‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 757 sur 792 · V. — VICTORIXUS ET LELIANUS · texte numérisé non relu

V. — VICTORIXUS ET LELIANUS

Mais en demeurant romains, les Gaulois avaient gardé les déplorables habitudes du Romain de cette époque, son incapacité d'obéir longtemps au même empereur. Les historiens latins leur ont reproché, à ce propos, leur tempérament brouillon et leur esprit révolutionnaire ^ Mais aucune province de l'Empire, l'Espagne exceptée, n'était alors indemne de ces défauts.

Postume eut beau multiplier les victoires : dès la huitième année de son règne (26o), il n'a plus ses peuples en main et il

1. Aurélius Victor, De Cœs., 33, 8; Eutrope, IX, 9: Orose, VII, 22, 10.

2. Triginta tyranni, 3, 6. — Un nouveau mystère de l'histoire de Postume et de ces empereurs gaulois, est qu'ils n'ont laissé aucune irace dans les traditions chrétiennes, ni en hien ni en mal. Faut-il leur attribuer quelques-uns des martyres mis sur le compte de Valérien (p. 567)? faut-il croire, ce qui est plus vraisemblable, qu'ils n'ont pas appliqué l'édit du dernier empereur?

3. C. /. L., 11, 4919, 4943; monnaies de Tarragone, Markl, Numismatische Zcitschrift, XVI, 188i, p. 413; Blanchet, Manuel, I, p. 110.

4. C. I. L., Vil, 1101-2^ 820 et 822. Les pièces NEPTVNO COMITE UEDVCl (n"' 170-3) indi([uent peut-être un voyage en Bretagne.

5. On peut songer aux dix légions dont on trouve des pièces d'or au nom de Victorinus (de Witte, n"" 34-46). Parmi elles, on constate la I", la X.XII', la XXX', qui nous sont connues en Germanie (p. 474, n. 2: la VllI'' manque jusqu'ici), la XX", qui a pu y venir sous Gallien (p. 571, n. 2); les autres sont les 11° Trajana d'Egypte, IV^ Flmia de Mésie, V" de Dacie, X" Frelensis de Judée, XIH" de Dacie, .KIV de Pannonie. — On a supposé (de Brequigny, p. 354) que Victorinus avait amené ces dernières à Postume. Mais cela est fort difficile, vu la dispersion de leurs lieux de garnison. Et (}ui sait si celte série de monnaies, d'ailleurs exceptionnelle, n'indique pas, soit une réorganisation de l'armée des Gaules, soit un simple hommage à toutes les légions de l'Empire, soit n'importe quelle manifestation il nous inconnue? — D'ailleurs, avec les armées du Rhin, d'Espagne et de Bretagne, Postume avait au moins huit légions.

6. More illo quo Galli novarum. reruin scmper sunt cupidi [Trii). tyr., 3, 7).

lui faut pactiser avec des ambitions rivales. 11 voulait sans doute donner le nom de César à son fils ', ce qui montre son espérance de fonder une dynastie. Mais, sous le coup d'une guerre avec Gallien-, il dut y renoncer, et il accepta^ comme Auguste un de ses générau.v*, Victorinus (265?) '.

Cela n'empêcha pas sa chute. Ses soldats lui en voulaient constamment de leur imposer trop de travail et de leur accorder trop peu de butin. Les plus mécontents donnèrent la pourpre à un officier de Mayence, Lélianus. Postume. toujours bon général, vainquit le rebelle, mais il refusa de livrer la ville au pillage. Cettefois, ses troupes se retournèrent contre lui, regorgèrent, et passèrent à Lélianus'^ (fin 267? '). Postume n'avait commandé que dix ans.

3. GalL, 7, 1; Triginta tyr., 6. — On a douté de ceUe association (Prosop., I, p. 310), dont parle seulement VHistoire Auguste, et on a considéré Victorinus comme un successeur de Postume : opinion qu'autorisent les témoiirnages concordants d'Eutrope (IX, 9), Orose (VII. 22, 11) et Aurélius Victor {De Caes., 33, 12), lesquels, d'ailleurs, placent Victorinus après Lélianus et .Marins (p. 584, n. 1), tous trois copiant sans doute une source commune. Et il est de fait que les inscriptions ne mentionnent pas ces deux Augustes ensemble, (jue les monnaies ne montrent pas leurs images accolées, et qu'il n'est peut-être pas nécessaire de tenir compte des monnaies de Victorinus ou de Postume à la marque AVGG (de W'itte, p. 66, n° 267, p. 112, n" 86, p. 116, n"' 99 et 100). — J'ai préféré cependant m'en tenir au récit de VHistoire Auguste : d'abord, parce qu'on ne s'expliquerait pas l'origine de ce récit, s'il n'y avait pas eu un règne simultané de deux princes; ensuite, parce qu'il parait préférable de compter avant 268 les trois ans de règne de Victorinus (n. 5). — Peut-être Postume a-t-il simplement toléré l'usurpation de Victorinus à Cologne, et accepté le partage de l'empire avec lui.

