LES DIEUX DE CHACUN
divines, et sans relâche, en dépit des chefs et des éducateurs, les âmes les façonnent, les mêlent et les transmettent à leur guise. L'histoire religieuse de tous les peuples est celle d'une lutte entre le dieu des prêtres et le dieu de chacun.
En dehors des lois et des pratiques publiques, chaque famille ou chaque individu choisissait dans un dieu la fonction qu'il préférait, et ne l'adorait que pour cette vertu spéciale. Pour les uns Bélénus demeura le soleil', il fut la source pour les autres"-, et le bon médecin pour beaucoup^ Et le même dévot, suivant les actes ou les craintes de sa vie, modifiait le caractère de son dieu. On parlait de Tentâtes tantôt comme d'un sage vieillard à la barbe touffue, Nestor celtique qui captivait les foules suspendues à sa bouche d'or*, tantôt comme d'un sombre Pluton, qui engendrait les hommes et qui les reprenait ensuite". Protecteur du nom celtique et de la plupart des cités, il jouait encore le rôle de Génie domestique ^ et devenait le dieu d'un seul après avoir été le dieu de tous" : les Gaulois pouvaient l'avoir chacun chez soi, armé du maillet, flanqué du chien, vêtu de la peau du loup, et faisant, avec l'aide du serpent et du bélier, l'orfice d'un gardien de domaine \
J. Ihm ap. Wissown, 111, c. 201. C. I. L., V, S03; cf. 732.