‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 740 sur 792 · Textes a la n · texte numérisé non relu

Textes a la n

sol sacré l'horreur des luttes civiles et des batailles fratricides'.

Mais au temps de Vitellius et de Néron, les Barbares ne se risquaient pas à franchir la frontière, même dégarnie d'hommes. Cette fois, dès que les soldats se furent éloignés, ils fondirent en masse sur l'Empire. Ils guettaient cette occasion depuis de longues années, ils en profitèrent tous en même temps, comme si un mot d'ordre leur fut donné par quelque chef audacieux, lançant le signal de l'attaque le long de la frontière, des bords de la mer Xoire jusqu'à l'île des Bataves.

Valérien put rétablir l'unité politique de l'Empire, en prenant comme Auguste la place et de Gallus et d'Émilien, tués l'un après l'autre (août '2o3)- : mais le mal était fait, et les ennemis couraient partout dans les provinces du monde romain.

Les Goths ont remonté le Danube, et vont enlever à Rome la Dacie de Trajan '^ : ce qui sera le premier affront qu'elle aura subi depuis le désastre de Varus, 250 ans auparavant. Les Alamans ont percé la muraille, occupé la Franconie et la Souabe, traversé le Ilhin% et les voici s'aventurant autour des Alpes, en Suisse, en Bourgogne, en Auvergne même : les plus hardis arriveront plus .loin encore, jusqu'en Italie et jusqu'auprès de Milan '. Les Francs ,

2. Aur. Victor, Cœsares, 31 et 32, 1; Epit.. 31 ; Euirope, IX, 5: Zonara^, XII, 24: Zosime, I, 28, 1-2. Gallus en mai, Émilien eu août 233.

3. Zosime, I, 29, 2-3; Eutrope, IX, 8; Aur. Victor, Cœs., 33, 3. Le monnayage romain cesse en Dacie après 255(Moinmscn, R. G., V, p. 220; on a dit après 256-7, Rappaporl, Die Einfdlle der Goten, 1899, p. 51-4). Là s'étalent maintenant Golhs, Vandales, Burgondes, Gépides, Ilérules et Lombards (cL p. 540, n. (j, p. 541, n. 2).

4. Liste de Vérone, édit. Seeck, p. 233 : Istœ civitales sub Gallieno imperatore a barbaris occupatœ sunt : il s'agit des cités d'outre-Rhin, et sans doute dans l'enceinte du limes : Usip[i]i [p. 462, n. 3], Tuuaniuin [Taunus; p. 469, n. 2], A'ictrensium [p. 469, n. 2], Nouarii [?; cf. C. 1. L., XI. 6053?]. Casiiarioruin [Chasuarii établis là par Rome?: cf. p. 542, n. 4]. La dernière inscription datée, dans les pays du limes, est actuellement de 249.

5. Eutrope, IX, 7 et 8 : Alamanni, vaslatis Galliis, in Itatiam penelraverunt: Aurélius Victor, De Cœs., 33, 3; Orose, VII, 22, 7 (Alamanni, Gallias pervagantes) ; Jérôme, années d'Abraham 2277-78, p. 183, Schœne: Zosime. I, 30, 3 et 4; Frédégaire, II, 40, p. 64, Kruscb (leur fait détruire Avenches). — Grégoire de Tours (et bien des hagiographes après lui) donne à une bande d'Alamans un roi du nom de Chrocus, lui fait détruire le temple de Vassogalate chez les Arvcrnes (à Clermont même plutôt qu'au puy de Dôme: cf. Audollcnt, Bull. arck.. 1907, p. 373-

566 L'EMPIHE en DANGER.

eux aussi, ont franchi le Rhin : devant eux, dans la Gaule sans armes, ils ne trouvent aucun obstacle, poussent toujours plus au sud leurs bandes de pillards, même au delà des Pyrénées, dans les champs de la Catalogne' (2o3-2oo?-). De plus loin encore, les montagnards de l'Ecosse'', les nomades des déserts d'Afrique ', les Perses du grand royaume oriental ', accourent pour prendre part à l'énorme curée.

Il faut rendre cette justice à Valérien " que, comme Décius, il fit son devoir avec intelligence et courage". — A chacune des

380), le fait ensuite passer peut-être par le Gévaudan, descendre (sans doute par la fameuse voie Regordane vers Alais à travers les Cévennes) jusqu'à Arles, où il est pris (Hist. Franc, I, 32 et 34). Et il n'y a rien que de très vraisemblable dans toute cette histoire, nom du chef compris. — En revanche, je doute fort de la circonstance suivante, qu'intercale Grégoire dans ce récit : il semble attribuer à Chrocus le supplice d'un certain nombre de Chrétiens, notamment en Auverjrne et dans le Gévaudan (p. 567. n. 3). 11 est impossible que les Barbares aient fait la moindre attention aux Chrétiens. Grégoire, comme tant d'autres hagiog^aphes, a uni en un seul groupe de faits, déterminés les uns par les autres, les pillages des Germains et les martyres des Chrétiens. — Sur Chrocus, en dernier lieu Coville, Crocus, dans les Mélanges lilléraires publiés par la Faculté des Lettres de Glermont-Ferrand, 1910. Coville accepte l'histoire, sinon le nom, de Chrocus, et il a raison contre tous ceu.\ qui l'ont précédé (.\lonod. Études critiques sur les sources de r hist. mérov., 1872, p. 96-7; etc.).

1. Eutrope, IX, 8 : Germani usque ad Hispanias penetraverunt et civitatein nobileni Tarraconeni expugnaverunt; Orose, VII, 22, 7-8 (Germani ulteriores); VU, 41, 2; Jérôme, a. d'Abr. 2280. A cette invasion on peut peut-être rapporter un des textes sur .Vurélien combattant les Francs (Aurel., 7-, 1; cf. p. 542, n. 4, p. 531, n. 1, p. 367, n. 2) : Francos ... vagarentur per tolani Galliam. — On peut rattacher à ces invasions les enfouissements de trésors datant de ce temps (Blanchet, Les Trésors de monnaies romaines, 1900, p. 37-8).

2. Deux dates sont possibles au sujet du début de ces deux invasions. Celle de 237, c'est-à-dire après le dépari de Gallien (p. 372); elle parait jusfifiée par les écrivains latins, et par le fait que Grégoire (p. 367, n. 3) semble faire l'invasion contemporaine de la persécution de 257-238. C'est l'opinion courante; en dernier lieu, Homo, Revue hist., C.KIII, 1913, p. 16-17; auparavant, surtout von Wietersheim et Dahn. I, p. 622 et s. — Celle de 233, ([ue j'ai préférée, non sans hésitations, pour les motifs suivants : 1° ces invasions cadrent mieux avec le fait des guerres civiles de 2.33; 2' Gallien réorganisa la frontière du Rhin et ne la laissa qu'à de bons généraux (p. 372, n. 2); 3" c'est surtout en 233 qu'elle fut dégarnie de troupes cf. Zosime, 1, 28-29); 4° c'est bien vers cette date que le limes parait rompu (p. 565, n. 4); 5" Zosime place avant l'arrivée de Gallien le principal danger germanique (I, 30, 1-3); 6" Valérien persécuta les Chrétiens en 257-8 (p. 567) : s'y serait-il risqué au milieu des périls d'une invasion"?

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