PROCÉDÉS ET INSTRUMENTS AGRICOLES
nul doute que le grand seigneur n'aimât à visiter et à regarder ses terres, qu'il n'ait réfléchi à propos d'elles, et cherché les moyens d'en améliorer la culture et d'accroître ses richesses. Dans ces temps lointains qui nous paraissent pleins de guerres et de combattants, il y eut des hommes intelligents et entendus qui firent de belles et pacifiques découvertes, destinées à accroître la bonté du sol natal et le bien-être de tous. Olivier de Serres a eu, dans le monde gaulois, des précurseurs dignes de lui.
Les hommes de ce pays avaient conduit très loin les expé-* riences d'amendement. Dans le Nord, on fertilisait les champs surtout avec la marne, qu'on allait chercher parfois à cent pieds sous le sol, et ce fut un objet d'étonnement, chez les Romains, que de voir des peuples « engraisser la terre par la terre » *.
Chez les Eduens et les Pictons, on recourait à l'emploi de la chaux-, matière absorbante qui convenait au sol humide de ces régions'. Dans le Midi, au contraire, il semble qu'on fît usage de poussière, au moins pour arroser les racines et les fruits des arbres*.
On avait su, en Gaule, perfectionner les antiques instruments aratoires légués par d'innombrables générations. Le labour se faisait encore, chez les Méditerranéens, à l'aide de l'araire primitif, l'éternelle charrue sans roue des peuples d'autrefois; les hommes du Xord avaient imaginé autre chose : ils attachaient
1. Varron, /?. r., I, 7, 8 (canJida fossieia creta); Pline, XVIF, 42-6 : il cite trois «spècea sous des noms indis-énes : la marne rousse, acaunamarga {• marnepierre? s « marne » vient du gaulois manja); la marne blanche, glis[s]omarga {• marne brillante? •); la marne colombine, eglecopala (pala =: - motte? -, cf. p. 302, n. 7); celles-là et trois autres ayant chacune ses qualités propres, soit pour le blé, soit pour les prés, et son temps d'action : tout cela soiirneusement indiqué par l'écrivain latin, sans doute d'après des renseignements fournis dans le pays. Avant l'arrivée des lîomains .(si l'on interprète ainsi XVII, 4:(), on n'en connaissait que deux espèces, peut-être les deux premières. Au ten)ps d'O. de r?erres on employait la marne en Ueauce, Picardie, Normandie, Dretajrne (p. 100); cf. les notes de Fée, t. X, p. 417 et s.