II. i
luG CONSPIRATION
suite le rapprocher de lui , l'avait fait pour cela duc de Champagne ^. Il avait eu depuis Foccasion de se distinguer à la guerre et avait gagné sur les Danois et les Saxons des batailles dont les historiens ne parlent pas j mais que Fortunat a célébrées dans ses vers^^
Divisée entre ces partie l'Àustfasie avait dû perdre et avait en effet perdu presque toute indépendance et toute nationalité. Usurpée par des hom*^ mes qui n'avaient^ la plupart, en vue qu'un grossier intérêt personnel , la force du pays appartenait par le fait à quiconque avait de quoi acheter ces hommes. Or, il y avait là deux puissances rivales qui avaient les mêmes motifs, et un besoin égal de s'approprier celte force ; c'étaient les rois de Burgondie et de Neustrie, qui devenaient de jour en jour plus jaloux, plus ennemis l'un de l'autre, et dont l'un ne pouvait obtenir une supériorité décidée sur l'autre à moins d'avoir les Austrasiens pour auxiliaires.
Comme il y avait deux partis pour solliciter et acheter cette alliance, ceux <)ui pouvaient la vendre ou la procurer s'étaient divisés de même en deux factions dont chacune avait ses inclinations et ses répugrances. L'une de ces factions penchait pour le roi Gontran , toutes les fois qu'il y avait nécessite de sie déclarer entre lui et Chilpéric; c'était en gé-^
(i) Greg.Tur Hisl. IV. 47.
(a) Forllinati Pirti?. Ep. Carmint. VIL VIIÎ.
DE GONDOVALD. Iviy
néial la faction dirigée par le duc Lu pus , celle même de Brunehaut. L'autre, celle qui avait pour chef révéque ^Egidius, ékait décidément livrée à Chilpérîc et à Frédégonde.
Bien que ces factions fussent d'ordinaire opposées dans leurs intrigues et dan^s leur but, il y avait cependant des cas où elles avaient l'air de se rapprocher pour agir, intriguer et conspirer de concert. Tel fut , en particulier, le cas aiK{uel se rapportait la retraite du patrice Mummole, et qui en renferme la seule explication possible. On en jugera par l'exposé des faits que je dois reprendre de plus haut.
Une femme qui prétendait avoir été admise au lit de Clotaire I, parut un jour devant Childebert, Toi de Paris, menant par la main un jeune garçon qu'elle nommait Gondovald et dont elle était la mère. « Voici ton neveu, dit-elle au roi en le lui <c présentait; voici uii fils du roi Clotaire, mais il «est odieux à son père; veuille donc bien le rece- « voir auprès de toi, car il est de ton sang. » Childebert n'avait point d'enfants; il accueillit volontiers celui qu'on lui présentait et résolut de le garder auprès de lui, ne doutant point qu'il ne fût véritablement son neveu. Clotaire, informé de sa i*ésolution et voulant ou feignant de vouloir voir l'enfant^ le fil demander à son frère par des messagers. Gondovald fut donc amené à Clotaire qni, le voyant, se prit à dire : « Je n'ai point engendré cet enfant. » Et là-dessus, il ordonna qu'on lui
coup&t les cheveux que l'enfant pointait flottants sur ses épaules , à la manière des Franks de race royale*.
Après la mort de Gotaire, Gondovald avait été de rechef accueilli et reconnu pour neveu par Charibert; mais Sigebert, prenant scandale de cette adoption , avait de nouveau fait tondre le pauvre jeune homme et Tavait envoyé en exil à Cologtie. Là ou ailleurs, celui-ci avait passé plusieurs années dans l'abandon et la pauvreté, obligé , à ce qu'il semble, de vivre de san industrie, et particulièrement de celle de peintre de décoration ; car l'usage romain d'orner de peintures les murs des appartements était encore alors ^rès ordinaire. Ses prétentions et ses aventures avaient fait du bruit , si bien qu'il était partout connu sous le nom de BaU lomerj sobriquet gaulois qui parait signifier le faux prince^.
Las à là (in d'être le jouet de la' multitude et de ceux qu'il nommait ses proches, Gondovald avait passé les Alpes pour aller chercher fortune en Italie. C'était le temps où Narsès gouvernait ce pays qu'il venait de conquérir sur les Goths. Gondovald s'était adressé à lui , lui avait inspiré de l'intérêt, et il s'était marié sous les auspices de ce puissant protecteur. Quelque temps après, ayant perdu sa femme, il s'était retiré à Constantinople,
(i) Gregor. ïur. Hist. VI. 24.
(a) LU ioc. cit.
DE GOIVPOVALD. 11C)
avec deux fils qu'il avait eus de son mariage, et, bien recommandé sans doute à l'empereur Maurice , il en avait reçu le meilleur accueil et s'était dès lors
fixé dans la capitale de l'Onent , où il vivait heureux, considéré et n'ayant aucune raison de regretter la Gaule, encore moins ceux qui l'avaient repoussé loin d'eux et jeté à l'aventure dans le monde*. Tout porte à croire que Gondovald était vraiment le frère de Chilpéric et de Gontran. La répugnance obstinée de Clotaire à le renier pour son fils n'est pas une preuve sufïisante qu'il ne le fût pas.
Les rois mérovingiens avaient des relations fré- <]uentes avec Constantinople; ils y envoyaient souvent des ambassadeurs, et ceux-ci avaient natur Tellement l'occasion de voir Gondovald, de lui parler ou d'en entendre parler. Il y a donc apparence que ce royal fugitif n'avait jamais été complètement oublié dans la Gaule et que sa mystérieuse destinée n'avait point cessé d'y être un sujet de curiosité et d'entretiens. Cela supposé, on s'étonne un peu moins de voir cette destinée devenir tout à coup , à la cour d'Austrasie , le thème d'une conspiration des plus vastes et des plus hardies.
Il nes-agissait de rien moins, dans la pensée des conspirateurs, que d'attirer Gondovald de Constantinople, de le produire inopinément dans la Gaule comme le fils déshérité de Clotaire , réclamant à ce titre sa part de l'empire paternel, et la
(i) Greg. Tur. loc. cit.
ta3() COJTSPIRATION
réclamant avec les forces nécessaires pour la prendre. Le complot étant l'œuvre des Austrasiens, il était bien entendu qu'il devait se dénouer dans leur intérêt et aux dépens de celui des rois franks qu'il plairait aux conspirateurs de désigner pour victime à Gondovald.
C'est dans ces termes généraux et vagues que le projet de cette étrange conspiration fut adopté par la plupart des personnages influents du royaume d'4ustrasie, de Quelque faction qu'ils fussent, de celle des leudes ou de celle de Brunehaut; mais les données manquent pour préciser davantage le but du complot et pour dire s'il fut dirigé contre Chilpéric ou contre Contran, car c'eût été folie de conspirer contre tous les deux à la fois.
C'était là un point capital sur lequel il h*ëtait pas facile aux conspirateurs de s'entendre. Brunehaut et tous ceux de sa faction avaient beaucoup, plus de griefs contre Chilpéric que contre Gontran, tandis que le chef du parti germanique, l'évêque i^igidius, était au contraire l'ennemi déclaré du roi de Burgondie. Or, comme cette dernière faction était indubitablement, du moins au moment dont il s'agit, la plus forte des deux, il y aurait bien lieu d'en conclure que la majorité ^es conspirateurs visait , dès le principe, à renverser Gontran. Peut-être néanmoins, si important qu'il fui, ce point fut-il laissé dans le vague et les deux partis cherchèrent-ils à se tromper Tun l'autre sur le but drfinilif de leurs efforls. (]ela se pouvait d'autant
DE GONDOVALD. l3l
mieux que , pour être mené à bout, le complot demandait du temps 9 et que chaque faction pouvait se flatter d'avoir le loisir et l'habileté de conduire les choses au terme qu'elle avait en vue.
Quoi qu'il en soit, le plan d'attirer Gondovald de
Constantinople dans la Gaule et de le mettre aux
prises soit avec Chilpéric, soit avec Contran, fut
a.dopté à la cour d'Âustrasie dans le courant de
l'année 679.
La première chose à faire pour les conspirateurs ^tait d'exciter Gondovald à entrer dans leurs vues, ^n réveillant en lui des idées de vengeance ou d'ambition que* le temps avait sans doute bien amorties. L'occasion leur fut favorable.
L'em{)ereur d'Orient, Maurice, venait de monter sur le trône avec le projet de dhasser les Loinbards <ie l'Italie , et d'employer les Franks d'Austrasie à celte entreprise ; il entama de bonne heure, à ce sujet, des négociations qui donnèrent lieu à mainte ^mbassade.Gontran-Bozon, ayant été chpisi ppur en conduire et en présider une, fut chargé par sa faction de voir Gondovald àConstantinople, de l'entretenir et de l'engager à repasser dans la Gaule , en lui démontrant et en lui exagérant au besoin les chances qu'il avait d'y être fait roî. Gn ne sait pas précisément à quelle époque Bôzpn partit pour sa double missiopf mais ce dut être vers la fin de 579, ou, au phis tard, au commencement de l'année suivante*.
(1} Gregor. Tiir. Hist. Vil, 36.
a3a CONSPIRATION
' Il fut convenu que Gondovald, s'il répondait à 1 appel qui allait lui être fait, débarquerait à Marseille. Théodore, l'éréque de cette ville, où il jouissait d'une grande faveur parmi le peuple , était chargé de le recevoir à son arrivée, de le protéger^ de le conseiller au besoin et de le faire condaire en sûreté à Avignon , où le patrice Mummole le preu:*^ drait sous sa direction et comme sous sa tutelle^,
Mummole avait été choisi pour chef suprême de la conjuration austrasienne; c'était lui qui devait tout faire au nom de Gondovald, soulever les peuples , lever des armées, les commander et les mener où besoin serait pour le succès dc/l'entreprise. Ou voit maintenant pourquoi il avait abandonné Contran, pourquoi, en s'enfuyant dq la Burgondie, il s'était jeté dans un ville appartenant à Childebert,^ et voisine de ]\Iarseille, dans une, ville forte où il pouvait braver les défiances dont il devenait l'objet par sa défection.
Outre le patrice Mummole , qneiques grands personnages du royaume de Burgondie étaient entrés dans la conspiration , et devaient la seconder au moment où elle éclaterait. Un ancien abréviateur de Grégoire de Touts en nomme deux, Syagrius,. évéque d'Autun, et Flavius, évêque de Châlons.
Après ces opérations préliminaires et en atten-^ dant des nouvelles de Constanjtinople, les Içtudes. austrasiens reprirent avec une ardeur nouvelle le
(i) Oreg. Tur. loc. cit.
DE GONDOVALO. 233
cours de leurs intrigues avec la Burgondie et la i\eustrie.
L^alliaace conclue en 677, entre Childebert et
Contran contre Chilpéric, durait encore en 58o>
Siu grand dépit de révéque> i^idius et des siens,
c[ui travaillaient de leur mieux à la rompre. Les cir-
<;onstances vinrent à leur secours. A là mort de
Sigebert, Contran s*était emparé de la moitié de
IMarseille qui appartenait à l'Austrasie; il possédait
laville entière et y avait établi, avec le titre romain
de préfet^ un personnage du pays nommé Dyna*.
mius, qui ne reconnaissait point Childebert. L'é-
véque, au contraire, ce même Théodore dont il
vient d'être parlé, était dans les intérêts austra-
siens. De là, entre les deux personnages, de fré*
quentes querelles qui troublaient toute la ville ^
chacun des deux adversaires ayant son parti. P&r
une combinaison assez étrange et qui devenait
pourtant de plus en plus commune, Dyn ami us était
soutenu par le clergé, etVévêque par le peuple** >
Après avoir été assez mal mené dans ces débats,, après avoir été arrêté deux fois et deux fois rdâ^ ché, Févêque, s'enfuyant dé Marseille, se rendit en Austrasie, probablement pour cônférei' de sa situation avecJes leudes dominants, il avait compté ne faire qu'une courte absence; mais son clergé et son ennemi Dynaœius, le voyant loin d'eux, manifestèrent hautement leur résolution de ne plus le i-e-
(i) Oieg. Tur. Hist. VI. ii.
