GROUPEMENT DES TRIBUS EN PEUPLADES
place de 3 ou 400 tribus S apparaissent 30 à 60 nations -, volontés nouvelles, jeunes et vigoureuses.
Ces cités ou ces nations ne furent point toutes créées à la même date, et elles n'eurent point partout la même stabilité. C'est dans la plus vieille Celtique, celle que constitua tout de suite l'invasion, celle dont Ambigat fut le chef légendaire, qu'elles se formèrent d'abord, et elles furent sans doute moins le résultat d'une entente que celui de la mainmise d'une bande de conquérants sur une grande étendue de terrain ^ Entre la Seine, le Rhône et les dernières pentes occidentales du plateau Central, la petite tribu, indépendante et resserrée, a presque partout disparu avant le premier siècle : il n'y a plus dans cette région que des cités puissantes, ambitieuses, homogènes, compactes, étendant leur nom sur de larges territoires : Arvernes, Eduens, Pictons, Santons, Rutènes, Lémoviques, Bituriges, Carnutes, Sénons, Lingons, à eux dix, ces peuples font la moitié de la France : l'attache qui unit leurs tribus est presque indéchirable, leur domaine d'alliance, fixe et immuable ; et les quelques tribus qui n'ont pas réussi ou consenti à s'incorporer à ces ligues ou à ces cités, végètent dans leur dépendance*.
Dans la Celtique prolongée, celle qu'ont soumise au sud des Cévennes les descendants d'Ambigat, les fédérations sont plus récentes, et l'union entre les tribus d'un même groupe sera longtemps très fragile. Au temps d'Hannibal, les Volques du Languedoc, les Allobroges du Dauphiné, ne sont que des peuplades flottantes, incapables d'entente sérieuse et de discipline
1. T. I, p. lSO-181. Je ne parle que de celles qui ont formé les nations gauloises.
2. Sur 72 noms ethniques que César mentionne dans la Gaule gauloise, 43 sont à coup sûr ceux de cités, 15 très probablement ceux de tribus; de 14 on ne peut dire s'ils désignent des groupes de l'un ou de l'autre genre; il n'a pas eu à parler de quatre ou cinq grandes peuplades de la Gaule romaine. Pour le détail, cf. ch. XIV.
4. Les Mandubii de l'Auxois (César, Vil, 08, 1 ; 71, 7; 78, 3), les Aulerci Brannovicex, ics Ambivareli [?], les Blannor'' ^existence douteuse] (VII, 75, 2; 00, 6), tous ▼assaux des Éduens, ne devaient être chacun qu'une tribu.
politique'. Peut-être les conquérants celles, Volques et Allohroges, n'avaient-ils encore eu ni le temps ni la force de faire accepter leur nom et leur domination sur les cantons qu'ils s'étaient attribués'.
Le régime de la nation s'installa aussi tard chez les Belges, derniers-venus des Gaulois. Un siècle et demi aj)rès Ilanniltal, au temps de César, il n'est pas accepté de tous au nord de la Seine. C'est au sud de la grande forêt, dans les régions plus cultivées, traversées par des voies moins étroites et plus populeuses, que sont établies de vraies c cités », maîtresses de territoires étendus : Trévires de la Moselle, Amhîens de la Somme, Bellovaques de l'Oise, Rèmes de l'Aisne. Mais elles sont flanquées vers le nord de nombreuses tribus, Condruses des Ardennes, Silvanectes de Senlis, et bien d'autres : et ces petites sociétés vivent tantôt à part, et tantôt, suivant leurs intérêts ou leurs craintes, vont s'agréger à une nation voisine'. — La croissance de ces nations belges elles-mêmes n'est pas achevée : les Suessions, après avoir compris un assez grand nombre de tribus, virent leur assemblage se défaire, et une partie d'entre elles renforcer le nom des Rèmes leurs voisins'. Chez ces Belge» ou ces Gallo-Germains qui viennent à peine d'arriver, que des nouveaux immigrants tracassent sans relâche, où de longues forêts et de larges marécages interdisent les rapports lointains, la tribu est demeurée le seul élément qui ait quelque fixité : les groupes humains n'ont pas trouvé les affinités de voisi-
1. Tite-Livc. XXI, 2fi, C; 31, 6; Potybe, III, 49. 13; 50. 2; ici, t. I. p. 4CC. 474-9, t 11. <fi. XIV, § 12 cl 13. Nous pourrons dire la ni^me rhose des favares. nom qui parait aroir sourent chanp* d'étendue; Ptrnbon, IV. 1. Il et 12; ici. ch. XIV, § 1.3.
2. Les populalions gauloises des Alpes ne sont .peul-iHre jamais sorties de Teta» de tribus; cf. p. 10, rh. XIV, § 3 et 13. Auprès ou au milieu des Volqnes on trou- Tait de m/mc àcoia £'r.r, xa\ (itypi (PtralM)n. IV. 1, 12); cf. t. I. p. 450-6:».
3. César. II. 4. 10; IV, 6. 4; VI. 32. 1 ; IV. 9. 3. Je crois que les Éburons lormaient deux tribus ou deux demi-tribus. VI. 31. 5. Autres pagi non incorporé» dans des cités, cliei Pline, IV, !(»«. Cf. p. 40.n. 472. 4S.3-4.
4. Comparez II, 4, 8 et 7. et VIII, 0. 2. Il a pu en être de même des Viromandui (Vrrmnndois), qui ne sont nommés qu'en 57 (II, 4, 9; 16. 2; 23, 3) ; cf. Corpiu, XIII, p. 557; ici, t. Il, p. 483-4.
nage qui font les nations perpétuelles. Il n'y a pas, dans la plupart d'entre eux, cette soumission de la tribu à la cité ', cet amour-propre du nom^ du peuple qui faisait alors la grandeur des Arvernes et des Eduens.
Le morcellement est plus grand encore chez les gens du Sud-Est et du Sud-Ouest, que n'avait point touchés la conquête gauloise. A part deux ou trois peuplades, sorties sans doute de l'invasion ibérique et établies dans les belles terres du Gers (Ausques) et du Bigorre (Bigerrions) ', les Ligures et les Aquitains ne connaissent d'autre mode de groupement que la tribu, et les alliances qui peuvent se nouer entre eux ne durent que le temps d'une guerre \ Et même à l'époque des combats, chaque tribu aime mieux faire bande à part^ de même que pendant lapaix, elle ne regarde pas volontiers au delà du sommet de ses montagnes ou de la profondeur de ses bois. La nation, presque partout, est l'apanage des terres largement ouvertes et des grandes voies marchandes, qui sont à des Gaulois.
C'est qu'en eflet la cité ou la nation gauloise n'est pas seulement un corps politique, mais encore un organisme dressé pour le travail et les relations utiles. Et à dire vrai, entre toutes les raisons qui rendent compte de la naissance et de la cohésion