‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 637 sur 792 · DES CAUSES DE LA PERSECUTION · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE LA PERSECUTION

dedans des frontières romaines, ne formaient qu'une seule et même société, « cité de Dieu » ou « Empire du Christ ». Dans chacune de ces assemblées, à côté de leurs espérances célestes, les fidèles étaient dominés par deux puissants désirs, qui Avisaient le temps de leur vie terrestre : l'un, de demeurer en communion avec leurs frères dispersés dans les contrées les plus diverses; l'autre, d'accroître le nombre de ces frères en propageant le nom de Chrétien. Chacune de ces églises n'était pas seulement un foyer de vie intérieure, mais aussi un organe d'expansion et de combat, le point de départ de relations et d'ambitions universelles'.

La propagande, surtout, était dangereuse pour le calme de l'Empire et le bon ordre des grandes villes. Le monde n'avait jamais vu une pareille religion, d'attaque et de conquête. A chaque instant, dans les places publiques, les lieux de spectacle, aux jours de jeux, de foire ou de marché, surgissait un orateur chrétien, ardent, tenace, obstiné à convaincre, agressif, intolérant à force de foi-.

Cet esprit d'union et de combat tout ensemble, l'amour et la solidarité qui unissaient les églises, leur fidélité unanime et simultanée à la loi d'un seul maître, leur besoin presque fou d'élargir leur domaine et de provoquer des adversaires, cet internationalisme militant et insatiable, — voilà, plus encore que la nature de leur dieu, de leur culte ou de leur confrérie, voilà, je crois, ce qu'on poursuivait sous le nom proscrit de Chrétiens. Qu'on suppose ce nom s'étendant sur tout l'Empire et groupant la majorité des hommes, il devient le maître des choses, et il peut, au nom de la foi, diriger ou suspendre le cours de la vie publique.

11 est en tout cas certain que IMarc-Aurèle, au moment même

1. Dans l'ensemble, voyez Harnack, Die Mission und Aiisbrciluiuj des Christenlums, 1902, surtout p. 230 et s.

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