Îi34 . CONSPIRATION
cevoir, de sorte qu'il n'osait retourner à Marseille, où il ne pouvait désormais rentrer que de force.
Ces démêlés entre le préfet et l'évéque d'une ville importante s'étendirent bientôt à la Burgondie et à l'Â^ustrasie. Childebert ^ se plaignant de l'injustice par laquelle il était dépouillé de jsa moitié de Marseille, se déclara pour l'évéque; Gontran soutint son préfet, bien décidé à garder les deux moitiés de la ville. Les partisans austrasiens de Chilpéric mirent tout leur savoir et tout leur zèle à envenimer la querelle^; des événements imprévus achevèrent leur ouvrage.
Ce qui avait décidé l'alliance de Childebert avec Gontran et ce qui devait la rendre durable , c'était Tappât de son héritage que ce dernier, n'ayant point de fils, avait pu ofTrir à son neveu. Chilpéric qui, lors de la conclusion de cette alliance, avait encore, trois fils, n'en avait plus à la fin de Tannée 58io. Deux que lui avait donnés Frédégoude étaient morts d'une maladie contagieuse, et Clovis, le dernier qui lui était resté de ceux qu'il avait eus. de la reine Audovère , avait péri par les manœuvres de Frédégonde. Chilpéric était dès lors en pleuvoir de faire ausài à Childebert l'offre de son royaume, et cette circonstance acheva d'aplanir aux Austrasiens de sa faction les difficultés qu'ils, avaient trouvées jusque là à rompre l'alliance de leur roî mineur avec Gontran.
^i) Greg. Tur. loc. cil.
DE GONDOVAI.D. ^35
Au commencement de l'année 58 1 ^ une ambas-^ sade des principaux leudes austrasiens, ayant Té-, vêque iEgidius^ à sa tête , se rendit auprès de Chilpëric, dans une de ses habitations aux environs de Paris: Là, reçus en audience solennelle , ils lui proposèrent, au noni du roi d'Austrasie, la paix et une alliance contre Contran. « Il ne m'est pas resté de «fils, leur répondit Chilpéric; c'est une punition «de mes péchés; je n'ai plus maintenant d'autre « héritier 'que le fils de mon frère, le roi Childe- « bert. Qu'il hérite donc de tout ce que j'aurai pu « acquérir; mais qu'il me soit permis, tant que je «vivrai, de conserver- le tout sans contestation et « sans scrupule*. )3
On voit que Chilpéric ne voulait rien restituer de son vivant de ce qu'il avait pris en Aquitaine à l'Aiistrasie; le nouveau traité fut conclu sur cette base. * <•
De retour en Austrasie, iEgidius et les autres leudes de sa faction, encouragés par ce succès, résolurent de s'emparer totalement de Childebert, en écartant de lui les hommes dévoués à Brunehaut. Deux d'entre eux , Ursia et Berktefried, à l'instigation d'iEgrdius, levèrent des troupes dans le projet d'attaquer le duc de Champagne Lupus, et de l'exterminer lui et ses partisans. Ces troupes étaient en marche, et le duc les attendait à la tête des siennes, lorsquç Brunehaut, effrayée pour celui-ci des chances de la bataille, se jela inlrépidement
(i) Greg. Tur. VI. i.
au-devant des agresseurs, les retenant, les suppliant de ne point commencer, en haine d'un seul boitime qui n'avait fait aucun mal, une guerre funeste au pays. « Retire-toi , ô femme , lui répondit « Ursio, le chef de ses adversaire;»; qu'il te suffise (c d'avoir régné sous ton mari ; ton fils règne main- « tenant, et son règne est sous notre tutelle, non «« sous la tienne. Retire-toi , si tu ne veux êXji^e foulée a aux pieds de nos chevaux. » Ce discours, qui caractérise bien le parti au nom duquel il était tenu, ïi'épouvanta point Brunehaut; elle persista "dans ^s efforts pour empêcher le combat et fit tant qu'elle y réussit. Les ennemis de Lupus se contentèrent, pour cette fois, de piller sa demeure et de vociférer contre lui les menaces les plus terribles. Le duc, averti par cet orage que son parti n'était pas le plus fort, jugea prudent de quitter l'Austrasie et se retira en Burgondie, auprès de Gontran qui lui fit bon accueil*.
Restés les maîtres du pouvoir royal et du roi, lés leudes austrasiens se hâtèrent de faire demander l Gontran , par une ambassade , la restitution de moitié austrasienne de Marseille , le menaçant, ei cas de refus, de prendre ailleurs sur lui d'ample dédommagements. Pour toute réponse à leur de mande, Gontran donna l'ordre de fermer auxÂus trasiens les chemins de la Provence par la Bur gondie^.
(i) Gn-g. Tur. Hisf. VI. /,.
(a) IrlW, II.
DE GONDOVALD. * l37
Celte mesure embarrassa les leudes de Childebert ; ce n'était sans doute pas uniquement dans un intérêt général de politique qu'ils désiraient recouvrer leur part de domination à Marseille. L'an- »ée 58 1 touchait à sa fin; on a\ait probablement à la cour d'Austrasie de bonnes nouvelles de Cons- ^antinople, et le temps approchait» où Gondovald devait faire son apparition sur les côtes de la Gaule. 11 importait donc aux leudes conspirateurs de faire ï*entrer à Marseille et de rétablir sur son siège Théodore, cet évêque chargé de recevoir le mystérieux personnage; car, comme on vient de voir, Théodore était resté en Austrasie, n'osant retourner seul à son évêché.
Comme il avait nn parti très fort a Marseille , on pensa qu'il suffisait, pour l'y rétablir, de l'y renvoyer sous la conduite d'un homme d'autorité, d'un l)omme habile qui saurait mettre en jeu les forces comprimées de ce parti. En conséquence, le duc Gondulfe eut mission de se rendre avec Théodore à Marseille, de remettre, s'il pouvait, sous la domination de l'Austrasie, la portion delà ville qui lui apparteïiait, et en tout cas de rétablir l'évéque sur son siège. Gondulfe était un Gallo-Romain méridional, de famille sénatoriale, lequel, suivant une mode qui commençait à devenir commune en Gaule, avait pris un nom germanique.
Les voies directes de l'Austrasie en Provence élant closes, Gondulfe et Théodore furent obligés
a 38 CONSPIRATIOM
de faire un long détour par la Nauslrie et par lé pays des Arvernes, et d'entrer en Provence par Avignon. S'ëtant présentés devant Marseille et ayant été reconnus , les portes leur furent aussitôt fermées, et Dynamius leur déclara qu'ils n'entreraient ni Tun ni l'autre; il leur fallut récourir à la ruse, Gondulfe^ ayant attiré Dynamius a un colloque dans une église hors de la vill/e, avait pris ses mesures pour que les portes fus^lnt brusquement fermées sur le préfet dès qu'il aurait pasâé le seuil et sans donner à son escorte le temps d'entrer avec lui. Dynamius est de la sorte introduit et comme poussé dans l'église, où il est retenu prisonnier, tandis que sa garde est repoussée des portes qu'elle cherchait à baiser. Gondulfe fait alors appeler les membres de la curie et les citoyens de Marseille, pour leur demander d'être admis dans la ville, lai et l'évéque. Dynamius pressentant le résultat de cette démarche ne juge pas k propos de l'attendre; il traite avec Gondulfe, consent au rétablissement de Théodore et reconnaît la souveraineté de- Childebert. Le reste n'est plus qu'une fête ; les porter de l'église et ceHes de la ville s'ouvrent à la fois, el l'évéque exilé, escorté de Dynamius pt de Gondulfe , rentre à Marseille aux acclamations de tout un peuple charmé de son retour. Mais ce concert
de joies dura peu; la réconciliation de Dynamius avec Théodore était feinte; leurs querelles recommencèrent aussitôt après le départ de Gondulfe, et
DE GONDOTALf). aSg
les réssentiinents qui avaient déjà éclaté à ce sujet entre Childebert et Gontran s'aigrissaient de plus «n plus*-
Chilpéric en profitait pour l'avancerD'ent xie son projet fovoii , de conquérir toute l'Aquitaine. Aussi-' ^ôt après son alliance concilié avec Childebert ,. il ^vait donné l'ordre au duc Didier, devenu son liomme de jguerre , de s-'emparer des autres villes de l'Aquitaine burgondienne, les mieux situées pour sirrondir le duché de Toulouse. Didier se mit donc ^n campagne et attaqua d'abord Périgueux , qu'il prit après ^voir battu et mis eil fuite RagiioTald, le duc burgondien chargé de le défendre. Il marcha <le là sur.Agen dont il s'empara, à ce qu'il semble, sans coup férir. Enfin toutes4es villes que Gontran possédait dans l'Ouest de l'Aquitaine lux furent enlevées Tune après Tautre et prêtèrent serment <le fidélité à Chilpéric , qui $e hâta d'y exercer tous les droits de la souveraineté. Il s'attribua ïes impôts que ces villes avaient jusque. là payés à Gontran, chassa de partout les comtes nommés par celui-.ci , et leur en substitua d'autres de son choix, mais tous ou presque tousr^ il importe de le remarquer en passant, Gallo-Romain s comme leurs ^prédécesseurs. Quant aux anciennes institutions municipales, il n'y fut rien changé^.
Il parait ^^ au ^sile]:u;e absolu de l'histoire sur la
(i) Greg.. Tar. loev cit.
(a) Id. VI. 12.
â4o CONSPIBATIOK
résistance de ces villes de l'Aquitaine bur^ondiennQ^ qu'elles en -firent peu, à l'exception d^ime toute* fois , à l'exception de Bourges. Celle-là fil preuve dans cette guerre d'une ardeur belliqueuse d'au* tant plus étonnante que l'on ne peiit guère l'attri* huer à des sentiments d'afTection pour le gouver^ nement de Childébert. ^.
Rien ne porte à soupçonner qu'à cette dernière i*eprise des hostilités en Aquitaine, les habitants de Bourges eussent été inquiétés *ou menacés. .11 ne tenait qu'à eux de rester eu paix dans leurs mu* railles ; il leur plut de faire une expédition contre leurs voisins de Touraihe , et ce fut seulement sur le bruit de leurs menaces -et de leurs préparatifs que Berulfe , le duc neiistrien commandant à Tours, crut devoir se mettre en défense. Il leva une armée avec laquelle il vint camper sur la frontière de la Toursrtne et du Berry , pour observer les uàouvements de l'ennemi , qui ne tarda pas à l'attaquer. L'histoire ne donne point les détails de cette petite guerre civile; mais il y a lieu de croire qu'elle fut très vive et malheureuse pour la Touraine, dont deux cantons furent dévastés, celui, d'issiodore et celui de Berrave. On verra dans la suite par quelles terribles représailles Bourges expia cette victoire.
