Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains
APr.RÇU DF LA. CONDITION DES TRIBUS FRAICRES DE LA. GA.ULE AVANT LE REGNE DE CLOVIS.
A la mort de Childeric , vers 48 1 , le nombre des tribus frankes s'était accru dans le Nord de la Gaule; Outre celles dés Franks mérovingiens et saliens, les seules dont j'aie pu jusqu'ici suivi;e un peu l'histoire y il en était survenu plusieurs autres , et j'ai indiqué par conjecture à la suite de quels événements ces tribus nouvellement venues avaient passé en Gaule , comme un puissant renfort destiné à grossir un jour celles qui les y avaient devancées. On se souviendra que j'en ai signalé som- II. I
a LES FRANKS DANS LA GALLE
niairenieiit quatre , d après Grégoire de Tours, qui en marque les stations et en nomme les chefs*. Il y en avait, aux environs de Calais, une gouvernée par Kararic; une autre à Cambrai, aux ordres de Regnakaire, et une troisième à Cologne, ayant un chef du nom de Sigibert. La quatrième, sous le commandement de Rignomer, avait pénétré plus avant dans la Gaule et s'était établie près du Mans, sur les confins de la Bretagne armoricaine. Grégoire n*a nommé que ces quatre tribus; mais il s'exprime de manière à faire voir qu'il en connaissait d'autres y qu'il ne tenait qu'à lui de désigner tout aussi positivement que les précédentes s'il l'eût jugé à propos, et qui, de même que celles-ci , avaient dû arriver en Gaule peu de temps avant ou après l'avènement de Clovis^.
Bien qu'isolées et indépendantes les unes des autres, ces diverses peuplades devaient néanmoins avoir accidentellement quelques relations entre elles, ne fût-ce qu'à raison de la parenté qui , comme je l'ai observé ailleurs, unissait leurs chefs respectifs entre eux, et eux tous au chef des Franks méro iringieùs. Quant à la force numérique de ces peupladefii, on n'en peut rien dire de positif. Aucune^ je pense, n'était arrivée très nombreuse; mais toutes avaient eu ta chance de se recruter d'individus isolés, ou de petites bandes de Germains, que Ton se
(i) Cregor. Turob. Hîstor. H. 40. 4i* 4^* (a) InteHeétisque et allfs nfaUlr reffilbùt, tel parènûbus suis primis. Loc.dt. 40.
AVANT CLOVJS. 3
figure presque nécessairement accourant de jour en jour d'Outre-Rhin au partage des conquêtes déjà faites ou à faire sur la terre romaine.
Ainsi donc la masse totale de la population franke dès lors établie en-deçà du Rhin devait être déjà considérable et former la portion , sinon la plus nombreuse , du moins la plus énergique et la plus remuante de la nation entière. C'est d'ailleurs ici le cas de se rappeler ce que j'ai dit précédemment à propos de la Gaule belgique. J'ai fait voir que, dès les temps de la domination romaine, une partie considérable de la population de cette contrée était de race germanique, composée de différents groupes venus d'Outre-Rhin à diverses époques et de diverses manières. 11 n'y a, je pense , rien que de très vraisemblable à supposer que ces groupes de Germains transplantés en Belgique y avaient pour la plupart gardé quelques traits de leurs mœurs primitives, et surtout l'idiome national, à raison de quoi ils avaient du être d'autant plus aptes à s'assimiler aux tribus frankes survenues depuis en con* quérantes, et à paraître ne former avec elles qu'une seule et même masse de population germanique.
De toutes les tribus dont il s'agit , il n'y en avait peut-être pas une seule qui se r^ardât comme fixée sur la portion du sol romain qu'elle occupait, qui ne fût plus ou moins disposée à descendre plus bas vers le Midi, en quête de meilleures terres et de nouveau butin. Qu6lques-unes cependant, comme celles de^ Franks saliens et mérovingiens, étaieut
4 lES FHANKS DAJVS LA GAULE
Stationnées en Belgique depuis assez long-temps pour y avoir contracté des habitudes de vie civile et pour y attendre sans impatience que la fortune vînt leur donner le signal de nouvelles migrations.
