‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 12 sur 51 · I OO RÈGNE · texte numérisé non relu

I OO RÈGNE

ligua contre lui av^c Thierry, auquel il promît la moitié de tout ce qu'ils prendraient en cosimun sur le vaincu. Attaqué par dëUK ennemis à la fois j Berthaire fut battu , (ait prisonnier et mis à mort ^.

Mais la première guerre importante où s'engage* rent les fils d^ Oovis fut celle contre ies Burgondes. Gondebaud , ce même roi de Burgondie dont Clovis avait été l'ennemi, mourut en 5i6, laissant 4eux fils, Sigismond et Godemar, dont le premier lui succéda^. C'était, à en juger par l'ensemble de ^s actions, un excellent homme , mais faible, peu guerrier, et qui s'était livré à l'influence des idées et des habitudes romaines plus que ne le comportait sa situatio;n de chef d'un peuple barbare et de yoisiq d'un peuple plus barbare encore que le sien. Sigismond avait passé de l'arianisipe au catholicisme; niais comme il n'osait pas confesser publiquement sa foi nouvelle, l'avantage qui devait nar turel^ement résulter de sa conversion pour le clergé orthodoxe de ses États était à peu près perdu , pi sa réconciliation avec le parti catholique restait inco4;nplète. C'était peut-être là son plus grgi^d danger.

i^^t-il été le chef le plus belliqueux et le mieux SQiU^jQU par ses suj|Çt|s, Sigismopd aurait encore eu tiiop à faire, pre;^sé cpipme il l'était, au Midi par les Ostrogpths, et sur toutes ses autres fron-

(i) Jd. loc. cit.

{%) Gr«sor. Tur. III. 5.

If

DES FILS DE GLOVIS. lOI

lières par les Franks. L'on ne sait pas au juste par lequel de ces deux adversaires il fut attaqué d'abord. Il y a tout lieu de croire qu'à dater du moment où ils s'étaient établis en Provence, les Ostrogoths n'avaient point cessé d'être en guerre contre lut; mais la guerre avait été peu active, et les généraux de Théôdoric , en observation devant ceux de Sigismond, semblaient avoir attendu le moment favorable pour les pousser avec plus de vigueur.

Ce moment se présenta en SaS. Sous prétexte de venger la mort des parents de leur aîeùlé Clotilde , assassinés autrefois par Fordré de Gondebaud , lea fils de Clovis réunirent leurs troupes en un seul corps d'armée et marchèrent contre le roi Sigismond, le fils et le successeur du meurtrier *.

Le biographe contemporain'de ce rôi dit expressément qu'une très grande multitude de Burgondes traîtres s'associa aux Franks pour le faire périr et pour ravager les villeâ et les campagnes de son royaume^. Ce biographe n'ajoute rien d'où l'on paisse conclure expressément que les fils de cette conspiration burgondienne en feiveur des Franks fussent entre les maitis du clergé catholique ; mais u n'en est pas moins permis de soupçonner qu'elles

(i) /^. lib. m. 5.

(2) Cum Franci plurima fere régna devastarent Galliarum , gentesque et urbes valdè depopularentur, multitudo maxîroa Bui*gondio. num se Francis sociavit. Vita. S. Sigism. Reg. Burg. ap. Bolland. I. Mail.

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n'étaient qu'une suite ou une reprise de& anciennes manœuvres ecclésiastiques par lesquelles' avait été provcKjuée ou accélérée l'irruption des Mérovingiens dans l'intérieur de la Gaule.

Quoi qu'il en soit , Sigismond ne se livra past sans résistance. Vaillamment âecondé par sou frère Godemar, homme de plus férlne résolution et meilleur guerrier que lui^ il rassembla une^rmée avec laquelle il se présenta aussitôt qu'il put à Pen-» nemi; mais il fut battu et obligé de s'enfuir prèsque seul. Godemar fît meilleure contenance; il se retira, suivi d'une partie considérable de l'armée et en si bon ordre que les Franks n'osèrent pas l'attaquer dé nouveau , et regagti^èrent leurs étatssans avoir conquis un pied de terre en Burgondie , mais résolus d'y revenir l'année suivante.

Sigismond vaincu s'était réfugié dans le monastère de Saint-Maurice, en Valais; il y fut arrêté par des traîtres et livré, avec sa femme et ses enfants^, à Clodomire, qui les conduisit et les tint quelque temps prisonniers à Orléans*. Mais en 524? lorsqu'il lui fallut marcher de nouveau en Burgondie , il jugea qu'il y aurait de l'imprudence à laisser derrière lui de tels prisonniers, et il les fît tous jeter dans le puits d^un village voisin d'Orléans^.

En 5^4 la ligue franke qui poursuivait la conquête de la Burgondie n'était déjà plus celle qui

(i) Grcg^. Turon. III. 6.

(2) Id, toc. cit.

DES FIX-S DE CLOVIS. 1 o3

l'avait tentée l'année, d'auparavant. Pour des ratifions que Thistoire n'indique pas, Clotaire et Childebert refusèrent cette fois de marcher avec Clodoïnire et Thierry , auxquels échut tout le fardeau de <::ette campagne. L'issue en fut pire encore que celle delaprécédente. Godemar, qui venait de succéder à «on, frère Sigismoqd, se porta bravement à la renc;ontre des Franks, et leur livra une bataille qu'il gagna et dans laquelFe Glodomire fut tué ^. Les témoignages ne sont pas d'accoï*d sur les conséquences immédiates de la mort de ce roi ; il y a des historiens qui disent que les Franks, furieux de la perte de leur chef, fondirent de nouveau sur les Burgondes déjà victorieux, les mirent en fuite et parcoururent tout le pays, massacrant tout ce qui leur tomba sous la main, depuis l'enfant jusqu'au vieillard 2. D'autrefe affirment que , loin de songer à prendre leur revanche d'une première défaite , les Franks s'enfuirent d'épouvante en voyant la tête de Clodomire au bout d'une pique ennemie*. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils se retirèrent, cette fois, comme la première, sans avoir pu prendre pied en Burgondie. Grégoire de Tours dit bien qu'ils écrasèrent les Burgondes et s'emparèrent de

(1) Id, loc. cit.