Le moment est venu de dire où en était la conspiration austrasienne et quel avait été le succès de la mission secrète de Gontran-Bozon en Orient; il avait été complet. Bozon arrivé à Constantinople, s'était présenté à tioudovald, qui lui avait demandé
DK GOirUOVALD. !k4f
<ies uéuvelles de la Gaule et des rois fratiks^ qu'il j>ersistait à ncNBiner ses frères ; c'était aller au-de^ Tant des propositions des conspirateurs, fioeon lui iit le tableau le plus sombre des désordres et des troubles de la monarchie franke; il lui dit à quel point le3 descendants de Clovis étaient dégénérÀiy iui peignit le mécontentement universel emté par leur« discordes ^ et en \int à lui déclarer que les hommes les plus puissants de l'Austrasie,^ aprè^ -avoir délibéré en commun sur les moyen$ de me^^ ire un terme à tant de maux, avaient jeté les yew lîur lui pour en faire leur sauveur et l'appelaient à régner à la place de ceux, qui cuvaient comproaus h gloire €t la puissance de$ Fraok^. Il finit par iui rendre compte de tout ce qui était déjà &it danti lu vue ^'assurer un changement ai néces^ire*
Entraîné par un reste d'ambition , pw lç$ sour vepirs de sa race et de sa patrie , par Tespoir d'qb-tenir une si haute réparation dçs cruels dédf^ifii» dont ij avait. été l'objet, GondQvaJ14. çédl^ wx prq^r positions de Bozon. Seulement, comme, il qp|inaissait la perfidie des Franks en général fst probableineat celle de fiçaou eu particulier^ iltrouiit^ prudent: 4'esjger de lui de« garanties fiçlenneU^i^ de la sinoérité de ses paroles et de se^î eng^geiui^ntiv Il le men^ dni^c successivement d^us lea dpuw égl^iM au 4Utp^s Ueux réputés l^s* plu& saints de Con^tajitinopjje, et l'oblige^ à répéter dans chacun le serment qu^il exigeait de lui. U y a grande apparence que onze serments ne l'auraient pas assez
a4a coJVSPiRA.Tioif
rassuré. Contran -Bozon jura autant de fois que Ton voulut, il jura tout ce que l'on voulut , et Gondovald n'eut plus dès lors qu'à s'apprêter à partir pour la Gaule *.
Mais il devait trop de reconnaissance aux empereurs de Constantinople, et il avait eu trop de relations avec eux , pour prendre une telle résolution à leur insu ou même sans leur. consentement. 11 est sur, bien que l'histoire ne le donne à entendre que très implicitement, que, dans le cours de ses négociations avec Bozon, Gondovald avait vvi Tempereur Maurice, l'avait consulté sur les ofTres qui lui étaient^ venues d'Austrasie; et il n'est pas moins certain^ que l'empereur Maurice l'avait encouragé à stccep^ ter ces offres. Ce que les historiens insinuent des rénormité du trésor avec lequel Gondovald partie de G)nstantinople donne l'idée de richesses supé^ rieures à celles du particulier le plus opulent, efl tout autorise à supposer que ce trésor du roi futuK de la Gaule avait été grossi d'une partie de celui d@ l'empereur d'Orient.
' Maintenant Gondovald avait-il pris envers Maurice , en cas de succès , des engagements favorables aux prétentions de TEmpire d'Orient sur les an-* cîennes provinces de l'Empire d'Occident? Cela mm parait très probable; mais on ne peut rien aflfirmer^ encore moins rien préciser à cet égard. Ce qui es sAr , c'est qu'un grand bouleversement en Gaul^
(i) Gnfor. Tur. HâLVII. 36.
DE GONDOVALD. ^43
convenait au gouvernement de Constantinople , qu'il entrait dans les vues générales de sa politique relativement aux conquérants barbares de l'Occi- <lent9 et qu'il n'en fallait pas davantage pour l'in*- -léresser aux projets et aux succès de Gondovàld.
On ne voit pas clairement si ce dernier partit de Oonstantinople avec Gontran-Bozon ni s'ils arrivèrent ensemble et dans le même navire à Marseille. Je. serais plus enclin à supposer qu'ils partirent séparément et que Uozon fut celui des deux qui arriva le premier. Quoi qu'il en soit , Gondovàld débarqua au port de Marseille avec son trésor, au printemps de l'année 58^. Selon ce qui était convenu, il se présenta à Févêque Théodore qui, fidèle à ses engagements , lui fit le meilleur accueil et lui fournit des chevaux et une escorte pour se rendre à Avignon *.
:^ Arrivé dans cette ville, il y fut remis et comme déposé entre les bras de l'aventureux général qui s'était chargé de le faire roi. Mumttiole était en mesure de le recevoir et d'agir; déjà même il avait agi , il venait de se donner un auxiliaire presque aussi inftuent que lui-même; c'était Didier^ duc de Toulouse. Ce duc avait fait un voyage à Avignon-, sans doute attiré par le patrice avec lequel il avait ^u une conférence, et qui l'avait gagné à la cause de Gondovàld^.
(i) Gregor. Tur. Hîst. VI. i4- (!i) Td. VU. lo.
!l44 COVSPIIULTXOlf
Tout était prêt ; l'instant semblait venu de dou* «lep le branle à la conspiration , lorsqu'elle fut eqtravée de la manière la plus imprévue par celui même des conspirateurs qui jusque là y avait le plus travaillé, par Gontran-Bozon* I4 vue du trésor de Gondovald avait bouleversé toutes les idées et tous les projets du chef austrasiçn. L'avarice était la plus forte, la seule constante de ses pas- «ioias, et il avait résolu de saisir à tout prix une si rare occasion de la satisfaire et d'enlever de l'or de Gondovald tout ce qu'il en pourrait enkvef. La chose n'était pas sans difficqlté dans une ville où y loin d'être en pouvoir, il était plutôt suspect en sa qualité d'Austrasten et d'ennemi du roi Gon<^ trau* lUui fallait de toute nécessité intéresser à son projet le duc ou le préfet burgondien , eà Fadmet— tant au partage du trésor convoité y c'est-à-dire luk révéler toute la conspiration.
Gp^tran^^Bo^pn n'hésita pas; il dénonça Gonçb— yald qui fut aussitôt publiquement signalé comm^ un u^urp^teur étranger, instrument d'un complofl dotQt l'objet, était de «oumetJtre la monarchie frank^ à la, ^uveraineté de l'empereur de Constanlinople' OxK «Mt l£^ main auç la portion de son trésor, qu^ p'a^U po^nt encore été transportée à Avignon, e* deux évéqu^ fure^nt arrêtés comme sea complices-- L'un était Théodore, l'évéque de Marseille , et Tai^ treEpiphane, évêque de Pavie, actuellement réfu
(i) Grcg.Tur.VLa4.
D£ GOiri>OVALD. ik^i
gié à Marseille à la suite de l'invasidti des Lombards , lequel avait été iqis dans la confidence de toute celte intrigue et y avait pris y on lie sait bien , quelle part K
Théodore prétendit se justifier eh disant qu'il avait tout fait ^ non de s6n chef ^ mais sur les ordres des leudas gouvernants de l'Aiistràsie dont il pro« duisit les lettres. Les deux évéques furent èonduits par*devant le roi Gontran ^ qui ne les trouva point coupables, dit Gi*égoire de Tours. L'assertion n'est pas aisée à croire , et Grégoire la dément lui-même de la manière la plus formelle^ quand il ajoute que les deux prêtres, après avoir été interrogée, fiirent retenus en prison, où l'un d'eux, Épiphane, moa<» rat des suites de diverses tortures *.
Déco0certé par là trahison de Gontran -Bozon; Muinmole jugea son entreprise mànqùée pour le moment; il se tint immobile et àùr ses gardés dans Avignon, et cacha Gondovald on ne sait où, dans une île de la mer/ dit Grégoire de Tours, avec un vague qui semble adnoncer que le secret de cette retraite fut bien gardé ^. Malgré ces précautions^ la trahison eut deâ conséquences qu'il était impossi-^ ble de prévenir et qui forcèrent Mummole à coiiibattre isolément pour sa défense personnelle, au moment où il s'y attendait et lé désirait le mcdns.
(i) leL loc. cit.
'i) îd. loc. cit.
<^3j /?/, loc. cit.
3t4t> CONSPrRATION
Gontran-fiozon avait réussi à ce qu'il voulait; il avait partagé avec le préfet burgondien de Marseille une bonne part du trésor de Gondovald, et s'était acheminé vers Tàustrasie, emportant avec lui , dit Grégoire , une charge énorme d'or, d'ai^ent et d'autres objets précieux^. Comment il fut accueilli à la cour de Childebert par ceux au nom desquels il avait été chercher Gondovald à Constantinople , ce qu'il dit pour justifier ou expliquer sa conduite à-Marseille, les historiens ne nous l'apprennent pas, et il ne serait pas facile de le deviner; le plus probable est qu'il trouva les meilleures excuses d( sa perfidie dans le monceau d'or qu'elle lui avai
V2(lu.
Quoi quîl en soit, il ne lui en arriva rien d fâcheux; peut-être même (bt-il promu alors à dignité de duc des Arvernes. Ce n'est du moins qu postérieurement a son retour de Constantinopl qu'il est désigné par ce titre et qu'on le voit invest du pouvoir qui y était attaché. Après un court se jour en Àustrasie, il partit avec sa femme^ se enfants et toute sa famille pour l'Àrverme; mai Payant eu l'imprudence de prendre le chemin le plu direct, par la Burgondie, il y fut arrêté et condui par-devant le roi Gontran.
Celui-ci, pour lors pleinement infonné et complots austrasiens et de la part que Bozon avait , lui en lit des reproches pleins de colère
(i) Greg. Tur. loc. til.
lui déclara qu'il n'échapperait point vivant d'entre ses mains. Au ton de la menace, Bozon sentit qu'elle était sérieuse et qu'il n'avait point d'autre chance de salut que de flatter le roi de quelque ser* vice difficile et signalé. Après avoir rejeté sur Mum* mole tout ce qui était arrivé au sujet de Gondovald, il s'engagea à lui livrer le patrice infidèle, et là-^ dessus, présentant au roi son fils unique : a Voict «( mon fils, lui dit-il; retiens-le sous ta garde, qu'il « soit près de toi mon otage et le garant de ma « parole, et fais-le mourir si je ne t'amène point « Mummole-^. »
Gontran-Bozon avait frappé juste dans le cœur du roi, et sa prop^ition fut acceptée; il résulte même des faits subséquents que Contran promit au duc un renfort de troupes pour assurer Faccomplissement de sa promesse. Bozon part; il arrive en Arvernie et y lève en toute hâte une armée composée d'hommes du pays et du Vêlai, avec laquelle il gagne la rive droite du Rh^e et s'achemine le long du fleuve vers la Provence.
Mumtnole avait su son arrestation, et il était informé de sa marche; mais il n'en prenait vraisemblablement pas beaucoup de souci. La place d'Avignon, où il s'était enfermé, était forte, et depuis plus de deux ans qu'il l'occupait il avait travaillé à la fortifier encore^ Le Rhône faisait autour de la ville un vaste circuit qui l'embrassait presque
;0 Gre^. Tur. VI. a6.
9f4B COirgPIBATIOlf
entière, et ce circuit M umoiole l'avdit ooniplété par mft canal lai^e et ptofotKl, de sorief qu'entre la défense de ses remparts la place avait celle d'un grand fleuve qui lui sertait comme de foasé^.
^trivë près d'Avignon , à l'endroit où il voulait fiMfter le Rhône ^ Gontran-^Bo^oilr trouva un grand nudnibre dé berquei^ sur la rive. La rencontre lui parut une bonne fortune; l'ordre fut donné de pa^ ^r^ et toutes lès barqtles^ aussitôt pleines d'hommes armëd et de rametirs^ se détachent du bord. Mais àpeineer^gées daiisle eanrant^èUeâsedéjcVignent . de toutes parts sous le poids de lei/r charge^ sc^ rompefiit en* pièees, et les tontbattant^qu'eUeapor— ladent^ fiottèn^t ou d^àbimérit^éle-'iBéle dans \tm gouffres du fleuve.
