IX. — DES CAUSES DU SALUT DE L'EMPIRE
Depuis quinze ans que Gallien a disparu, Rome n'a été gouvernée que par des maîtres excellents, généraux intelligents, administrateurs de mérite, hommes de courage, de travail et de devoir. Ces souverains, Claude, Aurélien, Tacite, Probus, se sont tellement ressemblés dans leur conduite et leur caractère, qu'on les dirait appartenir à une même lignée, admirable et ininterrompue. On vient de voir la grandeur de leurs entre-
1. Probus, 21 ; Aur. Victor, De Cœs., 37, i; Epil., .37, 4; Eutr., L\, 17; Zon., XM, 29.
2. Ce (|ue remarque sou biographe (22, 3) : Ex ejus discifilina Caru-;, Diodclianus, Conslanlius.
3. linp. Cœsar M. Aurelins Canis Auguslus. — 11 est possiMo qu'il fût de Nnrbonue (Eutrope, IX, 18; Aurélius Victor, De Cxs., 39, 12; Eidl., 38, 1; Zouaras, Xll, 30; Sidoine, Cunnina, 23, 93), niais la chose est incertaine (cf. p. 614, n. ."i).
4. II partagea l'Empire entre ses deux fils, Carin, l'aîné, qui eut l'Occident {M. Aurélius Carinus), et Numéricn, qui le suivit en Orient (M. AurcUus Nuincriui Numeriaims) : Carus, 10, 2; Aur. Victor, De Cxs., 38, 2; Eutroi»e, IX, 18. Tous deux étaient alors Césars, et devinrent empereurs au milieu de 283, ù la mort de Carus. — Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il y eut des dédicaixM à Nuniérien dans la région des Alpes (Aime, XII, 110; Sisleron, L"523). — Numéricn disparut en 284, Carin en 28.5.
o. .abdication de Dioctétien en 305, sa mort en 313. — Ce (jne reinaniue bien Tiilemont [Diocl., art. 1) : « Ce quatrième tome nous présente une idée plus capable de nous plaire. ■•
612 LA RESTALRATION.
prises. La rénovation de l'Empire est d'abord l'œuvre de ces chefs, c'est-à-dire de quelques hommes.
Cette suite de bons empereurs rendit confiance aux provinces. Elles persistèrent à penser que les dieux ne cessaient point d'aimer l'Empire. Pour connaître les hommes de ce temps, rappelons-nous l'intensité de leurs sentiments religieux. Ils croyaient au Génie du Peuple Romain', divinité mystérieuse et redoutable, dont la présence invisible animait les plus grands des Césars, dont la colère provoquait les mauvais règnes. Après la mort de Gallien, le Génie regarda de nouveau du côté de ses peuples, ils sentirent qu'il les protégeait encore : il inspirait le choix le meilleur à ceux qui nommaient les princes et les actes les plus dignes aux princes qu'on avait choisis.
Car ces quatre souverains ont été choisis et ne se sont point imposés. Leur proclamation est le fait de volontés libres et de décisions mûries. Armée et sénat s'entendaient pour chercher de bons candidats. C'est l'armée, ou, plutôt, létat-major qui nomma Claude. Aurélien et Probus; c'est le sénat qui nomma Tacite. Entre elles, les jours d'élection, l'une et l'autre puissance rivalisaient parfois de compliments et de déférence'.
J'affirme, du moins pour ce temps-là, que ces attitudes étaient sincères. Officiers et sénateurs paraissent animés de passions généreuses, de sentiments désintéressés, d'une conscience profonde de la dignité romaine. Nous n'avons rien vu de pareil depuis la mort d'Alexandre Sévère. Une nouvelle génération est arrivée au pouvoir, forte et réfléchie, dont la jeunesse a subi l'expérience d'angoisses et de désastres, qui trouve et qui veut les mesures propres à sauver l'Etat. Elle s'associe avec
1. Aurélien consacra au Genius Popiili liomani, sur le Forum, une statue d'or qui devint célèbre (Chronographe de 354, p. 148, Mommsen). Homo {Aurélien, p. 130) a justement remarqué (]ue cette statue marque une renaissance du culte du Génie. Genius Publiais : Ammien, XX. o. 10; XXV, 2. 3; rf. XXII, 11. 7; XXllI, 1,6.
2. Voyez la lettre de Probus au sénat. Probus, 11. Religioso ccrtamine, Tac, 1, I.