(2) Quod videntes Franci, uimio dolore et ii*â commoli, GodomaruBi persequentes exterminant, Burgondionesperimunt, cunc- (asque regiones dévastantes, a puero iisque ad senem omnes prre-* werunt. Gesta Francor. XXI.

(^) Agathias. Histor. i. 4-

leur pays^; mais c'est une assertion qu'il ne faut pas prendre à la lettre et dont la fausseté est démontrée par la suite même de l'histoire.

Cependant le roi goth de l'Italie, Théôdoric, sui* vait de son c6té son pLanï de conquêtes dans ^la Gaule et le suit^ait habilement.- Dâs qu'il vit les Burgondes aux prises avec les Franks, il les attaqua vigoureusement les uns et les autres. Ce fut, selon toute probabilité, en 5a3 et tandis que les fils de Clovis détrônaient Sigismond , que les Ostrogoths s'emparèrent de plusieurs villes ilnportantes delà Burgondie, parmi lesquelles on nomme* Genève et Martigny , d^n's le Valais^

Maisie principal effort des généraux de Théodorie fut dirigé contre les Franks. Des confins de la Septimaaie une armée de Goths et de Visigoths s'avança vers les parties méridionales de l'Aquitaine et s'eû^ara successivement de la province de Rodei!, du Vivaraîs , du Vêlai et dé plusieurs villes des Gévennes» Ces pays appartenaient tous, ou pour la plupart , à Thierry, qui ne se mit pas même en mouvement pour les défendre. Ses frèi^s ne parurent pas s^inquiéter davantage des progrès des Goths dans ie Midi.

On ne sait ce que Thierry faisait dans cet intervalle ni ce qui pouvait l'empêcher de venir au secours de ses villes'd' Aquitaine. Quant a ChiMebert et à Glotaire , ils étaient gravement occupés.

(i) Loc. cit.

DES FILS DE GLOVIS. 1 o5

Clodomire avait laissé trois fils en bas âge,Théobald , Gonthaire et Clodovald , le plus jeune, des trois. Leur grand-mère^ Gotilde^les avait recueillis auprès d'elle et les soignait avec tendresse, en attendant que, selon Fusage et le droit des Franks, ils fussent mis en possession du royaume de leur père, qu'il s'agissait par conséquent de morceler en deux ou trois parts , au détriment de la pui3sance franke^.

Childebert résolut de prévenir ce morcellement; mais il avait besoin pour cela du concours de l'un au ipoins de ses frères, et il s'adressa à Gotaire pai* un message ainsi conçu : « Notre mère a pris sous sa garde les fils de notre frère et veut leur donner Ieroyaumie(de leur pève). Il faut que tu arrives bien vite à Paris, afin que nous délibérions ensemble sur ce qu'il y a à faire à ce sujet. Faut-il , après avoir rasé les cbeveux à ces enfants, les traiter comme le reste du peuple? ou bien faut-il les tuer et parti^er également entre nous le royaume de noire frère ^? »

Tout joyeux de la proposition, Qotaire accourut à Paris pour en délibérer avec Childebert. Celui-ci avait déjà fait répandre dans le public la. rumeur que les fils de Oodomire allaient être établis dans le royaume de leur père, et qe fut sous le prétexte de procéder à cette installation que les deux frères

(ij Gregôr. Turon. III. i8.

(i) Loc. cit.

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firent demander à leur mère Clo tilde les deux plus âgés des enfants ^ c'est-à-dire Théobald qui avait dix ans , et Gontaire qui en avait sept. Clotilde les remit sans hésitation et sans . défiance entre leurs mains. Une fois maîtres de la personne de, leurs neveux , Childebert et Clotaire enyoîenjt à Clotilde un messager qui se présente à elle, tenant d'une mmn des ciseaux et de l'autre une épée nue, sym* botes expressifs de l'alternative qu'il est chargé de lui offrir. Il faut que ses deux petits-fils soient ou égorgés ou tondus et dégradés k jamais du rang royal ; c'est à elle à déclarer lequel de ces deux. partis elle préfère pour eux. Il parait que dans son trouble , dans le mélange de douleur et de colère dont elle fut saisie à ce message-, Clotilde proféra quelques mots équivoques qui furent aussitôt portés à Childebert et à Clotaire comme un indice que la vieille reine aimait mieux voir ses petits-fils, morts que privés du trône ^.

Là-dessus Childebert se fait amener les deux en-^ fants, et Clotaire, saisissant l'àiné par le bras, le pousse à terre et lui plonge son couteaa dans Taisselle. Le second enfant, voyant massacrer son frère, se met à pousser des cris lamentables et se jette aux genoux de Childebert en le conjurant de le sauver. Un moment ému des larmes et des prières de cet enfant, Cliildebert propose à Clotaire de l'épargner. Celui-ci s'en indigne. '« Pousse -moi cet

(i) Loc. cit.

enfant, lui dit- il, ou je te tue à sa place. Quoi ! c'est toi qui as tout arrangé, et tu renonces si vite à ton engagement ^ ? » Childebert n'insista pas , et le second fils de Clodomire fut égorgé comme le premier. Le troisième fut sauvé , mais tondu et caché dans un cloître jusqu'à Tâge d'être ordonné prêtre. ' .

Gela fait, le reste était aisé pour Childebert et Clotaire; ils se partagèrent par moitié le royaume de Clodomire, et, que ce fût ou non leur intention , ils concentrèrent d'autant les domaines et les forces des'Franks. Thierry ne s'opposa d'aucune manière à cette politique de ses frères; mais peutêtre songeait-il déjà à les imiter et à les surpasser, comme nous allons voir qu'il l'essaya.