Cétaîl un sÉratagènde de Mummole; c'était lufi Ifuiavarit fiiit jeter sur la rWe droite du RbéviPe ce« perfide^ batques' que les Arvernes et le» Vellàve« avdsêiit dru trouver si à propos. La ^uport de eejuM ^i s'y. étaient précipitiés ^érhre»t ^ et réarmée de Bozon setrmlvait affaiblie et déocmrkgée avant{ d'à— libJè apeff u les* reaspart» d'Avignôo. Eil y arrivant étt peti de tempaa^èâ^ elle fâijcrtnte pér des rîèn— Ibrisf de^ Buvgmidie , et ces ti*o«ipei réuiliè» toi»— tnendènânt \é sié^ de la placë^ 2.
(l). m, loc. «îL— 'Il parait certain <iue \t Rbèo*,'qut de fa«i aujourd'hui que raser une partie des remparts d'A.vigiioQy en brassait statrefols tout le circuit^ au moyen d'un bras c[iii a été d puis détourné et desséché.
(») W. loc. oit.
DR ÔÔlfDÔtÀLt). ^49
Cette expédition, que le duc Gontràn entreprenait danâ Mù intérêt privé , non-seulement sanè l'wdre, imais contrd la volonté du foi d'Austrasie, noD-setfletnent contre 1 ami , mais de concert aved l'énixemi déclaré dé ce roi, était un fait étrange^ mêtiïé à l'époque d'indîâcipline et d'adarchié 6ù il ^e passait. Le bruit en afrivà bientôt en Austrasié ^ où il excita un grand mécontentement.
lï ti'étàit pàà dariâ leà vues de ceux qui avaient âittiré Mùmffiolé à leur parti , qui l'avaient élu chef A'iitïe entreprise èur le Succès de laquelle ils conipiâteift tddjôtrts, thalgré les obàtacléà, les contréteùrp^ et les délais , il n'était pàs^ dis-je , dans leuré terea de sacrifier Mdtotttôlè a persdrine, eficoré tùàim kii fôx Gontrân, dont ils étaient, poiir Id plupart, les ennemis déclarés. Eti conséqueticë, lé énc Grondulfe, le même que iious âtons déjà vu ramener l'évêque Théodore à Mai'séille , fut envoyé à Avignon «Vec la cômmiâsiOA spécistle de délivi«^ef le patricè. Gondtilfé ne trouvai pôitit de difficulté* dans sa mission ou les surmonta. Le siège fut léifê, et Mammole^ âpres avoir aecompsrgné Gohdulfe )asque ebez les Arverttes, revînt attendre daiW Av%non le joat d^ reproduire Qoifi'dovàld siir là
scêne*^.
CepêtidAtit les bruitsf^ lés trotfblés, léi ftioûvémenlS' qui àvàiêfftt suivi Itf pfétiiièi^é àpj)*fiti6ti dé ce ^f'soiiffa^e avaient prôbàbfënhferit jeté quelque
i) 2d, ibid.
2 5o CONSPIRATION
incertitude dans les relations de Chilpéric avec l'Austrasie. Ceux des leudes de Childeberl qui étaient dévoués au roi de Neustrie jugèrent donc à propos de resserrer leur alliance avec lui. Une grande ambassade, composée des principaux d'entre eux et présidée , comme à l'ordinaire, par l'évéque i£gidius, se rendit auprès de Chilpéric vers les derniers mois de ^l'^nnée 583. L'évéque porta la parole. II demanda d'abord , de la part de Chiklebert, le maintien de l'alliance déjà conclue entre les deux rois ; il se plaignit ensuite de la conduite déloyale du roi Gontran envers son neveu , auquel il avait enlevé la moitié de Marseille, et aux leudes infidèles duquel il donnait asile. Enfin il proposa contre lui une expédition décisive, où les forces d 4eux alliés agiraient ensemble ^.
Chilpéric eut l'air d'accéder à des proposition probablement faites par son ordre , et l'union d l'Austrasie et de la Neustrie, confirmée par un trait nouveau, parut plus intime et plus solide qu'au paravant.
On voit que Chilpéric s'apprêtait à pousser h guerre contre Gontran avec plus de vigueur e d'ensemble que jamais ; il voulait, tout en poursui vant sa conquête favorite de l'Aquitaine, envahi aussi la Burgondie, et il avait résolu de diriger ei personne les forces combinées pour cette invasion Son armée s'avança de Soissons sur Paris et de 1
[ij Grcg. Tùr. VI. 3i.
D£ goui'Dovàld. aSr
sur Melun. Il avait choisi cette ville pour point d appui de ses opérations et s'y arrêta pour attendre Tarmëe d'Austrasie.
La guerre avait déjà commence en Aquitaine; l'objet de la campagne était de soumettre ou d'ex^ terminer les habitants de Bourges, en représailles du mal qu'ils avaient fait. Tannée précédente , à la Touraine, et aux grandes forces que l'on dirigea contre eux il parut bien que l'on s'attendait de leur part à la plus vigoureuse résistance. Ije duc Berulfe entra dans le Berryy du côté du nord , à la tète des hommes de la Touraine, du Poitou , de T Anjou et de Nantes y tandis que les ducs Didier et Bladaste , avec les milices de Toulouse et de Bordeaux, s'avançaient pour l'envahir au midi^.
Les hommes de Bourges et de son district ne furent point épouvantés du nombre de leurs enneniis; ils laissèrent dans la ville une force suffisante pour la garder, et marchèrent, au nombre de quinze mille, à la rencontre de Didier et de Bladaste. Les deux armées se rencontrèrent à douze ou quinze lieues au midi de Bourges , dans un lieu dont le nom antique de Médiolan se reconnaît encore au* jourd'huTdans celui de Château -Mailan. Elles s'at* taquèrent avec cet acharnement qui avait ses moments de relâche, mais qui en général caractérise ,toutes les guerres des Aquitains entre eux. Grégoire de Tours dit qu'il y eut plus de sept mille hommes
(i) lil. lue cil.
ikSn coirspiRjLTtotr
tués de part «et d'autre. Si celd était , lai fiioitié dé l'armée de Bourges serait restée iur la plaôe ^ exê^ pie assurément très rare de ténacité sur un cbafHp de bataille^. Malgré tant de btèrvoufe ils furent obligés de céder le passage aux Aquitains inéridio^ nâux et de se replier sur ledr tille, dont ceux*^ continuèrent à s'approcher pouf l'entourer.
Le dégât qu'ils firent dans leur marche à trav^ le Qerry égale ou surpasse tout ce que l'histoire des guerres dé ces époques offre de plus déplorablé. De ce qui pouvait être détruit rien ne fOG épargné; tout fut brûlé, renversé, arraché^ il ika Testa pa^ une .maison , pas une église defbout, pdfl un arbre, pas ixti plan de vigne en terre. Je ne difl rien de la capture des hommes, du pillage àëm biens et des troupeaux , incidents ordinaires ei convenus de toutes ces guerres. A. travers les ruinéfl qu'elles avaient faitesy les armées de Chilpéric arri*vèrent enfin sous les murs de Bourges, dont elléi trouvèrent les habitante en armes sur leurs remparts et décidés à se défendre ^.
Tandis que ces choses s'étaient .passées en Aquitaine, la guerre avait commencé en Burgondie^ mais Chilpéric était réduit à la faire ^eul. Sàtï allié n'avait point paru; les ducs àustrasiens étaieùl seuls arrivés au camp neustrien, où ils^ avaient moins l'air des leudes de Childebert que de cénJ
(t) Loc. cil.
(2) Id. loc. cit.
4e Cbilp^l'iQ- Cs d^roier enipjoya le mieux qu'il put son temps et ses troupes à l'avager les pays e^ ^yant 4^ Melun. Mais Gontran arriva bientôt à la té);e 4e se9 Burgondesy pour faire .cesser sesravag^f et pour en tirer vengeance. Il attaqua brusquepient un soir, et, à ce qu'il parait , surprit Farmée df son frère dont il, détruisit une grande partie. Cett# défaite rendit un peu d^ modération à Chilpéric. Dès le lendemain matin , des députés des deux arméeà eurent une entrevue dent le résultat fut une paix imprévue entre les deux frères. Le roi de Neustrie iieprit la route de Paris , après avoir expé-^ dié à ses généraux d'Aquitaine l'ordre d^ lever le* siège de Bourges et d'évacuer le paysi
L'unique fait important de cette boutadq de guerre s'était passé à l'armée austras)enue, qui n'a* vgit pourtant point combattu. Childebert s'y tnou-r Tait en personne avec l'évéqueiËgidius et quelques autrea grands leudes austrasiens du parti de o^ dernier,; mais il s^y trouvait certainement aussi des personnages du parti contraire^ L'armée s'était te» Qtt^y durant toute la campagne, asseï près de celle de Ghilpéric pour se donner Tapparence de veu» loir la joindre et la soutenir au besoin, et ^'avait cependant jamais fait un mouvements dans l'intentioi^ néelle de &'en approcher. £Uie était dominé^ ^t comme retenue par une influenee opposée k ceUë qui avait décidé la guerre, et cette influence
(i) Id* ioc. cit.
•254 CpNSPïUATÎOir
secrète n'attendait que l'occasion de se manifester par un coup d'éclat.
Une nuit 9 Tarmëe ayant fait uti mouvement^ peut-être un mouvement sérieux pour joindre Chilpéric j le gros de l'armée ^ les hommes du peuple, les simples soldats, se soulevant avec une grande rumeur, éclatèrent en murmures et en me* naces contre l'évéque ^^idius et contre les autres seigneurs austrasiens présents dans le camp, a Que ceux-là, criaient-ils, disparaissent de devant la face du roi, qui trafiquent de son royaume, qui soumettent ses villes à une domination étrangère et son peuple à la souveraineté d'un autre roi. d
Ces cris significatifs n'étaient que l'annonce d'ae« tes plus violents. Le matin venu , les mécontents^ se réunissent pour se jeter sur la tente du roi, oui ils s'attendaient à trouver l'évéque et les honimes de son parti qu'ils voulaient tuer. Ceux-ci furent prévenus à temps pour se cacher ou se sauver. L^évéque s'échappa à cheval avec une grande frayeur^ en grand désordre, poursuivi par les clameurs d'une multitude furieuse et par une grêle de cailloux. Faute de chevaux pour l'atteindre, ses ennemis ne lui firent rien de pis ^.
Que les sentiments manifestés en cette occasioia parle gros de l'armée de Childebert fussent réellement ceux de beaucoup d' Austrasiens d'un rang inférieur ou médiocre, c'est dé quoi il n'y a pas ai
■ i) Jf/. loc. cir.
DÉ GONDOVALl). 1^)5
douter , ol le fait est remarquable comme le premier dans l'histoire des Franks où Ton puisse voir Texpressiôn nette et décidée d'un intérêt et d'un patriotisme austrasiens. Je crois néanmoins que cette grande explosion de colère nationale contre le parti des leudes de Childebert vendus à Chilpérie n'eut point lieu sans les provocations et sans les manœuvres des leudes de la faction contraire , des amis 9 soit déclarés, soit secrets de Brunefaaut ou de Contran lui-même.
