., 8, 30 et s.). 1. T. m, p. 223 et 24."); t. lY, p. 23. 25, 90.

voyante pensée de ses fondateurs. Il ne sortit de lui, à l'endroit de l'Empire, ni paroles de colère ni y^estes d'insurrection. Peutêtre, dans les périodes de troubles, ne demeura-t-il point étranger aux passions politiques qui déchiraient le monde. 11 est possible qu'il se soit entendu avec Vindex pour proclamer Galba', et qu'il ait, quelques mois plus tard, préparé cette assemblée de J{eims où se discuta la question de la liberté-. Mais Vindex ne faisait que parler des droits du peuple romain; et les délégués à l'assemblée de Reims votèrent à l'unanimité, moins une voix, l'obéissance à Vespasien. Le jour de ce vote, l'habitude que les empereurs avaient rendue aux cités de la Gaule, de se grouper et de délibérer ensemble, fit autant pour raffermir l'Empire que la force des légions.

Page 1