Hermanfried, ce chef des Thuringiens qui s'était Kgué contre son frère Berthaire avec Thierry , n'avait pas tardé à offenser mortellement ce dernier. 11 avait gardé pour lui-même tout le pays qu'il avait promis de partager avec son auxiliaire et ne s'en était pas tenu là. 11 avait exercé contre certaines peuplades frankes, soumises à Thierry ^ des hostilités dont il suffira de citer un trait pour donner une idée de la manière dont les Franks et leurs sujets où voisins d'Outre-Rhin se bravaient et se provoquaient à la guérite.

(i) Al ille (Chlolliacarius) conviciisactum (Chîldebertnm), aîi : « Aut ejicc euma te, aut cerle pro eo morieris. Tu, inquit , es inceatator hnjus causa?, et (atn velocilcr de fide resilis? « Loc. cit.

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Ayant surpris les peuplades dont j'ai parlé , les Thuringiens leur enlevèrent on ne sait combien d'enfants et deux cents jeunes fHles. Les enfants , ils les accrochèrent tous à des arbres par le musde de la cuisse; les jeunes filles, ils les firent toutes périr dans des supplices dont l'écartellement fut le plus doux et le moins recherché K -

Ce ne fut que plusieurs années après ces cruautés, en 5^8, que Thierry songea à en. tirer vengeance. Il se ligua dans cette intention avec Glotairé, et les deux frères firent ensemble deux campagnes consécutives , dans lesquelles ils exterminèi*ent une bonne partie de la population^ guerrière 'des Tbaringiens, si bien que la nation se trouva, pooi quelque temps , hors d'état àe remuer. *

U parait que^ dans toute cette guerre, Clotairc avait aidé Thierry de son mieux, et l'histoire ne dit pas un mot d'où l'on puisse soupçonner qu'il se fut élevé la plus petite mfésihtelligence entre les deux frères. Mais l'occasion était belle pour Thierfj de gagner un royaume, en se débarrassant d'of frère, et Thierry n'était pas homme à la perdre^ Ji rapporterai le trait dans les termes précis de Gré goire de Tours ; rien n'en pourrait suppléer l'éner gie naïve.

a Tandis que les rois franks étaient en Thuringe «Thierry voulut tuer Clotaire, son frère. A.yan « disposé en secret des hommes armés^ il manda

( i) On peut voîr ces détails datfs Grégoire de Totirs. Hîst. III.

«Clotaire de venir à lui, comme pour conférer de «quelque chose ^ et ayant fait étendre dans sa mai- «soB une tapisserie d'un mur à l'autre , il ordonna «à ses hooimes armés de se tenir derrière. Mais, «comme la tapisserie était trop courte, les pieds «des hommes armés parurent en dessous à découtfvert; çé qu'ayant vu Clotaire, il entra dans la maison en armes^ jivec les siens. Thierry comprit «abrs que son projet était connu^; il imagina une «fable, et l'on parla de choses et d'autres; mais, ne crachant de quoi s'aviser pour faire oublier sa «trahison^ il donna à Clotaire dans cette vue un tr grand plat d'argent. Gotaire, lui ayant dit adieu « et l'ayant remercié du présent, retourna à sa de- « meure; mais Thierry resta à se lamenter avec les «siens d'avoir perdu son plat sans auQuq fruit, et « ditsii son fils Théodebert : « Va trouver ton oncle, « et prie-le de vouloir te céder le présent qup je lui «ai (ait. » Théodebert y alla et obtint ce qu'il de- «mandait* Thierry s'entendait à merveille à de «telles ruses ^. » Tout le génie de la barbarie franke nae parait concentré dans cette aventure, et chaque trait du récit de Grégoire est comme un trait de lumière jeté sur le caractère des descendants de Clovis et sur les principes de leurs relations entre eux, aussi long-temps qu'ils conservèrent leur énerpriisûtive.

Il y a lieu de supposer que Thierry, bien que

(i) Id Ulibns 4olj» iDultum caUidii3 erat. lib. )II. 7.

IIO RiGNB

victorieux dans sa guerre contre les Thuringiens, y courut cependant des dangers dont il n'est pas question chez les historiens. C'est du moins ce que semble indiquer le bruit de sa mort^ répandu et accrédité durant plusieurs jours dans une bonne partie de la Gaule ^ et particulièrement en Arvernie où il fut la cause des plus horribles calamités. C'est ici le lieu de reprendre^ où je Tai quitté, le fil des événements de l'Aquitaine , et de voir comment ce pays fut traité par les fils de Clovis.

On ne sait absolument rien de ce qui se passa dans les parties de l'Aquitaine échues à Childebert et à Clodomire dans l'intervalle du premier partage à l'année 54o. On ignore à qui passa l'Aquitaine du dernier, dans le partage subséquent que Ciotaire et Childebert firent entre eux de son royaume, après avoir égorgé ses fils; si elle fut ajoutée à la part de Childebert ou donnée à Ciotaire, qui jusque là n'avait probablement rien possédé outre Loire. De ce sifence ajDSolu de l'histoire sur ces parties de l'Aquitaine, on peut, je crois, conclure qu'il ne s'y était rien passé de remarquable, et tout autorise à supposer que les nouveaux souverains n'y avaient rien ou peu changé quant aux choses et quant aux formes encore toutes ro* maines de l'administration.

Il n'en est pas de même de l'Arvernie, du Limousin , ni des autres parties de l'Aquitaine échues en lot à Thierry. On sait quelque chose de la manière dont elles furent administrées par leur seigneur

mérovingien 9 et des tentatives par lesquelles les peuples de ce pays manifestèrent leurs dispositions pour leur nouveau gouvernement. Ce sont des faits importants en eux-mêmes et de ceux que je me suis particulièrement proposé de faire ressortir un peu du vague et de l'obscurité dans lesquels ils sont comme plongés et à demi cachés.

