PARTAGE DES GONQU^.TES DE CLOVIS. GUERRES DES
FRANRS CONTRE LES BURGONUÉS. EXP^DITIOIC DE
THIERRY EN ARVERNIE. DlÊBUT DE LA LUTTB
ENTRE LES ROIS MÉROVINGIENS ET LEURS LEUDES. CONSPIRATION DE RRAMNE EN AQUITAINE.
Clovis, à sa mort, laissa quatre fils, Théodoric ou Thierry, Clodomire, Childebert et Clotaire. Il n'avait rien prescrit relativement au partage de ses conquêtes entre eux, mais il y avait peu d'inconvénient à cette omission. C'était un point fondamental dans les idées et les mœurs des Franks que les fils se partageassent par portions égales l'héritage paternel , celui d'un empire , comme celui d'un champ. Les quatre fils de Clovis eurent donc à diviser entre eux, aussi également qu'ils étaient capables de le faire, les pays sur lesquels leur père avait dominé*.
Ces pays formaient trois lots distincts , presque trois sortes de terres, à la possession desquelles ils attachèrent des idées et une importance diverses.
(i) Regnum ejus accipiunt, et inter se «equâ laocc dividunt» Grpgor. Turon. Histor. III. i.
RÈGNE DES FILS DK CLOVIS. y3
C'étaient i** les pays que les Franks avaient primitivement occupés ou conquis au-delà du Rhin ; a* ceux dont ils s'étaient emparés plus tard, du Rhin à la Meuse et de la Meuse à la Loire; 3» enfin ceux qui, des bords de ce dernier fleuve, s'étendaient jusqu'aux Pyrénées et dont la conquête était encore toute récente.
C'est un fait à noter, mais dont la raison pré-r cise ne serait peut-être pas facile à assigner, que, dans les partages successifs de l'empire Frank ^ à compter de celui des fils de Clovis, la portion germanique de cet e;mpire, au lieu d'être évaluée à raison de son étendue, de sa population et de ses ressources pour les guerres d'invasion ou de conquête, ne fut eu quelque sorte pas comptée. Elle fut regardée, je ne sais si je dois dire comme la métropole ou comme une dépendance naturelle, comme une sorte d'appendice de cette portion de la Gaule franke dont elle n'était séparée que par le cours du Rhin, et fut généralement dévolue à l'aîné des héritiers toutes les fois qu'il y en eut plua d'un.
Quant aux pays d'Outre-Loire, on jugea qu'ils ne devaient point entrer en entier dans une seule part, mais former autant de parts séparées que le reste de FEmpire. Le pays étant riche en productions particulières et recherchées , surtout en vin , chacun des héritiers voulut, à ce qu'il semble, avoir sa part de la terre méridionale, comme complément de ses domaines du Nord.
t)4 Riir.NE
Les dëtails de ce premier partage des conquêtes frankes ne sont pas donnés avec certitude; et il y a plus de doutes en ce qui concerne les dernières conquêtes que les premières. Je ne discuterai pas les assertions des érudits à cet égard; il m'y suffit d'une exactitude approximative.
L'aîné des quatre frères, Thierry, obtint pour sa part des états paternels, outre la Germanie franke, la portion de la Gaule comprise entre le Rhin et la Meuse; il eut, en Aquitaine, l'Arvernie avec le Vêlai et le Gevaudan qui, depuis des temps fort anciens, en étaient des dépendances, le Limousin en entier ou en partie, et quelques autres cantons que Ton serait plus embarrassé à désigner.
Clodomire eut les contrées autour d'Auxerre , Orléans et tout l'espace de la rive droite de la Loire à l'embouchure de la Sarthe, avec une partie dei pays traversés par celte dernière rivière. On est moins sûr de ce qui lui fut assigné outre Loire. Les uns lui attribuent la Touraîne et une partie du territoire de Bourges ; d'autres lui donnent la Novempopulanie, mais seulement par conjecture et sans autorité positive.