4. Peut-être son préfet ou tribun du prétoire (p. 576, n. 7). — On a essayé (p. 581. n. 5) d'en faire un général venu d'ailleurs avec de nouvelles légions.

5. La date résulte du calcul suivant. Il est préférable de mettre en 268 la mort de Victorinus (p. 584, n. 4; cf. p. 572, n. 4). Or, il fut trois fois consul (de Witle, n" 71). Ses trois consulats doivent donc se placer en 266, 267. 268. Comme, d'autre part, il paraît avoir reçu \sipotestas tribunicia avant son premier consulat (cf. n''68 6), il a pu être nommé Auguste en décembre 26o. — Mais ces calculs, on le voit, ne reposent que sur de fragiles documents. Et si la date de 268 pour la mort est fausse, il y a un motif de plus pour faire de Victorinus le successeur de Postume (n. 3), et le faire régner en 268-270 ou 267-269.

6. Eutrope, I.\, 9: Aur. Victor, De Cœs., 33, 8; Orose. VU. 22, 11: Triginta tyr., 5, 1; 3, 7; 4, 1; Jean d'Antioche, fr. 152, Didot. IV, p. 598. C'est sans doute dans ses derniers jours de régne que Postume, dit-on, fit un .\uguste de son (lis, qui, du reste, périt avec lui {Trig. lyr., 4, I). — Peut-être Postume êtait-il alors brouillé avec Victorinus (p. 582, n. 3).

VIGTORLXUS ET LÉLIANLS. S83

Victorinus ' ne fut pas atteint par la révolte'. Il résidait sans doute à Cologne \ il y continua son règne, concédant Mayence à Lélianus\ En fait ou par suite d'un accord, les deux chefs se partagèrent la Gaule. — La voilà donc divisée entre deux empereurs, et cette histoire de l'Empire gallo-romain, qui aurait pu être une si belle chose, sombre dans les lamentables banalités de l'anarchie militaire.

La conséquence fut le retour immédiat des Barbares : Francs et Alamans ne se laissaient pas décourager aussi vite qu'au temps de Maximin. Ils se tenaient aux aguets, prêts à saisir les occasions. Tandis qu'on se battait à Mayence, les Germains franchissaient les lignes de la Souabe, emportaient les redoutes, arrivaient jusqu'au Rhin, poussaient au delà^

Lélianus fit bien son nouveau métier d'empereur : les chefs, en ces temps étranges, avaient plus que leurs hommes le sentiment du devoir. Il courut sus aux Barbares, et, quand il les eut détruits ou refoulés % il s'apprêta à tout remettre en l'état, construisant des murailles, obligeant les soldats, comme autrefois César, à se faire charpentiers, terrassiers et maçons. Ce rappel à la discipline romaine ne pouvait que provoquer une révolte. Lélianus fut massacré, moins d'un an après Postume (268) '.

1 . Inip. Cœsar M. Piavonius [Piaonius. Piavvonius] Victorinus Augustus ; cf. p. 376, n. 7.

2. Soit, comme je le crois, qu'il ait été empereur dès la fin de 263, soit qu'il ait seulement, à la mort de Postume, partagé l'empire avec Lélianus (cf. p. 582, n. 3 et 3).

3. Cf. p. 584, n. 4. — Victorinus fut aussi reconnu en Armorique (C. /. L., XIII, 8999, 9ÛU6, 9012), chez les Renies (9040), en Bretagne {Epk. epigr.. Vil, 1097; IX, 1234; C. I. L., VII, 1160). régions où on trouve un nombre assez singulier de bornes milliaires à son nom.

4. Imp. Ca-sar ilpius Cornélius Lœlianus Augustus. — On peut supposer qu'il a été accepté quelque part en Espagne (de Witte, p. 119, n" 1).

5. Trig. tyr.. 5, 4. — On peut, sans certitude (cf. p. 601, n. 9), rapporter à ces incursions des Francs en 268, et peut-être à une arrivée de Sa.\ons par la mer (cf. p. 542), l'enfouissement des trésors d(! monnaies (jui ne renferment que des pièces de Postume : trésors qui sont innombrables au nord de la Loire (Blanchet, Trésors, p. .39-41).

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