On se souviendra que , dans la première guerre d'Aquitaine entre Alaric et Clovis, Thierry avait été chargé par son père de parcourir la portioti orientale de l'Aquitaine, l'Arvernie, le Vêlai, le Rouergue, etc., pour en assurer la soumission , et Ton n'aura pas oublié non plus les dévastations, les pillages et les cruautés qui marquèrent partout le passage des Franks. Ainsi donc, lorsque Thierry hérita de cette belle portion de l'Aquitaine, il n'y était connu que par des violences dont le souvenir tout récent encore dut être pour les habitants un triste pressentiment de l'avenir.

Cependant les premiers actes connus de Thierry, comme souverain de l'Arvernie et des contrées adjacentes, semblèrent n'annoncer de sa part que des dispositions modérées et bienveillantes pour ses sujets aquitains. Il leur donna pour gouverneur ou pour duc Basole, personnage de race gauloise, et probablement de Limoges, où l'on trouve, vers les temps dont il s'agit, une famille de ce nom parmi les plus illustres et les plus puissantes du pays.

II n'y a qu'un fait connu du gouvernement de

lia RÈGNE

Basole en Arvernie, mais un fait caractéristique; c'est une révolte générale de tout le pays contre Thierry. L'histoire ne donne aucun détail -^sur les apprêts ni sur les incidents de cette révolte; on voit seulement qu'elle fut étouffée à temps, que Basole qui en était le promoteur, fut arrêté,. et que Thierry, au lieu de le faire mourir, lui pardonna à la condition qu'il se retirerait pour le reste de ses jours dans un monastère. Une telle modération n'étant guère dans le caractère de ce roi , od est fort tenté de. la croire, de sa part, un acte de politique et de prudence plutôt que de magnanimité.

On ignore par qui Ba$ole fut remplacé comme duc des Arvernes;maisce fut probablement par un Frank , par un homme n'ayant avec les Aquitains ni relations établies , ni ressentiments communs. Les seuls du moins des ducs d'Aquitaine de cette époque dont les noms nous soient parvenus accolés à ce titre sont indubitablement des Germains. Quant aux comtés, il eût été plus hasardeux et plus difficile d'en exclure les hommes du pays pour n'y mettre que des Franks. Aussi presque tous les comtes des villes et des districts de l'Aqui* taine, dont les noms sont venus jusqu'à ijious, sont-ils des Gallo-Romains , après l'insurrection de Basole comme avant.

Cette insurrection n'était pas un événement accidentel, le résultat passager d'une intrigue individuelle, d'un mécontentement privéf^Ue était le

DES FILâ DE CLOVIS. Il3

signe d'une disposition populaire en Aquitaine d'une répugnance générale à la domination franke , répugnance qui devait éclater à l'avenir de toutes les manières possibles , àelon les occasions et les forces qu'elle aurait pour agir; et tout ce que l'on peut imaginer de l'état du pays était merveilleusement propre à entretenir cette répugnance.

Les descendants romanisés des anciens chefs gaulois y étaient encore nombreux, y possédaient encore de vastes étendues dç terres cultivées par des colons , auxquels ils commandaient à peu près comme à des esclaves , et parmi lesquels ils pouvaient , au besoin , lever des bandes armées. Encore nombreuse, naturellement vive et mobile, forte de son oi^anisation nlunicipale, la population des villeis était toujours prête à tout risquer pour le maintien de ce qui lui restait de liberté, de richesse et de dignité. Le clergé aquitain, qui 'avait attiré les Franks dans la contrée, s'était mis à la tête des résistances nationales contre eux, depuis qu'il les avait- vus de près, et n'avait plus eu besoin d'eux contre les arieos^vislgoths. Tous e^germes d'opposition n'auraient peut-être rien produit sous unô domination une et forte et» dans la présence immé^* diate de conquérants armés ; rnais les Franks ne â'élaien t point établis en masse eh Aquitaine , et les fils de Clovis étaient loin d'être d'accord entre eux.

Ayant échoué dans uîie première conspiration dont il jpârâit que le but était de se soustraire à II. 8

Il4 RÈGNE

toute seigneurie mérovingienne , les Ârvernes se rabattirent à une prétention plus modeste, à celle de sp donner un roi de leur choi^, à la place de celui que le sort leur avait imposé. Childebert, qui avait le Berry dans sa part de l'Aquitaine , était parlà le voisin des Arvernes, et il était facile aux meneurs die ceux-ci de s'entendre avec lui coqtre Thierry. Aussi ne tarda-t-il pas à se former dans la capitale des Arvernes un parti tendant à faire passer le pays sous la puissance de Childebert. Ce parti eut pour chef Arcadius , Arverne de famUle sénatoriale et peut-être membre de la curie de la ville. C'était d'ailleurs, à ce qu'il parait, un intrigant sans courage,, servilement dévoué à Childebert dont il avait secondé les actes les plus violents. C'était lui, par exemple, qui avait présenté à Clotilde les ciseaux et le glaive entre lesquels on lavait obligée à faire un choix pour les deux enfants de Clodomire.

Ce parti d' Arvernes à la tête duquel Arcadius comptait servir Childebert n 'savait probablement que peu de fovb. et que des vues assez timides. Il lui fallait donc une occasion très favorable pour tenter quelque chose, et cette occasion se fît un peu attendre. Mais de 628 à 53o, Thierry se trouvant engagé contrp les Thuringiens, dans cette guerre dont j'ai parlé plus haut, et le bruit s'étant tout à coup répandu qu'il y avait été tué, le moment psfitnt favorable aux Arvernes pour se donner .a; j6b{ldebei:t 9 «t,Ai*çadius écrivit à celui-ci

DFS FILS J^¥. CLOVIS. I I j

pour l*engager à venir prendre possession du pays.

