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XXII. - DESTINEES DE L'HOMME

Dans ce monde qui vivait par les dieux, quelles étaient la place et la destinée des êtres humains?

Il faut distinguer, disaient les druides, entre les corps que nous voyons et les âmes qui les animent : ceux-là disparaissent, celles-ci ne périssent point. Elles durent au moins deux existences, séparées par ce qu'on appelle la mort : et cette dernière n'est que le départ pour un autre séjour. Au delà du domicile provisoire que l'homme nomme son corps, il trouvera un nouveau corps, il vivra du même souffle une nouvelle vie^.

Où les druides installaient cette autre vie, nous ne le savons au juste. Les uns ont dit que d'après les prêtres gaulois, l'âme émigrait « d'un homme à l'autre »^ comme si, sur cette terre même, elle pouvait apparaître et revivre dans deux êtres

Enfers, soit un emprunt fait par Virgile au culte du gui, cela me parait évident. Ce sont des colombes qui le montrent à Énée (190-204;, et les oiseaux étaient, en quel<|ue sorte, les générateurs du gui (Pline, XVI, 247, cf. p. 1G8, n. 3). On a cru, tout à fait à tort, qu'un bas-relief d'un autel de Paris (cf. p. 146, n. 5) représente la coupe du gui (dom Martin, 11, p. 69).

1. vidés en cela, bien entendu, par l'efficacité reconnue du gui en certains cas.

2. César, VI, 14, î) : Non interire animas, sed ab aliis posl morlem transire ad alios. Lucain, I, 454-8 : Umbrœ non... Erebi sedes... petunt : régit idem spiritus artus orbe alio [rJ. Ueinach, Cultes, 1, p. 184 et s.] ; longs... vitœ mors mediaest. Mêla, 111, 2, 19 : Alternas esse animas vitamqae altcram ad Mânes. Diodore, V, 28, 6 : Ta; T/u/à; t(I)v à\',p itntifv àOavâ-ro'j; eivai ff'juLCfor.xe y.a'i Si' i-Ci-i ùjp'.Tjxévtov TidtXtv fJtoOv, el; £T£pov aiiiiix Tr,? •\i\)/jii e!u5-jO(j.£VT,; ; Strabon, IV, 4, 4; Valèrc-.Ma.xime, II, 6, 10.

.T. César (n 2), qui peut-être a traduit inexactement le mot grec aiô(AaTa, cf. Uiudure (n. 2).

JuLLiAM. — Histoire de la Gaule. T. II. — 12

di(r«Tents. Mais selon d'autres, la seconde enveloppe de l'âme et sa seconde existence.élaient placées très loin, dans t un autre monde », que nos rei:ards ne pouvaient atteindre'. — Je crois que celte dernière doctrine était vraiment celle des druides, et qu'ils avaient assigné pour résidence aux morts de leurs peuples quelques terres lointaines, îles des Héros, des Bienheureux ou des Trépassés, situées au delà des rivages visibles de leur Océan * : portées sur des barques ou poussées par les vents, les Ames arrivaient exactement au lieu de leurs nouvelles destinées; elles y vivaient sans doute de la même vie que leurs dieux, peut-être sous les regards de Tentâtes lui-même, gardien et compagnon des morts comme il était le maître des vivants'.

L'homme de la Gaule continuait à mettre dans ses funérailles et dans son tombeau la pensée de la route qu'il devait suivre après sa mort et de la vie qu'il espérait mener'.

L'abandun du cadavre aux vautours, coutume, semble-t-il. des Galates compagnons de Brennos*, avait disparu de la Gaule propre : les morts n'habitant plus dans les espaces célestes, il n'était plus nécessaire de recourir aux oiseaux pour les conduire dans leurs demeures. Incinération et inhumation étaient restées les rites habituels des populations de nom belge et celtique ; mais ils n'impliquaient pas des solutions opposées sur les questions d'outre-vie. Cette dilîérence de traitement tenait, je crois, à des usages régionaux, à des tradition-^ de familles ou de tribu».

t. Lucain et Mêla (p. IGU. n. 2).

2. Cf. t. I, p. t52 et l'S. p. 300; Rcinach. Culùa, I, p. \U et suiv. (= Rev. eelt.. lOUI, p. 4i7 et stiiv.). Cf. aus^i Johanneau, Sur la tUwition da Paradis da Gaatois, Mém. de lAcad. celtique, III, 1809, p. 134 pl s.

3. Cf. vr.Ti.iv... Sai'j.ôvd)'* xai rpt.irov, IMutnr(|ue, Df defectu oraculoram, 18; De fane lurui, 26. — La tratlition de Celles marchant en «rnios runlri* les flotn pour y trouver la mcirt peut s'expliquer par le désir de rejoindre leurs proches : Morale d'Kudeine, III. I. 25; Nicolas de Dainns. fr 104 (<i/>. Slobce, VII, 40); Élien. Hisl. varia, XII. 23. Mais d'autres explications sont possibles, p. 173.

4. Cf. t. I. p. t i.S et 8U1V. — Si Uiodore (p. IIM>. n. 2) a bien inlerprel»* la rroyancdes Gaulois, la nouvelle vie ne commencerait qu'à la lin d'un cycle d'annet-'>. Si'cTti'w Mp-.Tixtviiiv vV. 2S. 6) : peiit-i^tre le cycle de fi ans curre«pi>ndant aux gran I» holocaustes (Diodore, V. 32, 0; cf. p. 102, n. 1).

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