Toujours est-il certain que la position de ces derniers était bien relevée par la défkite récente de Chilpéric et par l'éclatante mésaventure de l'évêque i^idius et de ses amis. Aussi ne leur fut-'il pas difïicilede rompre de nouveau l'alliance de Childebert avec Chilpéric et de s'accorder de nouveau avec Gontran. C'est ce qui eut lieu au commencement de l'année 584» moyennant la restitution que fit le roi de Burgondie à son neveu <le la moitié de Marseille qu'il lut retenait depuis dix ans. Cette ligue nouvelle fut, comme les précédentes, une ligue ofFensive de deux rois franks contre le troisième; son objet spécial était de reprendre les villes d'Aquitaine dont Chilpéric s'était emparé*.
Les mesures que suggéra à ce dernier le rapprochement de Gontran et de Childebert porteraient à croire qu'il en fut cette fois plus alarmé qu'à l'ordinaire. Il envoya à ses ducs l'ordre de réparer -les
(i)Greg. Tiir. VI. 41.
^66 coîisp^h^t\on
tniirs de leurs villes ^ d^ ^'y renf|3f*piçi* avec Içurf familles et de s'y défendre vigoureif^^mçnt eq pn d'attaque, sans s'inquiéter 4es doimpagçs p^^p* nels qui pouiTaient en résulter pour ^iix, parc^ quç leur disait-il, ils en seraient oiitre-comp^n^és 9111 représailles. Et lui-méirie, donnant l'exempifs d^ pi qu'il prescrivait, alla s'enfermer daqs Ç^mJ^r^i MVfi ses trésors^.
Childebert e\ Contran ne lurent rien qui pA motiver de telles précautions. Çhildel^çrt , qui ^H trait dans sa seizièpie anné^ et con^mepç^^ à vou loir régner pfir lui-qriéine, descendit pvec soii armé en Italie, comme pour ren^plir rengajgemi^lit qu'i avait pris envers Teippereur Msiuriçe d'^u cba^M )es Lombards ; mais au lieu de porter la gUitrre. ces derniers il ep reçut de Targent ^ ^t, ^g laismui en paix, s'^^i rf^vint 9u plus vite ep Ausrtrasie. Qiiao à Goqtran , U ne fit ni guerre, ni nienace de guerfi à perspnpe; aussi Cbilpéric ne tard^-t-U pa^ à » r^ssvirer. {1 était de retour dç Can^brai ^ Paria ai ipois de septembre (584).
Il y ^9 çommç noy^le yerron^ ipievix par la auite des raisons de présumer que le^ Içiides apatrasiM de sa faction avaient déjà repris 1q dçs3US à Ift POiy d/Austrasie et rçnovié secrètement a^çç lui feu alliance çpptre Goilitran. Toutefois, Cbilpéric n
parut alors occupé que du mariage de sa liUtf Rî gonthe ijivec |l§çç;£(rède , roi de* Visigotb», et d
( 1) /</. loc. cit.
DE GOIfDOVALD. aS^
soin de la remettr^^ anx mains des députés qui élaient venus la chercher au nom de ce roi*.
Rigotiibe partit avec cinquante chariots chargés tl'or, d'argent, de bijoux, de riches vêtements et d'objets précieux de toute espèce-, dont une grande partie provenait des dons que les Franks, suivant leur usage national, avaient faits en cette occasion à la fille de leur chef. Le cortège donné à la fiancée pour sa garde et pour celle de son trésor était de t{uatre mille hommes de guerre, sans compter les kudes et les officiers de toute espèce qui en faisaient partie. Parmi ces derniers , les plus distingués étaient Bobo, fils du préfet du palais de Neustrie, Domegesile et Ânsovald, grands leudes neustriens , «t Waddo, le maire de la maison de Rigonthe. Ce cortège prit sa route par l'Aquitaine, vers Toulouse où il devait faire halte, avant d'entrer sur les terres des Vîsîgoths.
II était défrayé de tout par les villes où il passait; t'étaient des villes neustriennes soumises à la domination de Ghilpéric; et cependant une armée enùemie qui aurait traversé leur territoire n'y eut pas fait phis de dégâts que ce cortège nuptial. U pilla en passant les maisons et les chaumières et enleva de partout le bétail. On approchait de la ^soQ des vendanges , mais il ne laissa sur son passage ni raisins ni vignes , n'ayant rien trouvé de
(i) Greg. Tur. VI. 45.
a 58 CONSPIRATION
ai expéditif, pour cueillir la grappe ^ que de couper le cep par le pied *.
Tandis que cette multitude dévastatrice s'avançait lanternent vers Toulouse ^ Chilpéric prenait le di- vertissement de lâchasse dans son habitation des Chelles. Un soir, Siu\ approches de la nuit, commet il rentrait et descendait de cheval , la main appuyés sur l'épaule d'un de ses serviteurs , un inconnu sm précipite, sur lui et le frappe, en un clin dœil, d'ua coup de couteau sous Taisselle et de deux au ven j tre; il tombe et rend presque aussitôt le dernier souffle K
Les instigateurs de l'assassin de Chilpéric re^ tèrent ignorés , de sorte que chacun , selon ce qu' 'Z savait ou soupçonnait , l'attribua à qui bon lui parua des innombrables ennemis du roi. Les uns Tinci putèrent à des leudes austrasiens de la conjuratioci gondovaldienne ; d'autres en accusèrent Brunehatst mais l'accusation la plus expresse et la plus cincoik s tanciée fut dirigée contre.{^rédégonde. Cette reicBi avait^ dit-'on, une intrigue d'amour atec un pui^ sant Neustrien nommé Landric, intrigue qu'elle découvrit elle-même à Chilpéric par distraction €t par surprise. Placée entre la certitude de périr av^c sonaiûant et la nécessité de faire assassiner »ob mari pour se sauver, elle se décida aisément pc^4ir ce dernier parti.
(i) Greg. Tur. loc. cit.
(a) Td. XLVI.
DE GONDOVALD. ^5^
Veille de son fait ou du fait d'autrui , Frëdégonde s'enfuit précipitamment, et avec tout ce qu'elle put emporter de ses trésor*, de Chelles à Paris, où elle se réfugift dans l'église cathédrale, sous la protection de l'évéque. Là, s'étant concertée avec les leudes neustriens qui lui restaient dévoués, elle expédia sur-le-champ un message au roi Contran , pour lui annoncer la mort de Chîl- :péric , se recommander à sa protection , et lui proposer la tutelle du royaume de Neustrie et de son fils. Ce*fîis, à peine âgé de quatre mois, et qui prit dès lors le nom de Clotaire II sous lequel il régna par la suite, était le dernier qu'elle avait eu de Chilpéric*.
A l'appel de Fi'édégonde, Contran accourut avec
tme armée de Burgondie à Paris , où, il fut bien reçu
par les Neustriens et solennellement reconnu pour
tuteur de Clotaire. Childebert avait appris, de son
^té, l'assassinat de Chilpéric, et de son côté, il
était venu en grande hâte s'emparer de la tutelle
■du petit roi, ou, pour mieux dire, du royaume
même de Neustrie. 11 -était arrivé sous les murs de
Paris presque en même temps que Contran; mais
les Neustriens, loin de l'écouter, n^avaient pas même
^Otthi le recevoir. Les symptômes d'une rivaîi té
politique entre la Neustrie et TAustrasie devenaient
de jour en jour pltis frappants *.
Il) Greg.Tur. Hisl. VII. 4. 5.
(2) Td. VII. 6. 7.
ii6q conspiration
Le mauvais accueil fait par les Neustriens à Childebert fut pour celui-ci un motif de plus d'adresser au nouveau gouvernemeot delà Neustrie main les réclamations auxquelles la mort de Chilpéric donnait naturellement lieu. En conséquence , il envoya à Contran des ambassadeurs chargés de demander trois choses : i"" la restitution de l'Aquitaine austrasienne occupée par Chilpéric ; a*" celle du tiers d Paris qui avait appartenu à son père Sigebert, e vertu du partage de 56; ; 3" que Frédégonde lu fût livrée, comme coupable d'avoir fait péfir plu sieurs de leurs proches ^.
Ces demandes annonçaient le début d'un nou vel ordre de choses à la cour d'Austrasie; elle? étaient toutes dans l'intérêt du pouvoir royal o l'expression des ressentiments personnels de'Bru nehaut. De telles réclamations indiquaient claire ment que Childebert pouvait enfin conamande quelque chose aux leudes qui jusque là avaien trafiqué, à leur convenance, de son pouvoir et d sop nom, et que, désormais plus libre d'écouter s^ mère, il en avait déjà reçu des leçons.
Quant à Contran^ sa politique, ses prétentio et son langage vis-à-vis de l'Austrasie avaient plètçment changé, depuis qu'il régqait de fait su
la Neustrie comme tuteur de Clotaire U..Tout
que Chilpéric avait enlevé à l'Austrasie, en Âqu]K.itaine ou ailleurs , il était décidé à le garder pour l*^"»!-
( i) ht. l<)c. cil.
D£ GONDOVALD. !26f
même y et dans sa réponse à la dëputation de Childebert, il visa à justifier cette résolution ambitieuse. Il se prétendit dégagé de toute obligation envers son neveu Childebert et de toute restitution à lui f^ire, par la trahison des leudes austrasien», lesquels venaient , disait-il j de conclure récemment avec Chilpéric une alliance secrète contre lui. U affinna avoir entre les mains le texte écrit de ce dernier traité.
Pour ce qui était du tiers de Paris qui avait ap^ partenu à Sigebert et à Chilpéric , Tun et l'autre y avaient, disait-il, perdu toute espèce de droit en vio*lant leur serment de ne point entrer dans cette ville sanslex^onsentementdes trois possesseurs.il n'était pas plus disposé à livrer Frédégonde, qu'il avait prise sous sa protection, et qu'il croyait ou feignait de croire innocente des crimes qu'on lui imputait. Du reste, il fut convenu que les réclamations des A.ustrasiens seraient reproduites et discutées, entre les deux rors, dans un plaid qui serait tenu spécialement pour cet objet, à un terme peu éloigné*.
En attendant, Gontran cherchait de toute manière à se faire des partisans en Neustrie; il restituî^ à plusieurs leudes des biens dont Chilpéric les ^vait dépouillés, valida beaucoup de testaments en feveur des églises que le même roi avait cassés, et fit de nombreuses aumônes aux pauvres. Malgré ^s actes de popularité , ne se croyant pas encore
* i) Id. loc. cit.
bien eô sûreté parmi les M^uslrieiis y il n'allait uûlle part qu'entoure d'un iK>mbreu& cortège. Enfin, ses craintes devenant tous lesjotirs plus vives , il crut bien ftiire^ un dimanche^ à Téglise où il s'était .rendu au service divin , de Rendre la; parole 01 de tenir aux assistants cet étrange discorurs,. monument éurieux des défiances toujours croissantes entre les rois et leurs sujets franjks', car c'était indubitablement à ces derniers que s'adressait un tel langage. « Je vous conjure 7 hommes et f^n^es quiètes ici présents 7 d^ d!aigiier me gat*der votre fbî et 4^ ne pas me tu^r comme vous avez tué mes frères> Laissez^mot vivre, encore trois ans, pour achever l'éducation des neveux que j'ai adoptés pour m.e^ Si» , de peiir que , moi tué, ces enfants ne périssent aussi, et vous avec eux , quand il n'y aura plus; personne de not^e race: en âge de vous défendre 1^ uns et te« autres^. »
Le discours produisit un bon edet, et tout 1 peuple pria pour la conservation de Gontraow Toute ces clioses se faisaient peu de semaines après l'as saasinal de Chilpéric^ et dans le même intervall la guerre recommençait outre Ix)ire. Sans aUendi le plaid où ils devaient chercher de nouveau à s'ac corder sur leurs différends, Contran et Childebei avaient envoyé, chacun de son côté , des gêné et des troupes en aquitaine. Ce. dernier levait à oœti de recouvrer les villes, que Chilpéri^ lui avait en
ij Greg. Tur. Hist. Vil. 8.
