LES DRUIDES COMME SOCIÉTÉ FÉDÉRALE
autres hommes, dans des lieux clos et d'une existence cachée. Or, nous avons vu que leur manière d'être fut fort différente. Nulle part il ne nous est dit que les prêtres d'une cité fussent regardés comme hors du siècle; et le fait qu'ils pouvaient se marier, s'enrichir et courir le monde, exclut l'hypothèse de la claustration. L'espace sacré du territoire carnute était un lieu de rendez-vous, et non pas de demeure permanente : les druides n'y venaient (ju'au temps de leurs assises solennelles'. S'ils étaient attachés entre eux par un lien relig-ieux, rien ne prouve que ce lien fût toujours serré : il avait la force et la valeur de celui qui unissait les évêques dans l'intervalle des conciles. Le clergé des druides était une fédération de dignitaires, et non pas une congrégation de moines.
Cette fédération comportait une hiérarchie; les druides, pas plus que les nobles, n'étaient égaux en dignité. Ils étaient présidés par le grand-prêtre, qui jouissait d'une autorité fort grande parmi eux, et dont la souveraineté ne finissait qu'avec la vie. A sa mort, le plus élevé- des prêtres lui succédait; s'il s'en trouvait plusieurs de même rang, on recourait à l'élection. Quand l'entente ne pouvait se faire, on s'en remettait au jugement par les armes : les candidats combattaient, et l'épée décidait alors de la grande-prêtrise gauloise', comme chez les Latins elle décidait de la royauté sacerdotale de Xémi^ C'était une fonction singulièrement batailleuse que celle des druides; elle conservait, si l'on peut dire, des mœurs royales : quand ils ne tiraient pas le glaive contre l'ennemi, ils s'en servaient contre leurs confrères.
Un lien fédéral, une hiérarchie couronnée par un monarque, des compétitions à main armée, voilà quelques-uns des traits