ORIGINES DIVERSES DE LA RELIGION GAULOISE
César a dit des doctrines enseignées par les druides : « C'est de l'île de Bretagne, croit-on, qu'elles sont originaires; c'est de là qu'elles auraient été importées en Gaule ; aujourd'hui encore,
1. Cf. t. 1, p. 13.J et suiv., p. .3.56 et s. — Tous les travaux cités pour le ch. IV, et, en outre ou en particulier, les suivants : Cliiverius, Germania antiqua, 1631, en particulier p. 154 et s.; Schedius, iJe dis Germanis, 1G48; Keysler, Anliquilalcs seleclœ Se/jCentrionales et CcUicx, Hanovre, 1720 (encore à consulter); [dom iMartin), 1727 (beaucoup trop dénigré); des Koches, Mêm. sur la religion des peuples de l'anc. Hrlgique, dans les Mém. de l'Ac. imp. et roy. de Bruxelles, 1777, p. 413 et s.; de Wal, Mylhologise Septenlrionalis monumenla, Ulrecht, 1847; Recker, lieilrage :ur rœmischkeltischen Mylliologie, lionner Jahrhiiclicr, X.WI, 1858, p. 70 et s., .XXVII, 1850, p. 75 ei s., XLli, 1807, p. 90 et s., etc.; de Relloguet, 1808, p. 102-21)5; Lellocq, Hludes de mylliologie celliqui^, Orléans, 1800; Gaidoz, notamment : 1" article Gaulois (lieligion des) dans V Encyclopédie des Sriences religieuses de Lichlenberger, V, 1878, à part sou- It! litre Esquisse de la religion des Gaulois, 1870; 2" Le Dieu gaulois du Soleil et le Symbolisme de la roue, ficv. arch., 1884 et 1885;. Floucst, Deux Stèles de Inraire, n^v. 'ircli., I8S4 et 18 «5; Rh)''s, Cellic HeuUu-ndom, 1888 (T/tc Ifibbert Lectures,
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ceux qui veulent les a|Hirofondir se rendent presque toujours dans ce pays '. »
L'i'crivain latin ne pfirle que des dogmes professés par les druides; il ne dit pas que ce genre de sacerdoce ait été créé en lîretagiie : il rapporte seulement que l'île passait pour le berceau de leur philosophie ou de leurs croyances, et que les pirtii> de là-bas les conservaient dans leur pureté originelle.
Le sud de la Bretagne était alors, depuis deux ou trois siècles, une terre gauloise. 11 avait été occupé par des Belges, les derniers arrivés en deçà du Hliin*. L'Ile était la colonie la plus récente du nom gaulois. Tandis que dans la lA'lti(jue cisrhénane, Celles et Ligures s'étaient mêlés à tel jioint que nul ne les distinguait, et que seuls quelques prêtres conservaient le souvenir
1880); Miiwul. lieinarqun sur Us inscrii,tions antiques de Paris, IXS:i (Hnll r:.i.!r,,phiqur); d'Arliois de Jubain ville, Le Cycle mythoUtgique irlantlais et /</
celtique, IS.S4 {Cours de litlcrtiture celtique. II); Allincr, Les Dieux de la < . ;
la fievue ^iiigra/ihique, h pnriir d'avril 1891, III, p. 298 et s., n"' l04l el suiv. ; Iteinach, iSromes Jigur/s de la Gaule romaine, [I8U4[, de^criplion du Mus.«'t' de Sainl-nermoin («npilnl ; Zancotiu-istiT, .\eue Hei,lrV>rr<jer Jahriûrher, \ , |,S9.', p. iO et s.; Dollin, Manuel, 1900; Ik'iiinch, Cultes, Mythes et fteliijions, I. I9W, cl. en «Icrnier lieu. Mercure tric^i>hale, 1907 (Hro. de l'Iiist. des religions ; llosolier. .1 l.erikon der griechischen und rceinischet» Mythologie, 1884 el s. (on cours > , tion); Rend, I>cs Fieligions de la Gaule avant le Christianisme, IQOTi. Puur les survivances : Sfhilldt, Le Folh-lore de France, I. 1904. U Ciel el la Terre, II. I9«t.'). La Mer el les Eaux douces. III, 1900, La Faune et