Pour sa part des conquêtes paternelles , Childebert eut les environs de Paris , de Meaux, de Beauvais, de Senlis et toute la côte septentrionale de l'Océan , de l'embouchure de la Seine aux frontières de la Bretagne armoricaine. En Aquitaine on lui donna, en tout ou en partie, la Touraine et le Berry, le Quercy, Saintes avec tout son district , à quoi des auteurs ajoutent Bordeaux.
DES FILS DE CLOVISf. yS
AClotaire enfin , au plus jeune des quatre frères^ échut cette portion de la Gaule principalement comprise entre l'Aisne, la Somme, la Meuse el les côtes de l'Océan. Suivant les uns il ne posséda rien en Aquitaine ; suivant d'autres il en eut une part, mais personne ne dit laquelle.
A. la mort de Clovis, les Franks n'étaient encore qu'une armée victorieuse, campée au large et comme en halte sur les bords du Rhin , de la Meuse et de la Seine. L'état de guerre étant pour ainsi dire leur état naturel , ils ne songeaient guère à mettre bas les armes pour se reposer dans les limites actuelles de leur conquête. D'ailleurs , eût-ce été là leur disposition , ils n'étaient pas les maîtres de s y livrer ; il y avait dans leur situation quelque chose de précaire et d'incertain qui ne pouvait être assuré que par la guerre. Leur conquête n'était pour ainsi dire que commencée , et ne pouvait s'arrêter au point indécis où elle en était.
D'autres conquérants, d'autres Germains arrivés avant eux étaient toujours là, de toutes parts en contact avec eux, les craignant, les détestant, et aux aguets des moyens et des occasions de les contrarier. Les Burgondes continuaient à occuper quelques-unes des meilleures provinces du sudest de la Gaule. Les Goths d'Italie et ceux de Septimanie, désormais réunis et comme fondus en un seul corps de nation , sous un même gouvernenaent, possédaient toujours les riches contrées qui s'étendent le long de la Méditerranée, entre les
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Alpes maritimes et les Pyrénées orientales j ne dis-* simulant pas leur projet de pousser leurs conquêtes plus loin , aussi loin qu'ils pourraient ^ dans l'intérieur de la Gaule.
Et même avec les anciennes populations du pays, tout n'était pas fini pour les Franks. Ce reste tenace des vieux Celtes, les Bretons, retranchés dans leur sauvage péninsule, après avoir heureusement résisté à Clovis, étaient bien décidés à ne point obéir à ses fils. Il y a plus; parmi les contrées de la Gaule qui avaient reconnu la domination de Clovis, il y en avait plusieurs où cette domfnatiou mal affermie ne pouvait être maintenue que parla force des armes.
Enfin , outre ces diverses guerres qu'ils avaient à faire pour assurer et compléter leur conquête de la Gaule, les Franks étaient encore exposés à combattre pour le maintien de leur puissance en Germanie. Les Thuringiens, les Âllemanes ou les Suèves, les Saxons et les autres peuples d'Outre-Rhin qu'ils prétendaient avoir soumis prétendaient ne l'avoir jamais été , se révoltaient chaque fois qu'ils en trouvaient l'occasion, et donnaient de temps à autre à leurs dominateurs de terribles preuves de leur aversion pour eux.
Dans cette position, la tâche des Franks dans la Gaule, comme conquérants, était une tâche qui demandait toute leur énergie guerrière et un concert de forces devenu plus difficile et plus incertain par la mort de Clovis. Tout le pouvoir qui avait
été jusque là concentré dans une seule main et dirigé par une seule tête se trouvait désormais divisé entre quatre volontés. Au lieu d'un seul État il y en avait quatre , composés chacun de la manière la plus bizarre , de pièces isolées les unes des autres ^ ne répondant à aucune division de territoire ancienne ou nouvelle , et destiné en apparence à être morcelé jusqu'à l'anéantissement, en vertu du principe qui semblait en prescrire indéfiniment le partage entre les descendants de chaque héritier.