Childebert ne se' fit pas répéter rtnvhationj il avait ten tendu beaucoup exalter la fertilité et Tagrément de cette riche plaine, encore aujourd'hui* célèbre sous le nom <îe Limaghe, et s'écraaît fréquemment : ce Oh! que je voudrais la voir de mes « yeux cette Limagne des Arverhes que l'on dît si « agréable \ » On peut juger de l'empressement avec lequel il se mit en marche pour aller occuper un* pays dont il parlait de la sorte*.'

Jamais attente né fut plus cruellement déçue que la sienne. Arrivé sous les murs de la ville des Arvemes, il en trouve toutes lès issues fermées. Arcadîus, qui avait pris l'engagement de l'Introduire, est obligé de fan^e forcer unedels portes par' laquelle Childebert entre enfin. Mais avec lui sem-* bleêtre entrée une nouvelle sinistre, qui se répand aussitôt de tous côtés, la nouvelle que Thierry n'est point mort, qu'il e^t de retour sain et sauf, victorieux de la gftèrre contrée Ic'S Thuringièns.

Consterné de cette Nouvelle et de l'effet qu'elle produit sur ses partisans, Childebert ne se donhé que le temps nécessaire pour s'assurer qu'elle est certaine et reprend en grande hâte le chemin par lequel il est Venu , sans avoir même eu pour dédôtiiniagement d'un si grand jnrfécomptfe là satisfaction devoir cette Limagtie si dé^ii^ée; car dans le court

intervalle de son ar-rivée à son départ, la terre fut

(0 Gregôr. Turon. m. 8. 9.

I 1 6 RÈGIf E

couverte d'un brouillard si épais qu'il ne put rien distinguer à dix pas de luL

A jugei* de l'impression que fit sur Thierry la nouvelle de cette demi- infidélité de quelques Arvernes par la vengeance qu'il en tira, il n'y a pas de doute que ce ne fut celle d'une violente colère. Cependant il ne se pressa pas d'y donner cours; il se passa près de deux ans, durant lesquels on aurait dû croire qu'il avait tout oublié.

Mais en 53a, Clolaire et Childebert, ayant fait de grands préparatifs pour la conquête de la Burgondie, sollicitèrent Thierry de se joindre à eux. t'hierry n'y voulut jamais consentir j mais ses leudes se tinrent pour lésés de son refus. Soit qu'ils eussent quelque motif particulier de plainte contre lui ou qu'ils fussent gagnés par ses frères, soit simplement qu'ils se regardassent comme des guerriers volontaires, libres de suivre à la guerre les chefs avec lesquels ils espéraient y faire plus de butin, ils éclatèrent en murmuras contre Thierry et le menacèrent de le quitter pour aller avec ses frères*. Thierry, qui voulait à tout prix les retenir, en avait un moyen et n'hésita pas à y recourir, a Suivez-moi plutôt en Arvernie, leur dit-il, et je « vous y mènerai. C'est un pays où vous trouverez « de Tor, de l'argent et dçs vêtements, autant que « Vous pouvez en désirer ; c'est un pays d'où vous

(i) Si euro fratribus tuis in Burgundiam ire despexerîs, te relinquimus, et illos satiùi seqai praeoptamus. Gregor. Tur. III. ii.

DES FltS D£ CLOVIS. II7

a emiûènerez du bétail et des esclaves sans nombre. « Seulement ne suivez pas ces autres-Ià. »

A ces conditions les leudes de Thierry consentirent à ne point aller en Burgondie; mais il fallut s'expliquer nettement avec eux et leur réitérer à plusieurs reprises la promesse de leur livrer à discrétion toute TArverniç, hommes, troupeaux et butin, et. d'emporter avec eux tout ce qu'ils auraient «pris ^.

Une fois bien d*accord entre eux, Thierry e|: ses leudes pi'irent ensemble la route de TArvernie, très pressés, sans doute de passer la Loire et d'atteindre la bonne terre promise; mais si rapide que pût être leur marche^ le bruit en fut plus rapide encore et arriva ayant eux dans la capitale des Arvemes. Arcadius eut le temps de s'enfuir et de se réfugier à Boui^es, et les habitants de délibérer sur leu r position .

Arcadius ^vait sans doute des complices parmi eux , mais tout porte à présumer qu'ils étstient en petit nombre. Il semble donc que la grande majorité des citoyens aurait pu aisément se persuader qu'eu laissant Thierry maître du sort des coupables , ils n'avaient pointa c^^indre d!étre confondus avec eux; mais ili^ connaissaient mieux ks Barbares; ils résolurent de fermer leurs portes et de se défendre, comme dans un cas de guerre pur et simple. Quintien, leur évéque, bien qu'il dût sa dignité à

(i) Id, loc. cit.

Jl8 R£G£iE

la fav;eur spéciale de Thierry, ne fit point, cause à part d'eu^ii; il resta dans la place ^ également prêt à partagisr leur péril ou a intervenir pour eux auprèsdu roi.

Arrivés devant la villfe,des Ârver^e^, les Franks la trouvèrent donc fermée et ,en éts^t de défense f ib ;S'établirent d^ns un faubourg dont ;il parait que ^es habit^iints s'étaient réfi^iés dans la ville ^ avec ce qu'ils avaient pu emporter dp leur avoir. Thierr]^ $e flttta d'a)3or4 dç fcMt^er la plj^ce et en cang:pença le siège; n^s soit que l'entreprise fut en j^fïet trop d^ffi/cfle ou dùtseulemept trt^îner en longqeur^ il prit brusquement le parti.de décamper. Ql^goire de Tours ^t^^'^bue sa retraite ^x prière^i dé saint Quintien et à diver^e^ influences , nairacu* leuses^ qui malheureusemenl ne s'étendir^t pas aurdelà desi solides remparts >de Ja capitale ^^*

