DESTINEES DE L HOMME
autre chose ' ; il suffisait que le mort fût à l'abri, sinon à son aise.
La vie future était donc un double de celle-ci. Elle avait ses guerriers, ses riches, et on y faisait des affaires d'argent : les Gaulois, disait-on, s'engageaient à rembourser leurs dettes dans l'autre monde, et ils trouvaient prêteurs à ces conditions-. D'autres jetaient dans les bûchers funéraires des lettres destinées à leurs parents d'outre-tombe ^
Peut-être ont-ils cru aussi qu'on pouvait en revenir, et que le voyage n'était pas sans retour. Ils racontaient que des voyageurs étranges, semblables, pensaient les Grecs, à Castor et à Pollux, avaient débarqué jadis sur les rivages de l'Atlantique ^ : étaientce des dieux? ou des héros revenus de l'Elysée transmarin? Des Celtes, disait-on, prenaient les armes contre les flots de l'Océan^ ; n'était-ce pas, quelquefois, pour écarter la nage invisible de ceux qu'ils ne voulaient pas revoir?
Ces croyances faisaient que les Gaulois ne perdaient rien de leur indilTérence pour la mort^ Ils la traitaient toujours comme l'épisode d'une existence géminée. Le suicide était un changement plus tôt opéré, et rien de plus. On ne peut pas dire qu'il fût, chez les Gaulois, un acte d'absolue spontanéité et de pur caprice : on se tuait toujours pour un motif, excès de générosité, défaite militaire, mort d'un patron ou d'un proche, événement surnatureP; mais il suffisait du moindre incident pour leur faire croire que les dieux ne s'opposaient pas à leur
1. Musée de Saint-Geimain, Catalogue, p. 147, 171, etc.; Brilish Muséum, Early Iron Age. p. 48 et s. Tumulus de Mag-ny-Lambert, Côte-d'Or (S. -G., VI, 6. p. 150); tumuU d'Alaise en Franclie-Comté(S.-G., VI, 20 i, p. 153; ; ces tombes paraissant plus anciennes, peut-être de moins qu'on ne croit. Tombe de La Gorge-Meillet, .Marne (S.-G., I.\, 1. p. 171); tombes de Wilry-lès-Reims et de Berru (S.-G., IS., 10); tombe de La Clieppe, Marne (S.-G., X, p. 175). Plus loin, p. 323-4.