DM GONDOVALJP. 963
kyéesj et Gontran de réduire ces mêmes villes» 901M son obéissance immédiate.
Les populations aquitaines n'avaient pas atten4u ces expéditions pour prendre d'elle -mém^s leakr parti dans la lutte dont elles étaient Tobjet. Arffranchis de la doQiination. oppressive de GhilpériCy laTouràine, le Poitou, le Limousin s'étaient dé<^« rés pour l'Àustrasie. Ceux de Bourges, au conif wt^f fidèles à Gontran et toujours prêts à guerroyer, 9*é^ taient mis en campagne contre ceux de Tours , e% les avaient contraints à reconnaître la souver>aioeté de la Burgondie.
Le comte Gararic occupait Limoges et Poitiers
potir Childebert. Apprenant la défection da la Toih
raine, il essaya d'abord par des exhortations» pui^
par dés menaces , de la ramener à V Austrasie, Mais
ses exhortations et ses menaces furent ^lemeiii
perdues; loin de pouvoir attaquer, il ne se trouva
pas assez fort pour se défendre. Secondés par les
populations d'Orléans , du fierry , et par celle mémo
de la Touraine, les généraux burgondiens descen-»
dirent jusque vers Poitiers, qu'ils contraignirent,
à force de battre et de. ravager la campagne envi-?
ronnalite, à chasser les officiers du roi d.'Austrasia
poiir recevoir ceux de Gontran. Tel)» étaient, au
nord de l'Aquitaine, les troubles occasionnés par
la mort de Chilpéric*.
Mais ce fut dans TAquitaine méridionale que celte mort devint le signal de grands événements.
[i] Greg.Tur. Hist. VIL 12. i3.
a64 CONSPIRATIOJf
Si quelque chose devait faire regarder les chefs de la conspiration gondovaldienne comme les auteurs de l'assassinat de Chilpéric, ce serait sans doute la coïncidence des premiers bruits de cet assassinat répandus dans le Midi , avec les premiers mouvements des conspirateurs. Le duc Didier^ vraisemblablement retire dans l'Albigeois où il avait d'immenses possessions, s'y était entouré d'une éHte d'hommes braves et dévoués ^ prêts à le suivre partotrt. Aussitôt qu'il entendit la nouvelle de la mort de Chilpéric, il se mit en marche avec sa petite armée et se porta rapidement sur Toulouse. f Rigonthe venait d'y arriver avec sa suite et son trésor; elle y faisait halte pour s'apprêter à paraître avec éclat aux yeux des Visigoths j ses futurs sujets^ sur la terre desquels elle allait entrer f mais lés sou cis de l'heureuse fiancée changèrent bientôt d cours, pidier arriva , qui s'assura durement de sa personne et lui enleva toutes ses richesses, qu'il fi déposer sous bonne garde, ne lui assignant que 1 plus strict nécessaire pour sa subsistance^. On n sait ce que devinrent alors les hommes du cortég de Rigonthe, non plus que les officieps de sa mai — son. Il est à croire qu'ils se dispersèrent tous cômm^ ils purent, de divers côtés, à l'exception' de quelques-uns qui se déclarèrent pour Goudovald et s» joignirent au duc Didier; de ce nombre fut 1» maire Wado 2.
(i) Greg.Tur. Hist. VII. 9.
(2) Id. VII. 28.
BË COIVBOVALD. ^65f
Après ce coup d'éclat, Didier sort de Toulouse
avec sa troupe , s'avance à grandes journées vers le
Rhône et entre dans Avignon. Tout y était en mou*
vement ou prêt à se mouvoir. Du fond de sa re*
traite ou de son tie, Gondovald avait reparu au
signal de Mummole, qui n^attendait que l'arrivée
de Didier pour sortir de sa forteresse et prendre
enfin du lai^e pour l'exécution de ses projets. C'é-^
tait en Aquitaine qu'il avait résolu de planter son^
drapeau et qu'il se flattait de trouver ses premiers
appuis^.
Et cette espérance n'était point mal fondée. L'Aquitaine, toujours plus ou moins facile à soulever contre la domination mérovingienne, Tétait plus en ce moment qu'en tout autre. Le mécontentement y était extrême; la plupart des villes étaient lasses de la guerre et des maux où les entraînaient les querelles sans fin des trois royaumes auxquels elles étaient annexées. Quelques-unes d'entre elles- C]ui , à la mort de Chilpéric, avaient espéré, sinon cje recouvrer leur indépendance , au moins d'avoir le cfaoix de leur maître , n'avaient pas même obtena oe chétif adoucissement à leur servitude» Des trois jougs dont elles avaient eu jusque là l'alternative, elle^avaient fini par subir celui qui leur pesait et leur répugnait le plus. Du reste, en dépit de tout ce qu'ils avaient souffert, les Aquitains étaient loin d'avoir perdu toute énerçie, tout souvenir et tout
(i) Greg.Tur. Hist. VII. lo.
a$6 G0NS}PUIIA.TI01f'
<Nrgu0il ou tout regret de leur existence romaÎDe. U étftît donc naturel d'espérer quHU sai9iraîent avi* dément la première chance un peu sipécieuse qui leur serait offerte d'un sort meilleur^ ou seulement allure que leur sort actuel .
' Suivis de Gondovald et des leurs , Muramo2e et Didier passèrent le Rhône pour se rendre en limousin, déterminés, avant toute autre chose, à proclamer Gondovald à la fois fils de Golaire et roi, rédàmant sa part légitime de la monarchie frange. Pour théâtre de cette cérémonie, ils choisirent Brive sur la Gorrèze. Ce n'était qu'une boqr^de sans importance, mais k peu près au centre de l'Aquitaine el*de la Vasconie prises ensemble, et dès lors trè convenablement choisi ^.
Çondovald fut créé roi avec le cérémonial usité pour les descendants de Clovis; élevé sur un bouclier, il fut promené trois fois autour d'un ohamp, aux acclamations des chefs présents, de l conspiration , de leurs satellites et d'une multitud de spectateurs accourue de toutes parts à cette dou veauté. La cérémonie fut troublée, dît-on, par u accident de sinistre augure; au troisième tour faisait Gondovald sur son pavoi, il perdit an ins tant l'équilibre et serait tombé lourdement à terre^ $'il n'eût été retenu ou soutenu à pc4nt par ceu des assistants qui se pressaient à l'entour. Ce couronnement se fit au mois de décemb
;ij u VII. lo.
J>C GOJNi>OVALD. 367
(584) y s^isoû qui «eoablait peu propioe à une telle cérémonie; mais les conjurés étaient pressés par le temps / et d'aillevirs la température de cette année se trouvait être )3eauooup plus douce que de coutume, hes arbres^ à ce que l'on raconte^ avaieBt ppuss^dej^oiivelles fleurs , et la vigne de nouveaux bourgeons dont il était sorti des raisins à demi formés. Grégoire de Tours, qui a tenu note de ces accidents^ ne manque pa^ de les compter parmi les autres pro4iges de toute espèce qui éclatèrent à la fois dans l'aii: et sur la terre, présages alarmants des lé véiiements prochains K
Ayant proclamé GondoVald roi^ Mummole H Didier se hâtèrent de le présenter aux villes voî«^ &ine$7 pour l'y faire reconnaître et. lui iîaii^e jurer fidélité par. les habitants. Du reste^ les prétentions du nouveau souverain ne devaient pas être partout les mêmes; il était convenu que dans les villes apparteiifknl à TAustrasie^ Gondovald ex^^erait et re* cevrait le ^rment au nom de Childebert II. Mais dans le^ villes de l'Aq^iitaiute , neqstrienne ou bui^^ goodienne, c'était en son nom propre et en vertii die son dro^t personnel au trône qu'il devait se faire jureç fidélité et instituer de nouveaux officiera^. On voit par-là que la conspiration n'était pas dirigée contre te seid Contran , mais aussi contre l'héritier de Çhilpiéric^ et qu'il s'agissait de faire 9 Gon^
(i) Hist. VII. II.
2) Ibûl. VII 26.
!k68 coirsfiKAtioif
dovald le royaume le plus yaste possible aux dépens de la Neustrie et de la Burgondie. La sôumissidn de TAquitaine n'était donc pour Mummole et Didier qu'une opération préliminaire , et le moyen plutôt que le terme de leur entreprise. Ils se proposaient de passer la Loire, aussitôt qu'ils le pourraient, et d'établir en Neustrie le siège de leur nouveau royaume.
Périgueux fut la première ou une des premières villes où se présenta le nouveau roi après son couronnement; mais l'évéquife de cette ville, Carterius, très attaché au roi Contran, pour lequel il avait même soufTert des persécutions sous Ghilpéric, refusa de le recevoir. Ce refus n'arrêta pas les Gon»dolvaldiens; ils entrèrent de force dans la ville, maltraitèrent l'évêque récalcitrant et firent recdn^ naître malgré lui leur roi par le peuple*.
Cette légère et inutile résistance fut la seule qu'ils rencontrèrent au-delà de la Dordogne; toutes les autres villes de cette partie de l'Aquitaine s'empressèrent de leur ouvrir leurs portes, et de jurer fidélité au nouveau roi. Angoulême donna l'exemple; Saintes le suivit sans délibérer, et sur la seule rumeur du couronnement de Gondovald, Poitiers se déclara pour lui et chassa ces officiers du roi Contran qui venaient d'y être introduits par la force des armes. De tous les. points de l'Aquitaine, des montagnes de l'Arvernie et du Limousin , des.
(i) Greg.Tur. Hist. YII. 26.
DE GONDOVALD. ^69
plaines arrosées par la Charente, des bords du Gain, de la Touraine même, bien que soumise encore à Goniran, accoururent, à l'appel de Mummole, des mécontents, des hommes ruinés par les guerres précédentes , des aventuriers aux aguets de toutes les occasions de faire du butin, dont la réunion forma bientôt une armée. Outre ce qui lui restait des trésors qu'il avait apportés de Constantinople, Gondovald avait à sa disposition ceux enlevés à Rigonthe; c'était assez pour attirer beaucoup d'auxiliaires , bandits ou braves.
Ces premiers succès rapidement obtenus au nord <le la Dordogne, étaient de bon augure pour l'issue de l'entreprise, et cependant ce n'était pas encore cians cette partie de l'Aquitaine que Mummole et Didier espéraient trouver leurs plus grandes ressources» C'était au midi de la Garonne, à Toulouse ^t à Bordeaux, ces deux grandes cités encore assez ^eu déchues de l'importance qu'elles avaient ^ue sous les Romains et sous les Yisigoths.
Ils résolurent donc de s'avancer vers Toulouse, ^n gagnant à leur entreprise les villes qu'ils ren- Ciontreraieut sur leur passage. Cahors fut la prê- :rnière ; l'évêque et les habitants rivalisèrent d'em- J)ressement à recevoir Gondovald et à lui jurer fidélité*. Agen en fit autant, et avec le même zèle. Albi et Rhodez ne sont pas nommées entre les villes c{ui se rangèrent au parti des conjurés; mais tout
(ï) Greg. Tur. Hl»t. VIU. 20.
^*J0 COWSPIRilTIOTV
autorise à les y comprendre ; AIbi surtout, où nous avons vu que Didier jouissait de la plus haute in*^ fluence. Toulouse seule se trouvait dans une situa-^ tion particulière qui présentait quelque difficulté.
