LIGURES DU RIVAGE ET LIGURES I^ES ALPES
la rivière de l'Arc*, ils n'avaient pas dépassé les cols des Alpes provençales, et n'eurent pas la curiosité de descendre vers la mer de Sardaigne par le cours de l'Argens-. Partout, dans ces terres rocheuses du Sud-Est, les tribus ligures, fécondes en brigands et en pirates, s'étaient maintenues intactes et inabordables ^ « suspectes » * et soupçonneuses, partageant leur vie entre les labeurs pénibles des terrasses montagneuses et les rapides bordées sur la mer^ Leurs villes étaient à peine plus que des citadelles, juchées sur des rocs en vue du rivage". Çà et là, aux endroits plus découverts, à l'ombre de quelque cap ou près des embouchures de rivières, comme à Fréjus non loin de celle de l'Argens, s'ouvraient des lieux de marché, où l'on troquait sans doute plus d'objets volés que de produits récoltés ^
Les Ligures ressemblaient aux régions qu'on leur avait laissées comme domaines. Celles-ci étaient, telles que leurs maîtres, des terres de production rare et d'aspect farouche. L'arrièrepays montagneux, au nord du rivage d'entre Giens et Monaco, et très loin à l'intérieur, jusqu'à la descente vers le Léman, en un mot la masse énorme des Alpes principales leur appartenait presque entière. Ce n'était que le long des grandes routes de l'Italie que les Gaulois s'étaient enfoncés et fixés à demeure '.
Lorsque les soldats d'Hannibal pénétrèrent dans ces couloirs alpestres, pays et gens ne leur parurent plus avoir aspect d'humanité. Du bas de la vallée, on n'apercevait, au milieu des roc3 et des forêts, que de misérables cabanes se détachant sur le flanc