‹ Histoire de la GauleChapitre 203 sur 718 · DESTINEES DE L HOMME · texte numérisé non relu

DESTINEES DE L HOMME

à des privilégies sociaux. Ici et pendant un temps, on a pu ensevelir les nobles et brûler les pauvres; et plus tard, faire l'inverse. Ailleurs, aux mêmes époques, le contraire a pu se produire. Mais, enterrés ou brûlés ', cadavre ou cendres, les restes étaient toujours déposés sous le sol, et, quel que fût l'état de la dépouille, les cérémonies des funérailles aussi bien que la forme et l'aménagement de la tombe révélaient des espérances semblables. Chez les Belges, les principaux guerriers se firent longtemps inhumer avec leur équipement de parade ou de bataille, casque, lances, javelots, épée et char de guerre, et c'est merveille que de voir, dans les plus riches tombes de la Champagne-, ces armes de bronze ou de fer étendues à côté du squelette de celui qui les a portées, reposant avec lui comme en attendant l'heure de la nouvelle vie^ : car le Gaulois devait paraître armé, et de ses armes solennelles, dans le monde auquel il était destiné, pour y vivre de cette même vie de combat ou de gloire qui avait été sa raison d'être comme homme et comme citoyen. Aux

1. Incinération en Languedoc, de Saint-Venant, Bull, arch., a. 1S3T, p. 4SI et s. Les Gaulois ont connu urnes cinéraires et (?) cercueils en bois.

2. Musée de Saint-Germain, salles VI, VII-X, p. 147-175; British Muséum, Early Iran Age, p. 48 et s.; bibl., ici, p. 2G0, n. 1. — L'opinion dominante, au sujet des tombes de Champagne et Franche-Comté, est qu'elles n'ont aucun rapport avci: les Rémes et les Belges contemporains de César, mais sont antérieures à .300 (neinacli, nc\}.ceU.,W, lS90,p. \V3, Catalogue, p. 163;etc.j. Je ne puis, jusqu'à nouvel ordre, l'accepter. Aucun des arguments allégués en faveur de celte opinion ne me parait concluant. On a dit qu'au temps de César les Belges ne se servaient plus de «bars : je crois le contraire (p. 187, n. 2). Il n'y a pas de monnaies dans les tombos de Champagne : qui nous dit que les Belges en déposassent dans leurs tombes, cet usage ne s'etant répandu qu'assez tard chez les Celles (Blanchet, p. 528 et s.)? Les Gaulois, dit César, incinéraient : mais Colles et Belges ont pu avoir des usages dilTérents, et Mêla dit cremant ac defodiunt (111. 19j. On trouve dans les cimetières de la Marne des objets de style plus ancien que ceux de la Celtique; mais il n'est rien de plus naturel : les Belges, on le voit constamment dans le cours de ce travail, sont demeurés plus longtemps fidèles aux anciens usages (cf. p. 187, l'.H. 191. 195;. J'in<:line donc (comme Mazard, fleu. arch.. 1877, I, p. 1.55 et s.) à croire que ces lombes sont bien de Rémes et de Belges, postérieures à 300 et plutôt encore à 250 cf. t. 1, p. 315), et, pour la plupart, voisines des temps de la conquête.

3. Dans certains cas, dont le motif nous échappe, on avait la coutume, avant de la déposer dans la tombe, de tordre, d'enrouler ou de replier l'épée de fer (S. -G., VI, I, p. 14S); cf. de Ring, Tonhes. 18r>5, p. 21; Caslan, flev. arch., 1879, 11. p. .382; de Saint-Venant, BuH. archéo'.., 18i)7, p. 520; Reinach, L'. Anthropologie, XVII, 190 i, p. 351 cl s.

IT2 LA HELIGION.

funérailles des chefs, on brûlait en un seul bûcher ses biens les plus précieux, ses animaux, les plus chers de ses esclaves et de ses clients ' : ce n'étaient pas seulement des victimes qu'on immolait à un héros, c'étaient encore des compagnons et des valets qu'on renvoyait à leur maître pour tenir sa nouvelle maison* : aussi ne lui adressait-on que les meilleurs. Des vêlements et des parures de luxe, enfermés avec h.i dans la tombe, complétaient son ajustement héroïque; peut-élre, pour aider esprits et choses à passer d'une rive à l'autre, dépnsait-on avec lo mort le simulacre d'une barque '. Des vases, dont la valeur variait avec la fortune du défunt, renfermaient des provisions de roule, et devaient servir, j'imagine, à décorer sa demeure d'au delà*. L'image d'une hache, l'arme antique des hommes et l'arme consacrée du dieu souverain, continuait sans doute à protéger la tombe et scm {trécieux dépôt contre toute tentative sacrilège'. Ces tombes, qui n'étaient pas des lieux de séjour, mais des lieux di' passage, n'avaient plus l'aspect monumental des grandes salles mégalithiques des âges précédents * : une petite chambre, capable de contenir le corps et ce dont il avait besoin, il no fallait pas

1. La couliirnc a disparu pou avant Osar. Ce dernier ne parle que de l'incinéralion des objets et des serviteurs, niais il est possible que una desipne aussi l'incinération des chefs (VL tO, *)• Sarrovir et les siens se suicident oprès avtnr préparé leur bûcher (Tocile, Ann., Il], W). Méln porte à la fois de bûcher et d'ensevelissement : Cum mariais eremanl <ic de/odiunt, 111, 2, \'J. V.t. p. 400.

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