VI. — VICTORIA
Cette fois Victorinus était seul maître en Occident'. Il associa son fils à l'empire-, il donna une grande part du pouvoir à sa mère, une Gallo-Romaine appelée Victoria, qui paraît avoir été une femme de grande valeur, riche, intelligente, énergique-'.
Mais la nouvelle dynastie ne dura guère plus que le principat de Lélianus. Victorinus et son iils périrent à Cologne dans une misérable intrigue (268) \ On les remplaça par un officier de peu, ancien ouvrier d'armée, Marins ' : trois jours après, on se défit également de lui •"'.
Mais Victoria restait, aussi puissante qu'autrefois, et l'on peut se demander si elle n"a pas dirigé elle-même quelqu'une de ces rapides tragédies. On racontait qu'elle eût pu prendre pour elle
1. Trig. tyr.. 6, 3. — A moins de supposer, ce qui est fort possible, que Marius ait remplacé tout de suite Lélianus à .Mayence. Victorinus restant empereur à Cologne et n'arrivant à l'empire unique qu'après la mort de Marius : ce qui pourrait être la version do Tauteur que suivent Eutrope (IX, 9i, Aur. Victor (De Cœs., 33. 11-12), Orose (VII, 22. Il), et Jean d'Antioehe, fr. 152 (Didot, IV, p. 598). Cf. n. 0.
2. La tradition racontait que la mort de Victorinus, l'adoption et la mort de son fils avaient eu lieu sub eadem horn (Trig. tyr., 7).
3. Cf. p. 58o, n. 1. On l'appelait Mlruvia sive Victoria ou Victoria sive Vitruvia. et il est possible que Vitruvia fût son nom de famille, Victoria son cognomen ou, plutôt, son sobriquet. Trig. tyr., 7; 6, 3: 5, 3; 30, 23: 24, 1; Claudius. 1. 1; 4, 4; Aur. Victor, De Cœs., 33, 14.
4. Trig. tyr., 7; Aurélius Victor, De Ca>s., 33, 12-14: Eutrope, IX, 9: Orose, VII. 22. il: Jean d'.\ntioche, fr. 152. Vers mars 268? cf. p. 572, n. 4. — Si celte date est fausse, on le fera régner de 267 ou 268 à 269 ou "270 (cf. p. 582. n. 5).
3. Iinp. Cxsar M. Aurélius Marius Auguslus. — Trig. tyr., a, 3; 8. Voir une autre tradition, qui fait de Marius le successeur de Lélianus [h Mayence?] et le prédécesseur de Victorinus, n. 1.
6. Secundo die, Eutrope. I.\, i); post biduuin, Aur. Victor. 33. 12; triduo. Triginta tyranni. 8, 1 : Orose, VII. 22. 11. — On s'étonne à bon droit de cette brièveté de son règne, et on tendrait à le prolonger de beaucoup, vu l'abondance de sou monnayage (Eckhel, VII, p. 454). Mais remarquons que celte période est peut-être, de l'iiistoire romaine, celle où le monnayage a atteint en Gaule sa plus grande intensité. Et on a pu, après la mort de Marius, frapper des pièces à son nom. Il n'est même pas impossible, si on accepte (ju'il ait remplacé Lélianus à Mayence (n. 1 et 5), (ju'il ait régné plus longtemps dans cette ville et seulement deux jours à Cologne. — Comme pour Lélianus. les témoignages épigrapliicpies manquent. — Sur les efforts faits à l'aide des monnaies pour trancher la question des dates respectives de Victorinus et de .Marius, von Sallet et Erman dans la Zeitschrift fiir Numismatik de Berlin. VI, 1879, p. 63-66, et Vil, 1880, p. .349-331.
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l'autorité suprême, mais qu'elle la dédaigna, et la fit donner à Tétricus son parent. Celui-ci l'accepta et put la garder' : et cela prouve que cette Victoria, qui faisait et maintenait des empereurs, fut vraiment alors une sorte de souveraine des Gaules, une « mère des camps » respectée et obéie, Fémule en gloire de la Zénobie d'Orient".
Quelle époque singulière que celle-là, où des femmes gouvernent et sauvent l'Empire ! C'est aussi celle où la Terre, Mère des Dieux et des Hommes, enchaîne le plus fortement à son culte les peuples de nom romaine On dirait qu'en obéissant à des reines, les hommes ne faisaient qu'accepter pour l'Etat la loi qu'ils établissaient dans le monde des dieux. Jamais, dans les temps de culture classique, la souveraineté de la femme ne montera plus haut.