Du pied de ces remparts, les leudes de Thierry «^.précipitèrent sur le pay? ouvert. Tojmt y offrait |et t£^|il|^a^d'uuç grande invasion; le^ Ueuj^. forts avaient été mi3 eq défense, les laboureurs s'étarient sauvé^.sur les montagnes avec leurs &milles et leurs troupeau^,, et les habitants des villes sanc^ murailles avaîen»t caché leurs biens dans les moud^r tères ou dans les: églises^ . v

Les Franks ^p portèrent d'abord à l'est, sur Tierq,. forteresse, au pied des ippntagues qui séparent Les vaUées del'^lUer et de la Ivoire. La placo

[ij ilf. i/.

résista quelques jours; mais elle fut emportée, brûlée, et ceux de ses habitants qui n'avaient point péri à la défense de leurs murs furent emmenés captifs. De la frontière orientale de l'àrvernie, les Franks rentrèrent dans l'intérieur du pays et remontèrent la belle vallée qu'arrose l'AJ^ lier, dévastant et pillant tout sur les deux bords. Comme ils n'épargnèrent ni les églises ni les monastères, la confiance avec laquelle chacun était 'venu, de près ou de loin , y cacher ce-qu'il avait de plus précieux, tourna pleinement à leur profit et leur abrégea les fatigues du pillage. Parmi les lieux alors célèbres qu'ils détruisirent dans cette partie de l'Arvernie, on nomme le monastère d'Iciodore, un des plus anciens de la Gaule.

Au-delà d'Iciodore, à quelques milles plus au sud , était l'église plus renommée encore de Saint- Julien de Brive (Brioude). Un détachement s'y porta; il ne trouva personne dans lé bourg, tous ceux des habitants qui n'avaient pas pris la fuite s'étaiient enfermés dans l'église. Les .Franks vouluinent y entrer, mais les portes étaient fermées et ils hésitaient à l^s forcer. L'un d'eux aperçoit une fenêtre ouverte ou brisée; il s'introduit par-là dans l'église et court en ouvrir la porte à ses compagnons, qui s'y précipitent tous à la fois. Ils trouvent l'église encombrée d'une multitude confuse de prêtres en prières et de personnes de tout sexe et de tout âge, assis ou à genoux sur des monceaux de meubles ou de bagage qu'ils ont apportés là

laO REGNE

pour les sauver. Les Frauks commencent par s'em^ parer de tout le matériel qui les tente ; après quoi ils lient les mains aux prêtres et à tous les habitants j hommes ou femmes j enfants ou vieillards , sortent dé' l'église violée, et vont à quelc(ue distance de là faire çntre eux \e partage de ce butin.

Grégoire de Tours assure que Thierry avait donné l'ordre dç ne piller ni cette église ni quoi que ce fut à sept milles de rayon à l'entour ; il ajoute qu'il fit arrêter et punir de diverses manières plusieurs des pjofanateurs. Quant au Frank qui s'était introduit dans réglise pôUr en ouvrir la porte aux autres, révêque historien affirme, qu'il périt consumé par la foudre ; je croirais plutôt à cette punition surnaturelle qu'à celles dont Grégoire veut faire honneur à Thierry *c ^

A mesure qu'ils s'avançaient vers les hauteurs pu l'Allier prend sa source y les Franks trouvaient une population plus pauvre et pkis agreste qui, éparse dans les bois et dans les gorges de ses montagnes ou concentrée dans des enceintes fortifiées ^ leur disputait de son mieux le peu qu'elle avait à perdre. Le château de Lovolâtre était le boulevard renommé de toute cette contrée montagneuse , et, selon une tradition qui remontait peut-être jusqu'aux temps celtiques 9 il n'avait jamais été pris 2.

(i) Liber; Miraculor. S. Juliani. XIV.

(2) Lovolaqtrum caslrum quod usque in illd die defensatum esU Gregor. Tur. III. i3.

Les Franks ne l'assiégèrent pas moins; mais bientôt découragés des difficultés de l'entreprise, ils étaient sur le point de l'abandonner, lorsque l'esclave d'un certain Pi'oculus, le prêtre ou un des prêtres du lieu , s'introduisit dans leur camp et leur fournit des indices au moyen desquels ils s'emparèrent de la place sans danger et à l'insu des habitants. De oe qui se passa à^ette prise Gré-> goire de Tours ne rapporte qu'un seul trait, et cela dans une vue particulière, absolument étraur gère au dessein de décrire l'événement même auquel ce trait se rattache^. Il dit que Proculus, ce prêtre dont Tésclave Jes ^vait introduits dans la forteresse, fut par eux: égorgé dans l'église, au pied de r^uteL Un tel meurtre en un tel lieu ne dut pas être- le seul, .et il n'y a que trop d'apparence que toute la population de Lovolâtre, qui ne fut point réduite en servitude, périt massacrée dans ses foyers. Quanta la ville, habitations et remparts, tout en- fut détruit.

Après ces exploits , les Franks, se détournant à gauche, dans la- direction de l'ouest, passèrent les hautes montagnes du Cantal et se jetèrent dans le bassin de la Dordogne, où ils recommencèrent tout ce qu'ils avaient fait dans la vallée de FAUier. Ils nç trouvèrent un peu de résistance qu'à Méroliac, châteaiî dont lè site et le nom se reconnaissent encore aujourd'hui dans l'aspect et le

(i) Loc. cit.