J'ai parlé ailleurs de cette tentative d*un ducaus« trasien nommé Sigulfe pour se faire roi des parties de l'Aquitaine situées le long de la Garonne. Lachute du téméraire avait été brusque et sa fin tra— gique ; mais il n'avait pas été seul puni ; sa rébellion» avait attiré mainte calamité sur les villes qui Va — vaient secondée. Celle de Toulouse s'y était, à c^ qu'il semble, plus particulièrement compromise, et en avait aussi plus souffert. Le mal étant tout: récent, le souvenir en était encore très vif dans l'esprit du peuple, et surtout de l'évêque Magnulfe^ qui en avait eu sa bonne part. Il y avait donc peu de zèle dans la ville pour courir la chance d'une catastrophe pareille à celle dont on y souffrait encore, et Magnulfe en particulier était décidé à s'opposer de tout son pouvoir à Tadmissioti des Gondovaldiens dans sa ville*.
Cependant l'armée deMummole était en niarche et déjà peu loin de Toulouse ; Magnulfe en fut averti par un message qui le sommait de reconnaître et de recevoir le nouveau roi. Pour toute réponse , il convoqua le peuple et les magistrats de ta cité , leur fit part de la sommation , et après leur avoir rappelé les suites funestes du complot de Sigulfe, il
(i) Greg. Tur. Hi st. VIL 27.
Dfi GOrrDOVALD. 2à'yr
leur remonlra que niil d'entre eux ne pouvait dire qui ëtait ce Gondoyald proclamé fils de Gotaitie jpar des révoltés , tandis que personne ne pouvait douter que Contran et Childebert ne fussent véritablement rois. Il finit par les exhorter à ne poiHit troubler la domination franke au profit d'un étran* ger, d'un inconnu , et à s'opposer courageusement a quiconque tenterait de les entraîner dans cette rébellion, fût-ce leur duc lui-même. Ce discours fît impression sur le peuple et sur les magistrats; il fut décidé que l'on n'admettrait point CondovaUi -et qu'on lui résisterait en cas d'attaque*.
Mummole arrivant aux portes de Toulouse les -trouva donc fermées, et tout semblait lui annoncer la nécessité d'un siège; mais les Toulousains, en promenant du haut de leurs murailles la vue isur <5ette armée, la trouvèrent plus nombœuse qu'ils lie s'y étaient attendus; ils firent de nouvelles rédexions probablement suggérées ou secondées par ^e secrets partisans des conspirateurs, et se déterminèrent à reconnaître Condovald et à le recevoir ^us leurs murs. Ce fut alors que Wado, qui était ^estë dans Toulouse depuis l'arrestation de Ri- ^onthe, embrassa le parti du nouveau roi^.
L'évéque Magnulfe persista seul dans son opposition ; mais les conjurés qui n*épiaient qu'un prétexte pour se débarrasser de lui , l'eurent bientM
(i) Id, loc. cit.
[i) 1(L loc. ciu
127» CÔNSPIKATIOir
trouvé. A un festin solennel donné par Gondovald avaient élé invités, avec beaucoup d'autres , Mum* mole et l'évéque; celui-ci échaufTé peut-être par les vapeurs du banquet, eut l'imprudence ou le courage d'entrer en altercation avec Gondovald et d'énoncer des doutes sur sa naissance, sur son droit au trône et sur le succès de sa tentative. Mummole , qui se trouvait à portée de l'évéque et qui avait entendu ses propos, en fut si choqué que, levant brutalement la main sur lui, il le frappa plusieursfois au visage, en lui disant : tf IN'as-tu donc pas honte de parler d'une manière si grossière et si sotte à un grand roi ^ ? »
S'il en faut croire Grégoire de Tours, Magnulfe^ de plus en plus mal avisé , alla se plaindre de cet: outrage à Didier, qui continuait à exercer les fonc* tions de duc et déjuge supérieur à Toulouse. Celui-' ci s'emporta en injures contre le plaignant, le ter-* rassa , le meurtrit de coups , après quoi , le faisant: lier avec des cordes, il l'envova on ne sait où eiB exil et confisqua tous ses biens. L'évéché de Tou^ louse fut alors donné à celui à qui il était déjà pro^ mis, à ce fameux Sagittaire dont j'ai parlé ailleurs et qui figurait parmi les chefs de l'insurrection, toujours avide de troubles et de guerre.
L'expulsion de Magnulfe assurait aux Gondoval*diens la possession paisible de Toulouse et des pays au sud de la Dordogne. Il ne leur restait plus
^i) Iti, loc. cit.
D6 GONDOVALD. a 73
qu'à gagner Bordeaux ,. et par Bordeaux une portion de la Va^cQpie, Ih «^ pprtèri^lit donc Vçrs cett9 dernièf^ viljie au cooun^DG^mçfit d^ février dd l'année 585. /
Bordeaux e^t, k cette époque, i^ seule ville de
r^quitaine dont ou connaisse nominativement les
trois principaux personnages. Le premier, Tévéque^
ctait un nommé Bertrand, Franl^ de race,'' et, du
côté naaternel, parent du roi Gontran. On sait de
lui qu'il cultivait la poésie latine avec passion et
qu'il avait composé un recueil d'épigrammes que
Fortunat admirait malgré les plagiat$ et les fautes
de quantité, et bien <[u'à leur lecture il lui semblât
être transporté parmi les y^gue^ tumultueuses
d'une Dfier battue par la tempête*. Le comte de la
>ille i|e nommait Galàctorius^ citoyen de Bordeaux
où \l ayait été çi^ipàravant défenseur de la curie*.
Quant au duc chargé de la défense militaire de l^
ft'onlière ou lïiarche de Vfi^conie, lequel résidait
pareillement ^ Bordeaux, je ne doute pas que ce
île fut ^ors ce même duc Bîadaste que nous ayons
Vu figur.ér diversement. dans la guerre d'Aquitaine,
bien qu'il ne" soit nulle part expressément désigné
pw ce titrew
- Ve i^s; trois personnages dépendait l'accueil de
(1) Fortuoati Carmina historica. XXIL XXIII. (%\ Ç^ést encore par une pièce de vers de Fortunat, adressée à Oalactorius, que Ton voit que ce dernier était, à l'époque iudi- » <{Qée , comte de Bordeaux. ->— F. Carmin, historica. XXXI.
1^!\ CONSPIRATIOW
Gondovald âr Bordeaux ; tous les ti*ois s'empressèrent de concert à le recevoir et se montrèrent prêts à le seconder en toute chose; l'évéque surtout lui montra un' dévouement particulier. Comme ]a saison , encore trop peu avancée , ne permettait pas d'entrer en campagne , il fut arrêté que Gondovald resterait à Bordeaux jusqu'au moment propice pour se porter vers la Loire. Mais en attendant son règne avait déjà commencé dans l'Aquitaine méridionale ,' et l'histoire cite des actes de souveraineté par lesquels futmarquéle séjour qu'il fit à Bordeaux. L'évéque de Dax étant mort , le comte de cette même ville , Nicetius^ avait obtenu de Chilpéric d'être élu à sa place ; mais Tordre n'avait pas encore été exécuté. A.u moment où Gondovald entra à Bordeaux , des ecclésiastiques le lui dénoncèrent comme une violation des droits et de la discipline ecclésiastiques , violation qui, pour être fréquente, n'en était pas moins déplorable. Gondovald annula l'acte de Chilpéric et nomniaà l'évêché de Dax un prêtre appelé Faustianns, à la consécration duquel assistèrent plusieurs évêques et entre autres celui de Bazas^. On voit par-là que cette dernière ville et celle de Dax, deu^ des plus importantes de la Vasconie , avaient passé' au parti de Gondovald , et ce n'étaient probablement pas les seules.
Il y a une circonstance des pluls importantes à
(i) Crfeg. Tur. VII. !^i.
DE GONDOVALD. ^']S '•
noter dans le soulèvement de toutes ces villes, tant
de celles de l'Aquitaine que de celles de la Vasco*-
nie. Elles avaient toutes pour gouverneurs civils et
militaires des officiers royaux, des ducs ou des
comtes; or , Ton ne voit dans aucune, si ce n'est à
Bordeaux, ces officiers en relation avec les gondo-
valdiens. Dans toutes ce sont les évêques qui déli-
l3èrent ou agissent à la tête du peuple de leurs ci-
té$ y traitent pour lui avec les insurgés, lui donnent
l'impulsion; en un mot, ce sontrles évêques qui
semblent ^voir, partout où ils se trouvent, la charge
«t la responsabilité des intérêts municipaux, soit
-^n leur qualité de défenseurs ou de présidents det
<3uries, soit sino^plement à raison de leur influence
2>ersonnelle ou de leur dignité épiscopale.
Si singuliers et si graves que fussent les événe- Tftnents d'Aquitaine , il parait que les bruits n'en arrivaient que lentement et peu fîdèïes en Neuij- ♦rie. Gôntran^ qui était encore 'à Paris lorsque la *iopveUe du couronnement de Gondovald y par- "%înt, en conçut peu de souci, et, loin d'y voir ^%ine raison de se montrer plus équitable et plus fcnodéré envers son neveu Childebert, il y trouva J)rétexte a de nouveaux dénâêlés avec les Austra^ ^iens.Oux-ci, de leur côté, persuadés qu'il y avait «ùx événements d'Aquitaine un danger réel pour <ïontran , etaiiènt moins que jamais disposés à lui Caire des concessions ou des sacrifices. Il était donc sûr d'avance que le plaid définitif, où les deux partis devaient débattre leurs droits, n'aboutirait qu'à
1^6 CONSPIRATTOW
aggraver le mal et qu'à embrouiller davantage les affaires.
