DÉFAUTS ET QUALITÉS DE L'ESPRIT
auxiliaire, à leur disposition*. Dans la conversation, le Gaulois aimait à se vanter : il avait la pensée et la parole pleines de lui, il était toujours un peu son propre barde'. Vercingétorix, déjà touché par la défaite, prédisait des succès prodigieux, et, presque assiégé dans son camp, annonçait la conquête du monde : et ses soldats, oubliant leur lassitude et leurs misères, croyaient et applaudissaient ^ Les peuples avaient la même outrecuidance que les hommes : les Bellovaques ne voulaient faire la guerre contre Rome qu'en leur nom et à leur guise*. Et, vraiment, si irréfléchie et si dangereuse que fût parfois cette superbe, on ne peut la reprocher longtemps aux Gaulois : c'est elle qui fit souvent leur force, et qui leur inspira les plus grandes choses.
Mais aussi cet orgueil et cette irréflexion les mettaient à la merci des habiles et des ambitieux. Avec quelques flatteries, de belles phrases, l'image de grandes espérances, on dirigeait ou on retournait sans peine leurs volontés : et c'est ainsi que Vercingétorix les mania si longtemps à son gré^. Ils étaient les plus faciles des gens à se laisser convaincre ® : une fois, dans l'espace d'une heure, ils crurent et crièrent tour à tour que leur chef était un traître et qu'il était un grand homme \ Mensonges, nouvelles inexactes et vantardises avaient toujours prise sur ces imaginations rapides et déréglées. C'étaient les « esclaves des faux bruits » *.
Mais les Gaulois, le cas échéant, savent se rendre aux bonnes raisons'. Si mobile que soit leur esprit, il ne manque ni de justesse ni de logique. Qu'on leur explique les choses, ils accepte-