Chacun de ces quatre Etats, pris à part, était trop faible pour assurer à lui seul le sort de la conquête; il fallait de toute nécessité que les quatre rois s'entendissent et s'alliassent tous ou plusieurs ensemble pour agir efficacement dans leurs intérêts communs; mais il y avait dans les mœurs frankes quelque chose qui devait, rendre leur union difficile., passagère et de peu d'effet.
Tout ce que Ton sait de l'histoire des Franks et surtout de ceHe de leurs chefs, durant la première période de leur établissement dans la Gaule, parait démontrer que la passion dominante de ces chefs, le principe et le mobile de touteç leurs actions politiques, étaient une soif démesurée de pouvoir, une ardeur sans frein, sans contrepoids pour l'éclat extérieur qui en est ordinairement le signe, pour les jouissances physiques dont il peut être le moyen. L'ambition était chez eux une vraie frénésie qu'ils ne songeaient pas plus à modérer II. 7
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qu'à dissimuler. Les sympathies naturelles ^ les affections de famille, tous les instincts gënéfcux ne perçaient chez eux et n'avaient prise sur leurs déterminations qu'à la condition essentielle de ne point contrarier leur besoin d'être forts ni leur plaisir à l'être et à le paraître. C'étaient là pour eux la gloire, le bonheur et presque l'existence. Le christianisme, dont ils n^ sentaient que Ja partie matérielle la plus grossière , n'avait encore rien pu changer ni même modifier en eux. Mais, du reste, cette avidité brutale et toute sensuelle- de pouvoir, si frappante dans les descendants de Ciovis, était peut-être moins leur caractère propre que celui de toute race barbare brusquement élevée, par la seule force du glaive, à une situation politique complexe et difficile.
Quoi qu'il en soit, de telles passions et de telles mœurs, dans les descendants de Ciovis, ne présageaient pas de leur part beaucoup d'union contre leurs communs adversaires, ni un prorapt achèvement de la conquête de la Gaule. Il y avait bien plus d'apparence qu'elles amèneraient entre eux des discordes et des violences.
Une autre circonstance tendait à l'affaiblissement de ces chefs; c'était le partage des leudes franks en quatre groupes distincts, et pour ainsi dire en quatre bandes séparées, qui avait été la suite nécessaire du partage des conquêtes de Ciovis en quatre États divers. Il était impossible que cette division ne tournât pas à l'avantage des leudes
qui visaient à se rendre chacun indépendant dans la jouissance de sa part du pouvoir et des bénéfices de la conquête. Dès l'instant où ils avaient à choisir entre plusieurs rois jaloux l'un de l'autre, ces leudes devenaient^ jusqu'à un ceitain point, les maîtres des conditions auxquelles ils s'attachaient au service de l'un de ces rois.
Je vais suivre rapidement, dans la Gaule septentrionale , la marche et les développements de la conquête franke , entre les chances variées qui résultaient de ces circonstances générales, sans tenir compte des détails qui n'y ont aucun rapport et dès lors étrangers à mon objet.
Thierry fut , entre ses frères , le premier qui combattit pour Tint^rité ou pour Tagrandissement de ses domaines. En 5 1 5 il repoussa une invasion de pirates danois descendus en Gaule , su^ ses côtes K Bientôt après il entreprit, au-delà du Rhin, dans la Thuringe, une guerre d'intrigue et d'ambition. Ce pays venait récemment d'être divisé en trois parts , entre trois fils du dernier chef; c'étaient^ nous le savons, le droit et l'usage germaniques , et ce qui s'ensuivit de ce partage n'était pas moins dans les mœurs nationales. Hermanifried, le plus entreprenant et le plus ambitieux des trois frères, commença partner Baderic, l'un des trois, et s'empara de son héritage. Pour se défaire ensuite plus sûrement du second, nommé Berthaire, il se
(i) Grcgor. Tur. III. 3. ^