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nom de Cliastel-Merliac^ à peu de distance au nord-est de la petite ville de Mauriac, dans k Cantal. C'était un lieu des plus célèbres pour k force et la singularité de son assiette , au sommet d'une haute colline, entouré de toutes parts d'un mur de cent pieds de haut, non de main d'homm< ni de pierres ajustée^ ensemble , mais d'un seul e\ immense bloc de rocher taillé à pic par la nature elle-même. Au centre.de la vaste enceinte protégée par cet inexpugnable reppart , il y avait un étan( d'une eau limpide, exquise à boire, et d'un autn côté y non loin de là, sourdissaient de terre ud< multitude de sources d'eau vive, qui^ réunies ei un ruisseau rapide, traversaient la ville entière ei sortaient par une des portes pour gagner la pent< de la vallée. La ville était beaucoup plus petite qui l'enceinte fortifiée,, dans laquelle elle était enclose de sorte qu'il s'y trouvait des champs , des jardins et des vergers qui , blea cultivés par les habitants leur fournissaient en abondance de quoi satisfaire à tous les besoins de la vie^.

Essayer de prendre une telle place semblait folie; les Franks l'assiégèrent pourtant, et la fortune lee servit; assez bien. Bloqués par les leudes de Thierry les habitants de Méroliac ne manquaient de rier de nécessaire; mais, trop préoccupée de l'avenir, ilî cédèrent- à la tentation de faire secrètement um sortie en quête d'un surcroit de subsistances. Gin

(l) Gregor, Tur. loc. cit.

quante hommes entreprirent celte expédition ; ils furent pris par les assiégeants, amenés , les mains liées derrière, le dos, sous leurs remparts et sous les yeux de leurs proches. Là s'établit une négociation cruelle entre les Frank^ et, les hommes de •Méroliac; les. prefmiers, tenant le glaive sur lagorge de leurs prisonniers, menaçaient de les tuer, si leur vie n'était pas rachetée sur l'heure au prix qu'ils y mettaient, les autres lie voulant ni laisser périr leurs proches ni tout accorder à leurs enne» mis. Il fut enfin convenu que les habitant^ de Méroliac donneraient chacun^ quatre onces d'or, pour la rançon des cinquante captifs; et sanâ doute aussi pour la leur; car il parait que les lK>stilités furejnt terminées par cettç négociation, et que les Franks n'entrèrent point dans la place^.

Voilà les seuls détails qui nous soient parvenus de cette ^ expédition plus que barbare, qui fut comme une seconde conquête de l'Arvernie ; mais ces détails sont loin de donlier la juste mesure du désastre auquel ils se rapportent. Il y a > dans les hâgiographes du^ sixième et du septième siècle une multitude d'allosions a ce même désastre, qui, par leur ton général et par quelques ti^aits particuliers, donnent à penser que le pays deS; Ârvernes souffrit tout ce qu'un pays peut souffrir par la guerre seule, Le nombre <les habitants conduits en captivité fut inimense; quant aux dégâts et au pillage^

(i) Id. loc. cil.

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ils furent tels que^ leis Franks partis, il ne resta pas de quoi subsister à une ibiile d'hjdmmes, jadis des plus opulents, qui avaient échappé à la mort et à la servitude; réduits à vivre d^aumônes dans un pays où personne n'avait plus les moyens de la faire , la plupart furent obligés d'aller mendier au» loin, chez des peuples étrangers. On jugera aisément qu'une telle conduite, de la part des Franks, n'adoucit pas la haine que leur portaient déjà les Aquitains.

Thierry, en quittant l'Arvernie, y laissa, pour la gouverner, avec le titre de duc, un de ces mêmes leudes auxquels il l'avait livrée et qui' venait d'y faire son butin comme les autres ; c'était un de ses proches parents, quelques chroniques disent même son oncle maternel, nommé Sigewald, Le nouveau duc fît aussitôt venir sa famille des bords de la Moselle ou du Rhin , et s'établit avec elle dans la capitale des Arvernes où nous le retrouverons bientôt. Il nous faut , pour Iç moment , suivre Thierry dans ses États du Nord.

Il y était à peine ou n'y était peut-être pas encore arrivé lorsqu'il y éclata un. soulèvement dont je rendrai compte ici comme d'un fait qui semble se rattacher, par plus d'un côté , à la dernière invasion des Franks en Arvernie.

Munderic, un des principaux leudes de Thierry 4ont il se prétendait, même le parent, fut l'auteur de ce soulèvement. Jaloux de tous ces accroissements de pouvoir et de tous ces honneurs par

DES FILS DK GLOVIS. IH^

lesquels les fils de Clovis, devenus rois des Gallo* Romains et chrétiens, aspiraient de plus eti plus à se distinguer de leurs anciens compagnons d'armes y et pensant que les bénéfices et les privilèges de la conquête devaient être distribués également entre tous les chefs qui l'avaient faite , ce Munderic résolut 9 non précisément de détrôner Thierry, mais de se faire, de son côté, roi des^'^pays où il commandait en qualité de duc ou qui voudraient bien le reconnaître pour tel ; et il est à présumer qu'il saisit, pour exécuter son projet, le moment où Thierry était déjà engagé dans son expédition contre les Arvernes.

Les propos que Grégoire de- Tours prête à Munderic en cette occasion sont précieux par la naïveté et par la vérité avec lesquelles ils peignent les sentiments des grands leudes restés fidèles aux antiques mœurs germaniques , et l'opposition qui s'était établie entre eux et leura rois, dès l'instant où ceux-ci avaient aspiré à une puissance distincte du commandement militaire, à une puissance politique. «Quelles obligations ai-je envers le roi Thierry? lui fait-il dire. Il m'appartient de régner aussi bien qu'à lui. Je sortirai donc ; je rassemblerai mes peuples et i^ecevrai leurs serments , afin que Thierry sache que je suis roi tout comme lui4.« Il sortit en effet et se mit à courir le pays, criant

(i) Hîstor. III. 14,

partout à la foule, qui partodt abondait autour de lui : a Je suis un prince; suivez-moi^ et Vous tous en trouverez bien.» Et une rfrultitude d'honiinnes le suivaient 9 lui juraient fidélité et Fhonoraient comme un roi. Ces hommes élaîent-ils des Franks ou des Gallo-Romains? Glrégoire de Tours les désigne par les termes de multitude rustique*, ce qui, à vrai dire, n'a rien de bien précis, mats semble néanmoins s'appliquer plutôt aux basses classes des anciens habitants du pays qu'à la population germanique.

