T. Il, p. 3U
Plus tard [après 200?), l'art de l'image prit lentement place à côté de l'art linéaire '.
Les Gaulois se mirent à représenter directement ce qu'ils voyaient autour d'eux, et d'abord les animaux et les choses qu'ils associaient à leur vie religieuse et à leur vie militaire : des figures de bêtes ornèrent boucliers et casques, des sangliers de bronze servirent d'enseignes -. Les traits tracés par la main furent utilisés pour former des êtres de leur entourage ou de leur imagination : en fixant ces êtres sur leurs armes, ils purent croire qu'ils les attachaient à leur service. Des animaux réels ou chimériques vinrent décorer les fourreaux et les lames d'épées, le* appliques d'airain du costume et du harnachement militaires \ On peignit des bêtes de fantaisie sur les vases de terre cuite *. Des graveurs multipliaient sur les monnaies les images des objets de culte, celles des chevaux, des fauves, des oiseaux dont parlait la légende sacrée ° : comme si, en les traduisant par le métal, on lui communiquait quelque chose de leur vertu divine. — C'est pour cela sans doute que l'image humaine parut la dernière : on craignit d'enlever à l'homme un peu de sa force en répétant ses traits sur la pierre ou le bronze.
Au surplus, ce que l'on composa d'abord comme figures d'hommes, c'étaient, non pas des statues de vivants ou de morts, mais des simulacres d'ordre religieux et militaire, symboles plutôt que portraits. L'extrémité des antennes qui formaient la poignée des épées et des dagues se découpa en corps ou en têtes
1. Je parle d'œuvres classées à la période dite de La Tène 111, c'est-à-dire à la période dont le début est reculé à 300, ce qui est, selon moi, beaucoup trop tôt, et la fin, trop tôt aussi, à 100; Reinecke, p. 31 et suiv. ; cf. notre t. I, p. 370, n. 2.
2. T. Il, p. 197-8, 199-200, 30S. Sans doute aussi sur les navires, p. 213, n. 3.
3. Reinach, Sculpture, p. 117; Musée, Cat., p. 109, Xlll, 22; remarquer surtout; sur une applique trouvée dans Voppidum de Bonnan dans l'Indre (cf. Breuil, Bcv. arch., 1902, I, p. 328-9), des chevaux et des tètes coupées; les deux bétes en métal ajouré de Somme-Bionne (Read et Smith, p. 30); les trois chevaux du fourreau de l'épée de La Tene {Bron:cs, p. 3). Cela n'est certes pas antérieur 0 200.