la Flore. — Pour les dieux cumme pour les autres institutions (et. p. H, n. r>)j'liesiU' ù tirer parti des rensemnrtmiits fournis par les documents brilanni<|iif"*. et notamment les épop«-es irinii.l - (cf. p. 108, n. 11; Squire, 77if .Mylh'>U>gy o/ Ihe Untish Islands. Londres. I • ' ■ A Chercher des p<iinls de comparaison, je pr<^fcn'rais les dfxumcnls qui loiicernenl la fiermnnie, c'esl-ii-dire le pays d'où sont venus le» Celles (t. I, p. 227 el s.), cl. en particulier, ceux que nous fuurniss«'Ql le» textes les plus anciens (cf. (irimm, Deutsche Mythulogie, 4* inl., Meyer. 1873 8, 3 vol., toujoup» rnpii.nh «•» \t> chaudron d'arpent de (iunde-lrup et les corne» d'or de Gall ~ \
Surdiske Fortuisminder, C.oponlia^'ue, IS92. et Monhsehe A^. p. IM cl».; Bertrand. Religion. \>. ;W2 el s.), bien que. conlrairciin lU u l\>\ rouranle, je ne puisse- les appeler celliqu«*s : ce sont, si je ne me Irompe. piislcrieurs a l'épotjue chrt'tienne el d'oripine germanique; mmlitnri'* représrnUVs avec celles du monde paulois est siirprenanh u cornes, h rouelle, sanglier ens»'ipne, dieu accroupi el à cornes de -cri. cxdHaiiuu «lu torque», serpent cornu. vicUnie plongée dans une cuve. etc.).
I. Disciplina in Itritannia refirrta, atque inde in Galliam Iranslattt este ej-istimalur; et tiune, qui tUligentius eom rem c gnoseere i<o/unr. plerumque illo dtscendi cmisn jrolieitciintur; ('.èsar. VI. 13, 11-12.
a. Ck-sar. V, 12, 2; cf. l. I. p. .120 cl suiv.
ORIGINES DIVERSES DE LA RELIGION GAULOISE. llo
d'une différence d'origine', les Gaulois de la Bretagne se séparaient très nettement des populations primitives -. La fusion nY était point achevée entre les deux groupes d'hommes. Sur le continent, vainqueurs et vaincus avaient fini par confondre leur sang, leur tempérament, leurs habitudes et leur religion ; les Gaulois insulaires, en revanche, pouvaient discerner sans peine leurs dieux de ceux des indigènes, leurs traditions nationales et les coutumes des lieux. Les grandes divinités qu'ils avaient amenées avec eux étaient demeurées plus fidèles à leur caractère primitif% comme il arrive toujours à des divinités qui n'ont pas encore intimement frayé avec les Esprits du sol conquis : ce qui gala et transforma Jaliveh, ce fut le contact persistant avec les Génies de la terre soumise par Israël, et plus son séjour se prolongeait sur cette terre, plus il perdait les traits distinctifs du dieu qu'avait apporté Moïse '. Il y avait enfin, en Bretagne ou dans les îles voisines, quelques-uns de ces antiques sanctuaires, consacrés à la Terre ou aux Morts, qui jalonnaient les rivages et le pourtour de l'Europe ^ : les prêtres ou les confréries qui les desservaient avaient vécu à l'abri des invasions et à l'écart des influences nouvelles; et si les druides, ce que je crois, ont eu la curiosité des rites et des mystères de cette religion attachée au sol et presque aussi vieille que l'homme même, c'était près des mers lointaines de l'ile voisine qu'ils pouvaient les étudier dans leur pureté liturgique.
En d'autres termes, la Bretagne offrait les moyens de mieux connaître et les vrais dieux des Gaulois, ceux qu'ils avaient tirés de leur patrie antérieure, et les dieux propres de la terre que
1. Ammien .Marcellin (Timagéne], XV, 9, 4: i f. t. I, p. 227, n. 2.