L'ARMORIQUE ET LES AULERQUES. 4S
Etat : la Touques était le domaine des Lexoviens (Lieuvin) * ; les Viducasses- et les Esuviens' se partageaient la vallée de l'Orne, féconde en céréales \ ceux-là prenant le cours inférieur 'campagne de Caen), ceux-ci le bassin d'en haut (Houlme et pays de Séez ; aux Baïocasses du Bessin' appartenaient l'Aure et son val. Puis venaient les Unelles^ dans le Cotentin, les Abrincatues" dans les deux vallées jumelles du pays d'Avranches. C'étaient là des nations d'étendue médiocre, peut-être de simples tribus* : mais le pays, très riche et de culture facile, nettement découpé par ces vallées parallèles que séparaient des croupes boisées, se prêtait à la formation de sociétés politiques nombreuses et rapprochées.
Au delà du mont Saint-Michel, dont les hautes mers bloquaient déjà la masse solitaire', la région côtière était moins riche, moins régulièrement morcelée ; en revanche, les golfes
1. L-ixavii ou Leccobii : III, 9, 10; 11, 4; 17, 3; 29. 3: VII, 75, 4:5trabon. IV. 3, 5; ils ont des troupes de terre assez importantes, semblent compter moins sur mer, et s'entendre surtout avec les Aulerques de l'intérieur. Le nom me parait être d'origine préceltique : cf. les noms de tribus ligures Oxybii, Eubii m. 3), et ici n. 8.
2. Viducasses, non nommé par César, se trouve chez Pline. IV, 107. Groupé par César peut-être avec la population suivante. — En dernier lieu, Sauvage, Les Limites de la cité des Viducasses, Bail, de la Soc. norm. d'études préhistoriques, XIII, 1905.
3. Esuvii ou Esubii : César, II, -34; III, 7, 4; V, 24, 2. Le nom est peut-être préceltique, et je me demande si ce ne sont pas les Ligures Ejo-.o: dont parle Théopompe (fr. 221 a, cf. t. I, p. 181, n. 4, p. 244. n. 4). C'est la future civitas Saiorum, pays de Séez. — Les Atesui ou Itesui de Pline (IV. 107) doivent, je crois, se lire ai ou it[em] Esui{ct. Desjardins, I, p. 492). — Cf. p. 404, n. 3.
4. César, III, 7, 4: V, 24, 2. La campagne d'Alençon s'y rattachait sans doute.
5. N'apparaissent que chez Pline (IV, 107), Bodiocasses : plus tard Badicasses, Baiocasses (Holder, I, c. 458). Ne pas oublier que César dit qu'il n'énumère pas toutes les cites d'.Xrmorique (VII, 75, 4). Cf. p. 434. n. 4. Monnaies, p. 350, n. 3.
6. Unelli : II, 34; III, 11, 4; 17, 1 ; VII, 75, 4. Ils paraissent avoir des troupes de terre. Je crois le nom préceltique à cause de -elU. Monnaies, p. 350, n. 3.
7. Abrincatui, Pline, IV, 107. Compris peut-être par César sous le nom des Unelles.
8. Je suis très frappé de trois choses concordantes en Normandie : 1° la multiplicité des petites peuplades ou des tribus, ce qui rappelle les temps ligures (t. I, p. 180-1); 2' l'apparen-te ligure de quelques-uns de ces noms (n. 1, 3. 6); 3' le ra|>prochement qu'on est tenlc de faire avec les Ligures c(»liers dont parle Théopompe (t. I, p. 244. n. 4, et ici, n. 3). Et je me demande si on ne doit pas croire à une persistance plus forte, en Normandie, de l'élément ligure.
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S ils lireiit contre César une guerre acharnée, c'est (ju'ils voulaient lui fertner les ports et l'accès de l'ile, et c'est (jnils soupçonnaient, derrière les légions romaines, les trafiquants italiens à l'afTàt dec marchés du Xord '. Presque tous les peuples de la région maritime payaient une taxe aux Vénètes, sans doute en échange de la police qu'ils faisaient dans la haute mer-. Il est hien jirohable que le port de Corhilo et les Naninètes avaient dû se résigner à leur patronage'. N'oublions jtas, pour comprendre le caractère de cette thalassocratie, qu'il y avait là le produit le plus demandé de tout l'Occident, objet d'un trafic continu, l'étain de Cornouailles*. Cela rendit les Vénètes très riches, et de très bonne lieure : déjà avant le nom gaulois, c'est dans les dolmens «lu Morbihan (jue nous avons trouvé les [dus belles haches de pierre, les plus grosses perles de callaïs'. Celle antique prospérité, dont l'origine so jterd dans la unit de la préhistoire*, se conservait intacte ou s'était reiKMivi'lée au inuiunil oii les Homains s'a|)prochèrent. l'n empire de la mer existait (b)nc à leur prolil, de la Loire ik la Seine, de l'Ile de Wight aux Iles Sorlingues.
Cependant ce monde armoricain, né de la mer, demeurait attaché par des liens puissants h la Celtique de terre. A rencontre des éléments d'ututi'- maritime exploités par les Vénètes, des forces continentales pouvaient grouper b^s Caulois de Hretagne et de Normandie autour d'un Ktat intérieur.
Déjà la nation intermédiaire entre ces deux contrées, ccllo
1. (.. snr so ^•ar(|p do le dire (III, 8, 2; cf. IV, 20, 4). mois Pirnbon \'n compris (IV, *, 1). — Je me pose coUo quoslion ù propos de-S V^n»>li'9 : dans quols rn|i|MtrU étaient-ils avec les .Marsoillnis? Comme il n'est nulle pnrl qiioslmn d'eniiui* éprouvV's pnr Marseille sur In Manclie. et que ses mnrclinuds passaient souvent par remliourhure de In Loire (Slrabon, IV, I, 14; IV. .">. 2i. il ne serait pas surprenant qu'il y ail eu quelques ronventions cnitv. Grecs et Vénètes.