FORMATION ET ÉTENDUE DE L'EMPIRE ARVERNE
troubla la formation naturelle des Etats, celle d'Hannibalet celle de Rome enrayèrent la vie normale de l'Espagne et de la Gaule.
Pour le moment, laissés libres entre ces deux rivaux, et profitant de leurs discordes, les Arvernes conquéraient en Gaule.
Y eut-il guerres, batailles, traités et soumissions? Par quels moyens, par quelles routes, en combien de temps se fit la conquête? Nous l'ignorons entièrement. Mais ce que nous savons, c'est qu'elle fut presque totale. — Rome, débarrassée des Carthaginois, absorbée par l'Espagne et la Grèce, négligeait la Gaule.
Durant le siècle qui suivit le passage d'IIannibal (218-12.5^ les Arvernes acquirent le principat de la Gaule entière. Celtique et Belgique ensemble. Dans la vallée du Rhône, Allobroges et Salyens dépendaient d'eux : Marseille devint la voisine immédiate de leur empire. Au delà des plaines volques, leur frontière toucha aux Pyrénées. Le long des fleuves du Nord, elle atteignait l'Océan et le Rhin même. L'Armorique reconnut l'influence des Arvernes. Leur domination s'arrêtait aux limites naturelles d'une vaste contrée *.
Mais ne nous figurons pas ce nom arverne comme un État compact, aux parties homogènes, obéissant à une souveraineté très forte. Il ne ressemblait ni à l'Espagne des Barcas, groupée autour de la puissante volonté de quelques hommes, ni à l'Italie, tremblant toute au contact des colonies disséminées par Rome. Les liens qui unissaient aux Arvernes les nations de la Gaule devaient être divers et flottants. Sur les peuples des hautes terres du Sud, Cabales du Gévaudan, Vellaves du Velay, Rutèncs du Rouergue, Cadurques du Quercy, l'Auvergne pesait du poids
1 . L'extension de l'Empire arverne résulte du texte formel de Strabon {IV, 2, 3\ qui doit venir de l'osidonius : A-.frïtvav 6e ttjv âpxv ''■ Apojipvo'. xai \>-iy.?'- Naporo-.o; [sur les Volques ArécomiqucsJ /.ai twv ôpwv rr.c MaaTaXioiTiôo; [sur les Solycns], £xp-i-ojv 5s xïl |xi-/p: U\,yrt/r,i èOvwv [sur les VoIqucs Tectosagos] y.a"; af/p; 'Li/.£avoj [sur l'Armorique] /.ai 'Pr,vo-j [sur les Trévires ou les Séquoncs]. Cf., à l.i génération suivante, Celtill l'Arverne, qui principatam totiua GaUix obdnucrat. César, VU, 4. I.
r.48 L EMPIRE ARVERNE.
de ses montagnes et de sa force ' : hommes et pavs, ces peuples fuisaicnt avec elle une seule masse. Les Lémoviques paraissent avoir été pour les Arvernes des clients très fidèles'. Des attaches solides, peut-être surtout religieuses, les unirent aux Carnutes ' : c'est par ces derniers, je crois, qu'ils s'abouchaient avec les Aulerques et les Armoricains '. Ils eurent dans les Allobroges des collaborateurs dévoués, hôtes et amis plulôt que clients et sujets ^ Mais dans le Nord, les Éduens et les Belges ne reconnurent sans doute en eux que les puissants du jour.
m. — LA ROYAUTÉ DE LIERN ET DE BITUIT
Quarante peuples, sujets, clients, alliéci, hôtes, amis, parents ou frères du peuple des Arvernes; des sanctuaires communs pour les jours de grandes foires et de prières solennelles; le roi héréditaire de la nation souveraine, guide suprême des armées conjurées, et donnant le mot d'ordre aux enseignes rapprochées; un vaste compagnonnage de guerre, tumultueux et incohérent, sous les pas d'un chef unique : — voilà peut-être la manière dont l'unité gauloise s'est d'abord montrée dans l'histoire.
Lorsque les hommes du .Midi, Grecs et Romains, virent do près cet empire, leur attention se fixa sur la personne de ce chef. Ils nous ont assez longuement parlé du roi Luern, contemporain de Paul-Emile, et de son fils et successeur Bituit*. Ni
1. C('^aT, vil, 75. 2. où Elfuteti (pcut-^iro «^quivolonl celtiquo de iXiÛTcpot) flésignr pcul-vln? tout ou pnrlio des Rutt-nes non soumi<« à Homo : Elrulrfis (vnr. Ilrletitetis), Cadurcis, Gabalis. VeUaviis, qui sub imperio Arvernyrum esse consut-runl. Cf. I. 45, 2.