‹ Histoire de la Gaule (volume 5)Chapitre 759 sur 792 · TÉTRICUS · texte numérisé non relu

TÉTRICUS

En un an, la Gaule avait donc vu sept empereurs, dont six avaient été éororiiés \ Livrée à elle-même, elle égalait Rome en folie du changement. — Mais après ces excès, elle s'assagit tout d'un coup, et son histoire redevient honnête et calme.

Le choix de Tétricus ' fut sans doute provoqué par une réaction des populations civiles contre les désordres militaires. Il appartenait par son origine à une société toute dillérente de

1. Trig. tyr.,, 5, .3. — On l'appela cependaut mater castrorum et Augusla, et la Monnaie de Trêves frappa en son nom des pièces d'or, d'argent et de bronze. quorum hodieque forma exstal (TrUi. tyr., o, 3; 31, 1-3; il n'en reste aucune).

2. On disait que Zénobie souhaita de partager le pouvoir avec elle {Trig. tyr., 3U. 23; Claud., 4, 4).

4. En acceptant la tradition des écrivains anciens (cf. p. 572, n. 4, p. 5S4, n. 2 et 0).

5. Iinp. Cœsar Caius Plus Esuvius Tétricus Auguslus. — Mûmes noms pour son fils, qui fut fait Cœsar. — Le gentilice Pius est étonnant. De même, celui d'Esuvius, (jui paraît rappeler, non Ksus le dieu, mais la peuplade de Normandie les Esuvii (t. II, p. 489). Tétricus est donc peut-être d'origine celtique. Ce qu'on ne peut dire d'aucun autre empereur romain.

cette soldatesque où on avait pris Lélianus et Marius. Sa famille était noble, et lui-même portait le titre de sénateur romain, ce qui suppose un bel état de fortune'. Victoria, son alliée et sa protectrice, était également très riche-. On peut donc croire à un réveil de l'aristocratie foncière, et qu'elle s'empara du pouvoir après les tragédies de Mayence et de Cologne ^

Lorsque Télricus fut pris pour empereur, il se trouvait loin des camps, à Bordeaux, où il résidait en qualité de gouverneur de l'Aquitaine '\ La fonction était purement civile; et Bordeaux, où il revêtit la pourpre ", était la ville de Gaule la plus éloignée de la frontière, absorbée uniquement par la culture de ses terres et les affaires de son commerce, aussi dilîérente d'une cité militaire qu'on le pût imaginera

Le peu que nous savons du règne de Tétricus nous fait également voir en lui une humeur pacifique". On le représente sur ses monnaies non pas seulement en imperator, recouvert du manteau de guerre et armé de la lance de combat, mais aussi en sénateur ou en prince civil, habillé de la toge, à la main le sceptre ou la branche de laurier \ Les formules qu'il aime sont celles d' « Abondance », d' « Equité », et, plus encore,

1. Triij. tyr., 24, 1 ;Aur. Victor, Z)e Os., 33, 14: Eutrope, IX, 10; Jean d'Anlioche, fr. 152.

3. Remarquez que l'avènement de Télricus est, à quelques semaines près, contemporain de celui de Claude le Gothique (vers le 24 mars 268), qui marque également le réveil de l'autorité sénatoriale {Claudius. 18). J'ai peine à ne pas voir un lien entre ces doux faits. — Il est vrai que, si on place le régne de Viclorinus en 268- 270 (p. 382, n. 3, p. 584, n. 4), il faut rejeter et limiter entre 270 et 273 le règne de Tétricus : ce qu'on pourrait également appuyer sur ce fait, que les monnaies de Tétricus ne citent que trois de ses puissances tribunices. Mais la mention de ces puissances est une chose si rare dans son monnayage qu'on ne [>eut en tirer argument (p. 589, n. 5). Cf. p. 388, n. 1.

4. Triij. tyr., 24, 1; Eutrope. IX, 10 : Aquilaniain honore prœsidis adininislrans absens n militibus imperator eleclus est et apud Burdiç/alam purpurain suinpsit: Orose. VU, 22, 12: Aur. Victor, De Cœs., 33, 14; Jean d'Anlioche, fr. 132 (tîep'.Ôéijievo; tt,v •::op5-jpav h Bo-jGÔovâ/.f» -ô/.e;).

Page 1