XIV. - DES DEUX C.OTKS DT .HRA
Au nor<l «lu lUiône et des deux côtés du Jura s'ouvraient, coniine de larjjros avenues, la Suisse d'en bas et les terres de Honr^'Of^ne. C'était la double porte, mal formée par la nature, qui oITrait la Gaule aux invasions de l'Europe centrale '.
Les deux seuils étaient encore, au second siècle, fort bien gardés par les hommes. D'abord, les Helvètes du Mein el du IVeckar, les Volques Tectosages du haut Danube, en interdisaient les abords aux nations germanicjues -. Puis, en seconde ligne, derrière le Ilhin, d'autres tribus gauloises occu|)aient plaines et sommets, depuis les pentes des Alpes Hcrnoises jus qu'aux sapins du Ballon d'Alsace*.
Nous ignorons le nom de celles qui habilaunl la ^ul.sse, entre les lacs de Constance et de Genève*. Ce pays sera, dans quelques années, j)rofon(lément troublé jiar l'invasion germanique cl les migrations qu'elle entiainera. Les Helvètes, exj)ulsés de leurs douiaines rhénans, essaieront, pendant deux générations, de s y créer une nouvelle patrie \ Mais il m'est impossible de dire quels étaient, avant ces temps, les possesseurs gaulois des lacs et de la vallée do l'Aar. Les Helvètes avaient-ils déjà des domaines au sud du Hhin? ou les Allobroges prolongeaient-ils leur ein|iire jusqu'en Thurgovie. ou les Séquanos leur nom à l'est du Jura"? Ou plutôt, n'y avait-il point là d'autres tribus gauloises, dont celles du Valais seraient un vestige? ces Gésales, toujours prêts à louer leurs armes et leur
2. Ilelvrtii. Cf. t. I, p. 207. .'»2.'.. l. M, p. 12 et 4«3-4.
3- Ce rolp. de gardiens de la Gnule conlro les (îormnins, csl liien iiinr<jut\ ixiiii les S^^qnniii-s. par Strnbon (IV, 3. 2i. |>oiir les llclvi-tfs. par César (I, 28. 4).
4. rinrofaio, Su gli llelvetii, C.alnnc, 1900. Voir aussi Anzeifier fur Schuxueriseht Geschichlr und AUerlhumskunde {Indicateur d'histoire et d'antiquités suisses), I. 1833-OU, et années suivanlo
5. C'est lors de l'inv.i-ion rimiirique. qui a coinrid»- avec les incursions sucre», que les d<^plarcmcnU lielvètes oui commencé (Slrahon, IV, 3, 3; VII, 2, 2).
û. Sur les cols du Jura, cf. l. I, p. 54.
DES DEUX COTES DU JURA. o-2I
courage, qui ne cessèrent, avant et après Hannibal, de descendre dans les vallées italiennes pour secourir Insubres et Boiens, ne seraient-ils pas les précurseurs des Helvètes dans les terres de Suisse*? Et si cela était, et rien ne s'oppose à cette dernière hypothèse, voilà déjà commencée, trois siècles avant l'ère chrétienne, cet exode de Suisses mercenaires, qui devait être pendant si longtemps la ressource des batailles italiennes.
La vie politique et matérielle de la Suisse nous est également inconnue. Plus tard, les Helvètes y vivront divisés en quatre tribus, unies par un lien fédéral assez lâche-; ils auront douze oppkla, quatre cents villages, la plupart sans doute d'origine antérieure'; leur principale ville, Avenches*, fut située exactement au centre de leur route principale, celle que forme le sillon lacustre de Constance à Genève : aux deux extrémités de, cette route, Noviodunum^ ouNyon, Vitodurum^ ou Winterthur, fermaient, à l'entrée des défilés, les portes de leur domaine. Malgré cela, l'unité politique du pays ne sera jamais très grande; et il est permis de croire que les choses étaient pareilles avant le temps des Helvètes.
