‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 650 sur 792 · XIV. — MORT DE MARC-AURÈLE · texte numérisé non relu

XIV. — MORT DE MARC-AURÈLE

L'histoire du monde n'offre peut-être pas d'épisode plus • mouvant que cette rencontre, dans l'amphithéâtre du Confluent, outre la souffrance de l'esclave Blandine et la puissance de l'empereur Marc-Aurèle : car, à regarder de près la scène du martyre, elle était bien la lutte entre deux forces, la foi d'une àme d'esclave et la volonté d'un maître souverain'. Et ce qui ajoute à la grandeur de ce spectacle, c'est que ce maître était fait pour comprendre la vertu de cette souffrance et la beauté de cette foi. Blandine et Marc-Aurèle auraient pu. s'ils avaient connu leurs sentiments, se regarder comme des frères dans la douleur et la piété-. Avec les deux livres qui reflètent leurs cro3'ances. les Evanr/iles et les Pensées, les hommes bâtiront un jour l'édifice définitif de la morale humaine. En ce moment, du contact de ces deux livres, il ne sortait que colères et massacres. La raison d'Etat et le métier d'Auguste firent oublier au vertueux empereur son devoir de philosophe et l'exquise bonté de son âme.

Ni lui, du reste, ni aucun de ses contemporains n'attachèrent une grande importance aux incidents de Lyon. Sans le récit qu'en écrivirent les fidèles, nous les ignorerions tout à fait. Ils passèrent inaperçus au milieu des dangers sans nombre qui menaçaient la paix romaine ^

Le (^Christianisme n'en était pas moins alors un danger de plus pour cette paix. Etre Chrétien, les martyrs de Lyon venaient de l'avouer, c'était préférer à tout le service du Christ, se détacher de l'Empire dans le silence, savoir désobéir jusqu'à la mort '. Ces

1. Cf. le mot de Marc-Aurèle dans ses Pensées, ici. p. 4'.lo, n. 2, el sa lellre au sujet des poursuiles, p. 4'.).j, n. 3.

a. ici. p. 488-48'J.

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