Informé des actes •de-Munderic, Thierry n'en prit pas d'abord grand souci; il se contenta de lui faire dire par un message : « Si tu as droit à une portion de mon royaume, viens me trouver, et droit te sera fait. » Thierry espérait par-là attirer Munderic , le faire tuer, et tout terminer ainsi de la manière la plus simple. Mais Munderic, au lieu de suivre les messagers de Thierry , les chargea de sa réponse : « Allez-vous-en dire à votre roi que je suis roi tout comme lui 2. »

A cette réponse Thierry assembla ses leudes pour les envoyer contre le nouveau roi. Celui-ci , ne se jugeant pas en état de tenir la campagne, se réfugia, avec ses partisans et son trésor, à Victoriac, résolu de s'y défendre jusqu'à l'extrémité.

(i) Seqoebatur eiun rustica multitado, on selon une aVitre leçon , multitudo rosticanorum. Greg. Tur. loc. cit.

(a) Quia rex sum sicut et ille. /</. I. c.

DES FILS DE CLOVIS. Il 7

11 y avait à cette époque en Gaule deux forteresses du nom de Victoriac, l'une sur la Marne , au* jourd'lîui Vitry,.et l'autre en Arverniè , sur les bords du Haut-AUier , dans ce même pays qui venait d'être ravage par les Fpanks. Ce qu'il y avait' de plus naturel et de plus facile pour Munderic^ c'était de s'enfermer dans le Victoriac champenois; c'est cependant dans celui des Arvernes qu'un des plus anciens abréviateurs de Grégoire de Tours le fait arriver, et ce sont des paysans arvernes qu'il lui donne pour partisans et pour complices^. Dans ce cas , il y aurait lieu à considérer la rébellion de Munderic comme une repr.ésaille ii^médiate de la dévastation de T Arverniè par Thierry j mais, encore une fois , cette hypqthèse est d'elle-»même si peu probable qu'il faudrait, pour lui donner de l'autoTrité, un témoignage beaucoup plus grave que celui

d'Aimoiri.

Quoi qu'il en soit, Munderic, à peine établi dans sa foi'teresse , y fut aussitôt assiégé par l'armée de Thierry. Attaqué vigoureusement , il se défendit de même. « Tenons ferme, disait-il aux siens; combattons tous également, et ne nous laissons point subjuguer par nos ennemis. » Au huitième jour du siège c'étaient les leudes de Thierry qui étaient irrésolus et embarrassés. Informé <le ce qui se passait, Thierry imagine aussitôt un expédient; il appelle un de ses affidé^^ nommé Aregisile et lui

(i) Aimoinus Mooacii. iib. IL

1!1& RÈGNK

dit : a Tu vois que ce traître Dlunderic triomphe dans sa révolte; rends-toi auprès d^ lui,, et fais-lui tous les serments qu'il voudi'a pour l'engager à te croire et à te suivre. Une fois qu'il sera dehors^ tue-le, et que sa mémoire soit effacée de notre royaume*. »

Aregisile part avec cette commission qui n'ëtaiit probablement pas pour lui la première de cette espèce*. II se fait introduire auprès de Munderic, et, à force de lui démontrer le péril sans remède de sa situation , de l'assurer du pardon de Thierry et de lui jurer sur les Evangiles tout ce qti'il voulut, il réussit à l'attirer hors de sa forteresse et à l'amener en présence d'hommes armés qui, à un signal convenu, devaient tomber sur lui et le tailler en pièces. Cependant Munderic s'aperçut de la fraude assez tôt pour tuer Aregisile et plusieurs des siens. Tous ses biens sans distinction furent confisqués par Thierry.

Cette rébellion et ce meurtre sont un événement notable dans^ l'histoire des Franks de la Gaule; c'est le début de cette longue lutte entre la nouvelle royauté franke et l'ancienne liberté germani-' que dont je tâcherai de marques avec soin les incidents et les progrès. La mort de ce Sigewald, que Thierry avait laissé en Arvernie en qualité de gouverneur ou de gardien , comme dit Grégoire de Tou rs 2 , suivit de près jcelle de Munderic, et tient

(i) Gregor. Tur. l. c.

(a) Quasi pro custodiâ. Histor. III. i3.

de même à ta division déjà pronoocée entre les rois franks et leurs leudes. > . . .

Ce Sigewaid ne se comportait paa envers les Ar** vernes de manière à les réconcilier aVec leurs con*> quérants. Il y faisait beaucoup de mal, dit Gr^oire de. Tours, et s'emparait de force de la propriété de beaucoup de^ personnes,. Ses serviteurs ne cessaient de coaunettre^des vols^ des meurtres et toutes sor* tes de violences et de crimes^ et personne n'osait soui&er un mot de plainte contre eux^; c'eut été s'exposer, de leur part, à quelque <^ae de pis que la première offense.

Les comtes, qui avaient sous Sigewaid l'admi** nistration de la justice >civile et criminelle dans les villes du pays , contkuiaient^ comme je 1 ai dit , à être pri^ dans ces villes mêmes ou dans leur district, parmi les Gallo-IVomains. C'était Hortensius, homme de rang.sénatorial, qui occupaib alors leposte.de comte dans la ciqiiitale du pays. On avait donné le comté de Brive à Becco, personnage, dont le nom est indubitablement celui d'une ancienne famille gaul(Hse , et ce même comté avait été occupé aupamvant par un Evodius, autre pereonnage aïjuitain comme les précédents. On ne sait que bien peu de chose de l'administmtion dé ces comtes^ et ce peu autorise à présumer qu'elle n'était guère |Jus équitable ni plus douce que celle de Sigewaid ^ leur supérieur.

(i) Grcg.Tur. m. i6.

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