1. T. I, p. 315, 449, 450. Un autre indice en sa faveur est que César place des Nantuates, non seulement dans le Valais (III, I, 4; 6, o; cf. p. 4G3), mais aussi sur le haut Rhin, non loin du lac de Conslance (IV, 10, 3); cf. AÎTOviTto; chez Strabon (IV, 3, 3], où il n'est pas sûr qu'il faille songer au.x Helvètes. En d'autres termes, il aurait existé dans ce qui est la Suisse actuelle une nation beljre cf. t. I, p. 315, n. 6) du nom de Gésates, dont 1° les tribus du Valais, 2° les Tulingi, Latovici (var. Lalobrigi), Rauraci (César, I, 5, 4; 28, 3; 29, 2), 3° les Gésates de la llélie romaine, seraient le démembrement, et que les Helvètes auraient en partie soumise ; dans un sens analogue, Wailzing, Les Gésates, 1901 {Bull del'Ac. roy. de Belg ). Plus on étudie les vestiges gallo-romains de la Suisse et de la P'ranche-Comté, plus les rapports avec le monde belge, à ce qu'il me semble, apparaissent nombreu.x.
2 I ésar, I, 12, 4-C; 27, 4. César, (jui indique avec soin ce chiffre de quatre pagi, répond à Posidonius, qui ne donnait que trois z'Ax (Strabon, IV, 3, 3 ; Vil, 2, 2).
3. Cé«.ar. I, 5, 2; l'Iutaniue, César, 18; Uion Cassius, .X.X.WIII, 31, 2. Songeons à tous les gisements de l'époque de La Tène trouvés en Suisse, et, surtout, ù la station de La Tène même (cf. t. I, p. 370, n. 2 , encore qu'il me paraisse bien (jue beaurnup des objets trouvés à La Tène soient du temps des Helvètes.
4. Auentirum : nom tiré de la source principale, A'cntia; t. I, p. MO; t. II, p. 130, n. 9. Voyez les fasc. de VAsfocialion [>ro Aventico : IX'. 1U07.
5. C. /. L., XII, p. G54; XIII, II, p. 1. 0. C. 7. L., XIII, II, p. 47.
JULLUS. — ilisioire Je la Gaule. T. II. .i*
Îi22 LES DIFFERENTS PEUPLES.
Au contraire, les Séquanes ' de la Bourgogne eurent de très bonne heure une ville souveraine, Besançon -. Elle «'tait merveilleusement choisie, au milieu g:»*onn' trique de leur citr et sur le délilé central de la grande route traditionnelle du Hhin au Rhône Perchée sur un contre-fort qui domine le Doubs, la rivi«*re l'enfermait presque dans une de ses boucles; elle s'adossait à un vaste rocher qui formait la citadelle, et que les Gaulois avaient enclos d'une autrtî muraille. C'était, dit César, une base stratégique incomparable*; les Séquanes y accumulèrent les vivres et les armes, tous les matériaux de la guerre*. — Voii i maintenant, dans cette description de la Gaule, la première que nous rencontrions de ces citadelles maîtresses qui font la forer, l'unité et la confiance des grands Ktats do la Celtique {iroprr, Séijuanes, Biturigos. Arvcrnes ou Eduens *.
Mais, à la diiïi'rence des autres, l'Etat séquane ne pouvait duret longtemps. Il se présentait sous une forme trop allongée, allant des bords de la Seilb* jusqu'à ceux de l'Ill, de Louhans à Colmar '. Ses meilleures terres, celles d'Alsace et do Bourgogne, d'ailleurs incomparables", se trouvaient aux extréniités de sa voie diagonale, et en contre-bas, très faciles à ravager du voisinage*. De plus, Besançon était séparé do la Bourgogne par les forêts de Chaux et de la Serre; et entre la puissante forteresse et la Haute
1. Se'junni. Cf., sur co nom, p. 3.5; sur la possibilité de Icurorijrinc ln'ljrc, L I, p. 315. — MeyniiT, Limili'i... de la .sV/iiinie {Soc. d'émul. du Doubf, juilU-l ISSU); OMan, Iji Cité des Si'iwmrt, Caeii. IS'.li (C.-r. du LVIIT Congrès areh., en ISlM. ltesnn<;on).
2. Veionlio, nom de source prëcellique, cf. L I, p. 113. n. 7, et p. 11. "5. n. 8. Toui ce qui suit, d'npr*» C^snr, I, 38. Je ne poux croire, vu les conditions habituelle» des villes >f<iulois(>s, que Bcsniicon «'éd-r, lu ilnns la partie basse.
3. Ut magnnm ad ducenditm bellum darel Jacultalem, I, 3)), 4.