LA QUESTION DE LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE
choisis pour arbitres dans des procès d'héritage et de bornage* : parler de limites et d'héritiers, c'est dire propriété privée. — Un chef trévire, brouillé avec son gendre, fit vendre à l'encan ses biens " : peut-on croire qu'il ne s'agissait que d'armes, de vêtements ou de bestiaux? Les Gaulois avaient l'usage de la monnaie*, et ils n'auraient pas eu le pouvoir d'en acheter de la terre? Les chefs de famille tenaient un compte exact des produits et des revenus de leurs biens* : ce compte minutieux n'était possible que pour des terres de rapport. — « Les Germains », dit César, « ne ressemblent en rien aux Gaulois. Ils n'occupent pas les terres en propre, car ils estiment que la possession de domaines n'aboutit qu'à l'oppression des pauvres par les grands » '% et cette oppression était un des vices dont souffrait le plus la Gaule, suivant César lui-même* : il n'eût pas fait ces remarques ni établi ce contraste si la société cisrhénane avait vécu sous le même régime que ses voisins. La note dominante, dans cette société, est l'inégalité des conditions et des fortunes, conséquence habituelle des ambitions et des faillites terriennes^. — Aurait-on mis à ferme les revenus publics, chez les Eduens', si des immeubles n'avaient point garanti le crédit des adjudicataires? Les réquisitions de grains, imposées par le magistrat à ses concitoyens', ne se comprendraient pas s'ils n'avaient été les maîtres de leurs récoltes. — Ambiorix
1. César, VI, 13; 5 : De hereditale... de finibas controversia: cf. Fuslel de Coulanges, p. 107.
2. V, 56, 3 : Bona ejus publicat; autres confiscations, Vil, 43, 2.