LES PYRENEES DU CENTRE ET DE L'EST
étrangère sans doute aux races de la plaine, usant d'un parler bizarre, aux dures consonnances, aux sifflements répétés', vieil héritage d'habitudes laissées par des ancêtres toujours semblables. — Mais au pied de la masse montagneuse sourdaient une suite ininterrompue d'eaux chaudes, depuis Laruns jusqu'aux Escaldes, et près de ces rendez-vous de santé, les sauvages bergers d'en haut ne tarderont pas à prendre langue avec les civilisations d'en bas ^.
Après la descente de Puymorens, on retrouvait de basses montagnes, ouvertes par de longues et larges percées, habitées par des tribus à l'aspect plus humain et aux ressources plus variées. Celles de la vaste coupée que forment le Gonflent et la Cerdagne, groupées sous le vocable commun de Cérétans, cultivaient de bonnes terres et des prairies bien arrosées, et commençaient à se faire connaître par l'excellence de leurs conserves de porc. Elles acceptaient le nom et l'idiome des Ibères \
L'un et l'autre dominaient également sur les vallées environnantes des Albères et des Pyrénées maritimes. Au temps des Ibères comme à l'époque des comtes de Barcelone ou des rois d'Aragon, l'Espagne enleva le Roussillon aux peuples du Languedoc : à plus d'un millénaire de distance, les mêmes phénomènes d'histoire se produisirent.
n. 6), et quelques noms que nous avons donnés plus haut (p. 434. n. 6, p. 452, n. 6) sont ceux de tribus de cette partie des Pyrénées.
1 . CI. L., XIII, n"' 1-3S2, 397-400; de Ricci,' fleuue celtique, XXIV, 1903, p. 71-83. Sur cette lanj^ue pyrénéenne, nous n'avons que des noms propres, où l'on constate, par-dessus nombre de radicaux ligures, des influences ibéri({ues, et, postérieures sans doute, des influences celtiques : mais nous ne la saisissons que longtemps après l'installation de ces « brigands • dans le pays d'en bas. La phonétique, dans ce parler, semble plus originale que \t vocabulaire. Cf. Luchaire, Les Origines linguistiques de V Aquitaine, Pau, 1877; le même, Étude sur les idiomes pyrénéens de la région française, 1879; lliibner, Monumenta, p. cxxviii et suiv. ; en dernier lieu, Schuchardt, Die iberische Deldinalion, Vienne, 1907 (extrait des Sitzungsberichte de l'Académie). — Bladé, Les Convenx et les Consoranni, Revue des Pyrénées, juillet-août 1893.
2. Uagnères (C. /. L., XIII, 387-391): Luchon (3i5-3G4; Strabon, IV, 2, t?); plus loin, /^mélie-les-Bains, autrefois les bains d'Arles (.XII, 5307).
3. Aviénus, 550-2 ; Strabon, 111, 4, 1 1 ; cf. t. I, p. 2.">9, 205, 280, n. 2, t. II, p. 293. La légende d'Hercule y pénétra, et Puyccrda peul-élre passait pour un • campd'IIer» culn >, Silius, 111, 357; cf. t. I, p. 220, n. 1, p. 259, n. 4.
Jui.LiAS. — Ilisto'rc «lo la Oniilo. T. II. — 30
Dans cette heureuse région roussillonnaise, de même que dans celle de l'Armagnac, la civilisation hispanique s'était marquée par des fondations de marchés et de villes : Collioure', peut-être Port-Vendres (l'ancienne Pyréné?*), et surtout la « ville-neuve » d'Elue, Jliberrii^, si gracieusement assise au centre des jdus abondantij vergers de France, qu'un Ancien eût pu la prendre pour le milieu du jardin des Hespérides; aussi Hannibal et Ilasdrubal y avaient-ils fait de longues haltes, entre les rudes combats d'Espagne et la terrible montée des Alpes'.
Au delà de la Tèt*, les traditions ou l'inlluence des Ligures et des Ibères se faisaient toujours sentir en Languedoc et en Provence*. Mais ni les uns ni les autres ne s'y trouvaient plus en nom. Tout le rivagi' «lu golfe du Lion était celtique, et ce n'est qu'à l'endroit où il s'infléchit vers l'Italie et le golfe de Gènes que reparaissaient les tribus ligures.