‹ Histoire de la GauleChapitre 187 sur 718 · XVII. — LIEUX SACRÉS · texte numérisé non relu

XVII. — LIEUX SACRÉS

Si les druides ont défendu à l'homme de figurer les dieux à sa ressemblance, ils ont dû lui interdire, pour des motifs analogues, de les loger dans des maisons semblables à la sienne.

La règle générale ou la loi, au temps de César, fut de ne point

1. Sans quoi César, VI, 17, 1, n'eût point parlé avec une telle assurance.

2. On a supposé l'importation ou même la copie de statuettes d'Hercule dès le temps de César (Reinach, Bronzes, p. i26-9).

3. Et dans ce cas, qu'on se rappelle le caractère archaïque de la sculpture à Marseille (t. I, p. 430-2). — Après de longues hésitations, nous nous sommes abstenu de parler longuement ici, à propos deja Gaule indépendante, de la plupart des figurations religieuses qu'oiïre la sculpture de la Gaule romaine : dieux accroupis, dieux cornus, tricéphales, etc. Sans aucun doute, les symboles et attributs sont antérieurs a la domination latine, et nous les avons mentionnés (p. 137-8, p. 139-141). Mais leur mode de répartition, la fixation des types divins, me paraissent, jusqu'à nouvel ordre, choses postérieures à César, le résultat d'habitudes nouvelles, d'écoles d'imagerie pieuse, d'inllucnces méditerranéennes, de rapports avec les relierions populaires et rustiques de l'Italie. La disparition des druides et des bardes, l'oubli de leurs poèmes, le contact avec la plus riche mythologie qui ait jamais existé, la déchéance des grands dieux, tout invitait à la fantaisie individuelle et à l'imitation de l'étranger. J'ajoute que, la plupart du temps, nous n'avons sous les yeux, à l'épofiue romaine, que des dégénérescences et, pour ainsi parler, des décompositions des grands dieux gaulois, transformes en Génies de l'endroit (cf. p. 149 et p. 121, n. 3j. Kn revanche, j'ai utilisé sans hésiter les textes épigraphiques : car si la (i^'ure du dieu a pu <;hanger, ni son nom ni sa p'.ace, que ces textes nous révèlent, n'ont dii être modifiés p.-.r la conquête.

iU L\ RELIGION.

bâtir Jo temple à la iliviiiité. Elle demeurait dans des lieux qui l'iait'iil sacrés en -eux-mêmes', et qui peut-être avaient été des dieux avant de devenir des domiciles divins.

Ce fut des forêts, de chêne surtout, qu'elle fit ses résidences habituelles'. Aux environs de Marseille, un dieu séjournait dans un bois que n'avaient touché ni la serpe ni la hache des hommes, et, aux heures solennelles de la journée, à midi et à minuit, il apparaissait sur son domaine, et le prêtre même redoutait sa rencontre'.

Sans doute, toutes les forêts n'étaient point autant de sanctuaires : mais elles renfermaient soit des clairières, soit des bosquets réservés*, que l'homme assijj^nait à sa divinité. On ne dit pas expressément qu'une forêt abritât le tribunal des druides ' et les comices des Eduens*; mais c'est fort vraisemblable : car les prêtres gaulois passèrent pour les hôles des forêts", ce qui veut dire qu'ils tiraient leur prestige d'un commerce continu avec les dieux, pratiqué dans l'ombre des bois.

Bélénus avait une de ses résidences dans les lacs ou les marais de Toulouse ; pour offrir leur butin au dieu, les peuples le précipitaient dans les eaux, et elles finirent par recouvrir d'énormes richesses*.

Les trésors destinés à Teutatès ou aux dieux publics des cités étaient simiilciiniil déposés sur un terrain consacré, mais h ciel ouvert, à la vue et à la portée de tous, (^-ésar «levait voir jilus tard, dans beaucoup de villes de la Gaule, de ces monceaux d'or, d'argent ou d'armes, et la religion conservait un tel empire, (|ii'uM vol d'objets sacrés était chose assez rare*.

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