Dans l'attente des événements , ces diverses tri-^ bus avaient dû s'organiser comme autant de petits États conquérants, indépendants et isolés, exerçant chacun à sa manière son droit ou son pouvoir; niais il n'y a pas lieu à supposer beaucoup de variété ni dans leur organisation ni dans leur conduite. Nul doute que chacune n'eût subjugué les anciennes populations gallo-romaines des districts envahis, ne leur eût enlevé partout une portion considérable de leurs terres, ou ne les en eût même ça et là totalement expulsées.
Sorties les dernières de la terre natale avec laquelle elles avaient probablement toujours conservé des relations, les tribus frankes, jusqu'ici éparses dans le Nord de la Gaule, y avaient beaucoup mieux conservé les mœurs et les institutions de la Germanie que les Visigoths et les Burgondes n'avaient pu le faire dans le Midi. Mais ceci est un point essentiel sur lequel des assertions vagues et générales ne suffiraient pas, et auquel il est indis'pensable que je m'arrête un peu. J'ai cherché tout à l'heure, dans les lois respectives des Burgondes «t des Visigoths , Texpression la plus fidèle que Ton puisse avoir aujourd'hui dé réqprit , des idées et des mœurs de ces deux peuples à la fin du cin-
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quième siècle ; la même reclierclie me reste à faire pour les Franks y et je la ferai de même dans la plus ancienne loi connue de ces derniers, c'est-àdire dans la loi salique, de Thistoire de laquelle je dois avant tout dire quelques mots.
Ce qu'il y a de mieux constaté relativement à la loi salique, c'est que nous ne l'avons pas telle qu'elle fut d'abord publiée, mais avec une infinité de modifications et d'altérations, de suppressions et d'additions de tout genre, qu'elle a subies successivement sous presque tous les rois mérovingiens , et enfin sous Charlemagne , en 798.
La plupart des anciens exemplaires manuscrits de cette loi la donnent précédée d'une espèce de préface ou de prologue, d'un ton très poétique et qui a toutes, les apparences d'y avoir été ajouté sous quelqu'un des petits-fils de Clovis. Un peu plus tard, sous le règne de Dagobert, la loi salique ayant été de nouveau révisée et modifiée, les réviseurs conservèrent le prologue des éditions précédentes, et y joignirent, par forme de supplément, une préface nouvelle qui en resta distincte.
Ces deux préfaces paraissent renfermer tout ce que les Franks des époques où elles furent composées savaient de l'origine et de l'histoire ancienne de leur loi, et ce sont ençoi*e aujourd'hui les seuls documents où nous puissions apprendre quelque chose de positif ou de vraisemblable à ce sujet. Ces documents ont donné lieu à beaucoup de conii|ien.tairesj et ces commenlaires à l>eaucoup de
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conjectures; voici ce que j'ai cru y voir de plus pirobable et de plus important pour mon objet.
La loi salique doit avoir été rédigée, à une époqye impossible à préciser (probablement vers les commencements du cinquième siècle), pour l'une dès tribus frankes encore alors païennes et stationnées au-delà du Rhin , très vraisemblablement p6fur celle des Saliens. Qette tribu, ayant été, oomme je l'ai dit en son lieu , transplantée en Belgique, dans la Toxandrie, y porta cette loi faite pour elle ou adoptée par elle, et continua à l'observer „ sauf les niodifications qu'elle put être obligée d'y &ire par suite de ses relations et de son voisinage avec les Romains.
>l^ii pei| plus tard, les Francs deClodion et de Mérovée , ayant conquis le pays de Tongres et s'y QtMat établis, se trouvèrent de la sorte en contact avec les Saliens; ils connurent leur loi et Tadoptarent, en lui conservant le nom qui marquait son origine.
. Mais, vraies ou fausses, ces conjectures sont assez indiflerentes pour mon objet; ce qu'il m'importe de noter et ce qui est certain relativement à la loi salique, c'est que, si changée qu'elle pût être dans le cours de quatre siècles, elle resta dans sa totalité une loi origin^de, une vraie loi barbare, une pure loi germanique, ayant longuement coexisté avec la loi romaine et à côté d'elle sans rien lui emprunter; c'est qu'à travers toutes les altérations successiyes qu'elle a subies ^ celte même loi est encore