Ce plaid fut tenu à Paris , dans le courant de déoembice (584)9 avant que Ton pût savoir quel parti prendraient les Aquitains dans la tentative de Gondovald. A la tête des leudes que Childebert avait députes à ce plaid se trouvaient l'évéque i£gidius et Gontran-Bozon , toujours ennemis du roi Gontran, mais devenus zélés Austrasiens depuis la mort de Chilpéric et la chute de Frédégonde. L'évéque prit laparole an nom de ses collègues et préluda & ^s réclamations par des félicitations au roi 6on- Iran sur ce qu'il venait de recouvrer les pays qu'il avait perdus en Aquitaine et ailleurs. Gontran arrêta brusquement et avec colère ce flux d'hypocrisie. « Si j'ai recouvré mon royaume , lui dit-il, c'est plir la faveur de Dieu , et certes , bien maigre toi qui n'as jamais gardé à personne la foi donnée ^ inalgré toi dont là perfidie est partout connue, et qui as agi partout, non en prêtre, mais eh enneroi de mon royaume ^. »
L'évéque réduit au silence par cette rude apostrophe, un autre député, prenant sans détour^ la parole sur l'objet principal de la contestation , redemanda les villes austrasienùes de l-Aqùitaine, et, sans plus de détour, Gontran répondit qu'il ne devait ni ne voulait les rendre. Un troisième ambassadeur revint sur la demande q^ue Frédégonde
(i) Grei;. Tur. VU. i4
DM GOKTDOVALD. I77
fàt livrée au roi d'Austrasie pour être punie de ses crimes. Contran répéta sur ce point ce qu'il avait dit en une autre occasion, que Çrédégonde ne pouvait être livrée à personne, étant mère d'un rôi et d'ailleurs innocente des choses dont on l'ao* cusait. fiozon voulut prendre la parole à son tourj^ le roi ne le souffrit pas. a Que peux-tu avoir à dir9 ici? lui cria-t-il , toi , l'ennemi de mon autorité et de mon royaume , toi qui , toujours perfide et tou<^ jours infidèle à ta parole , es allé ces dernières années en Orient pour y chercher ceCéndovald^ <e Ballomer que tu as amené contre moi ? »
L'interpellation ne ferma point la bouche à Bo* 2GÙ. ce Tu es ici le maître , répondit-il à Gontran ; tu ^^TOi, et ce que tu affirmes nul n'ose le démentit*. J'atteste toutefois que je suis innocent de ce que tu viens -de dire, et s'il se trouve ici quelqu'un d'égal à moi qui me tienne en secret pour coupalile d'un tel crime , qu'il se présente et m'âccuie ouvertement;. et toi, ô roi! permets-nous de com^ })atire en rasé campagne, afin que Dieu nous voie et prononce entre lui et moi. » Cet impudent défi fut écouté en silence; personne ne l'accepta, et le roî^ reprenant alors le fil de son discours sur Gondovald : a Une pareille agression doit donner du cœur k tous, dit-il, et il sera repoussé de nos frontières, ce tioûvéau-venu , cet intrus dont le père â fait tourner le radulin, dont le père a cardéla îàihe*. »
{l) Voici le texte de celle phrase que Grégoire de Tours attribue
O.'jS COKSPIF. AïlOIC
Il y avait dans ces paroles de GoiHran quelque chose d'équivoque ou de contradictoire qui parut absurde à rassemblée. Quelqu'un les releva hautement et se moqua du roi qui semblait donner deux pères au même individu. L'assemblée entière fit écho à la moquerie par de bruyantes risées; mais du milieu de ces risées grossières sortit tout à coup une voix ^féroce qui les fit cesser : « Reçois nos adieux, ô roi! Puisque tu ne veux pas restituer à tonineveu les villes qui lui appartiennent, apprends de nous que la hache avec laquelle a été ajustée la tête de tes frères n'est point émoussée, et que to» crâtie en sera de même ajusté et frappé*. »
Emporté par la colère à cette dernière insulte, Gontran en prit une revanche qui ne fut pas le trait le moins caractéristique de toifte cette étrange scène. Il donna Tordre de lancer sur les députés austrasiensi toutes sortes d'ordures. L'ordre fut exécuté avec une ardeur et une fidélité merveilleuses , et les députés se retirèrent longuement* poursuivis et battus d'une grêlé dégoûtante de fumier, d'herbes pourries, de boue et d'excréments de cheval 2.
à Gontran, et dans laquelle je ne suis pas sur cfavoir saisi oe ipi prêta 81 fort à rire aux leudes austrasiens : « Advena cujus piCer i;ubernavit, et, ut verèdicam^ pater ejuspectinibusintedît^lanair que composuit. » Loc. cit.
(1) Ir/. loc. cit.
[2) Id, loc. cit.
DE GonrpovALD. ^79
Peu de jours après la tenue de ce plaid, Gontran, dont la situation en INeustrie devenait chaque jour plus difficile y s'en retourna à Châlons. Sous le prétexte de poursuivre les meurtriers de Chilpéric, il ne songea d'abord qu'à se débarrasser de quelques leudes neustriens qui lui faisaient ombrage; mais les nouvelles de l'Aquitaine , devenant de jour en jour plus graves, attirèrent à la fin son attention. Il apprit que Poitiers, après avoir chassé ses officiers, s'était déclaré pour les insurgés, et qu'autant en avaient fait les villes de l'Aquitaine burgour^ dienne. Enfin deux dépêches de Gondovald, adressées, on ne sait à quels de ses partisans secrets^ avaient été saisies sur deux ecclésiastiques et port:ées à Contran, qui y avait trouvé divers indices du plan , des forces- et du progrès de la rébellion *. XI fut frappé, pour la première fois, du danger d^ sa position et ordonna aussitôt de grandes levées de troupes dans tout son roy^iume. Ces levées f^^ites, :i.l en retint une partie à sa disposition et comme -^n réserve, et en envoya le reste en Aquitaine, sous le commandement de Leudegesilé et d'Aghi- 4an. Le premier était duc de je ne sais quelle por- '%ioD de la Burgondie; l'autre était le patrice choisi ^n remplacement d^ J\Iummole, et c'est, je érois, le premier personnage d'origine germanique nom- ^né dans l'histoire comme ayant été investi de cet. «mploi.
^ I ) Gref;. Tui . VIL 3o.
28o CONSPIRATlOir
Celte armée s'^taiit mht en marche^ se rèoforça^ obemîf] faisait 9 de^ populations d'Orléans et dé Bourges 9 et se dirigea vers Poitiers pour le r^ddli^ft <b nouveau à Fobéisiance de Contran* Dès qu'elle arriva sur le territoire de cette villé^ un message fut ej^pédié à l'évêque- pour le sommer dé» faire connaître àeé dispositioiis et celles des habitafnts, et de déclarer si leur intention était de se soumettre ou dé résister.
L'évéque et lés hommes de l^oîtiers reçurent mal \ei messagers et répondirent qu'ils ne Se soumettraient paS. L'âttnéé commença alors à s'approcbêi^ hostilement dé Poitiers^ pillant^ ravageant et hfÛA Idcùt tout slUr son passage^ récoltés ^ maisons , égll-. ses. Lés Poitevins virent d'abonj ces ravagés sans qite leur résollitiôtt fât ébranlée; il paraît même, qnolqu'il n'y ait rien à cet égard d'expliciteménf énoncé dans les hisforiens, qu'ils sortirent plus ^'ûné fois de teurs murs et osèrent livrer des cotnbâts à dés forces d^ beaucoup supérieures aux leurs; mais à la fin, serrés de près, et Voyant d^va^tér J«èCe à pièce tout leur territoire, ils se résignèrent de nouveau à la domination de Contran é! ouvrirent leurs portes à son armée, Celle-ci ne fa< pas plutôt maîtresse de la ville qu'elle s'y livra à tous les étcès. Elle en Voulait surtout à Févéque ^ auquel elle attribuait la résistance des Poitevins. Elle entoura sa denieure et ne cessa point dé le menacer jusqu'à ce qu'il se fût racheté, lui et son peuple, par des présents. L'évêque fut obligé de
DE eONDOVAtD. d8f
prendre un calice d'or appiirtc>nàût à fton ëglke el de le fidre découper en menus oiorceaut qti'il dis-* tribua aux soldats de Contran ^.
Gondovald et Mummole ëlaient déjà arrivés ef comdae établis à Bordeaux lorsque Poitiers fut assiégé. Il semble que ce qu'ils auraient eu de mieu:t à faire en celte rencontre eût été de se porter au secours de cette ville, qui leur aurait fourni des renforts considérables , soit pour attaquer , soit pour se défendre.; Cependant, puisqu'un liomme de guerre, de l'activité et de l'expérience de Mum» mole, iie prit point ce parti, il faut bien Croire qu'il n'était pas possible ou n'était pa^ le meilleur. Quoi qu'il en soit , l'armée de Contran , Une fois maîtresse de Poîliers et du Poitou , y prit poste pour observer les mouvements des gondovaldiens et atteiidre les événements.
Gondovald se disposait à s'avancer vers la Loire ; mais en attendant d'être roi il aimait à s'en donner les Élpptfrences. 11 ne voulut point livrer bataille aux armées de Contran avant d'avoir sommé pacifiquement ce dernier de faire droit à ses réclamations. En conséquence, il clioisit deux députés , nommés l'un Zotane etFautre Zabulfe, qui, avec tout le cérémonial germanique et une baguette à la main, signe de leur office vénéré, Se mirent en route pour porter ses* paroles à Contran. Il parait que céîi deux amb^assadeurs s'en allèrent, tenant partout
.1) Greg. Tur. VII. 2/1 .
iSa CONSPIRÀTlOIf
des propos indiscrets sur l'objet 4^ leur mission.
Ce fut un prétexte pour les amener chargés de fers devant Contran , auquel ils rendirent en ces termes la mission dont ilsi étaient chargés pour lui: «Gondovald, qui est récemment arrivé d'Orient et se dit le fils de votre père Clotaire, nous envoie vers vous pour demander la part du royaume qui lui est due ; s'il ne l'obtient pas , sachez qu'il viendra dans ce pays avec une armée f car tous les braves de la partie des Gaules située de l'autre côté de la Dordogne font cause commune avec lui. Et quand je serai venu, dit-il, quand nous nous rencontrerons en plain champ de bataille^ Dieu jugera si je suis ou non le fils de Clotaire*. »
Pour toute réponse à cette harangue, Gontran, h,ors de lui-même de colère, fit mettre les ambassadeurs à la torture. Il voulait s'assurer s'ils persisteraient à soutenir dans les tourments ce qu'ils venaient de lui déclarer ; il voulait surtout leur faire avouer ce qu'il supposait qu'ils savaient et ne voulaient point dire des forces e|t des projets des conjurés. La violence des tourments Jeur fit dire tout ce qu'ils connaissaient de relatif à la conspiration, et il serait important de savpir au juste quelles furent leurs révélations. Grégoire de Tours dit qu'ils déclarèrent tout ce qui était s^rrivé à Rigonthe à son entrée à Toulouse, commeqt elle avait été maltraitée et dépouillée de ses trésors, corn*
(i) Greg. Tur. VIL 3?..
DE GONDOVALD. a 83
ment révéque Magnulfe avait été envoyé en exil, comment tous les seigneurs d'Austrasie avaient désiré faire Gondovald roi , et particulièrement Gontran-Bozon , qui avait fait exprès pour cela le voyage de Constantinople *.
Mais toutes ces nouvelles, au moment dont il s'a* gît, n'étaient plus un secret pour Contran ni pour personne, et, bien certainement, la torture avait arraché aux deux messagers de Gondovald d'autres ré* délations plus graves que celles-là et plus faites pour frapper l'esprit de Contran, pour influer sur ses résolutions. Il n'y avait à coup sur qu'une découverte importante et imprévue qui pût déterminer ce roi à changer de politique et de conduite aussi complètement et aussi brusquement qu'il en changea sprès avoir. reçu les aveux- des hérauts torturés.
Il ordonna d'emprisonner ces derniers et en^ voyà un message pressant à Childébert, pour l'engager à se rendre aussitôt auprès de lui. Childébert accepta l'invitation et partit pour Chàlons , accompagné seulement d'une partie de ses leudes; car plusieurs craignirent de le suivre, ceux surtout qui avaient trempé dans le complot de Condovald. Contran fil interroger de nouveau , devant Childébert , les messagers prisonniers qui répétèrent à celui-ci toutes les déclarations qu'ils avaient déjà faites au. premier.
Mais une telle démarche n'aboutissait à rien par
. (i) ///. loc. cit.
a 84 CONSPIRATIOII
elle seule. Childebert^ non-seulemenl ne pouvait pas ignorer la conspiration de Gondovald ; il devait tovoir qu'elle avait été d'abord conçue dans un in* térét austrasien et qu'elle tendait encore à cet in*' térét. Il n'y avait donc qu'un seul moyen efficace d'en détacher Childebert ; c'était de se réconcilier sur l'heure avec lui, de lui Restituer les villes dont il avait cru d'abord pouvoir le dépouiller; c'était de le traiter comme un fils et de lui assurer de nouveau son héritage, et telle était en eflet la réâo^ lution de Contran. Il conclut avec son neveu uft traité dont les articles ne sont point donnés pstv les historiens, mais dont on peut juger par celui d'Andelot, de deux ans postérieur, qui n'en fut guère que la confirmation. Une des dispositions principales de ce traité était relative à la Vasconie dont les deux rois firent entre eux un nouveau partage. Le Conserans, les villes d'àire et de Lapurda (Bayonne), et peut-être quelques autres qui avaient d'abord appartenu à l'Austrasie, furent rendues h Childebert. Contran garda pour lui les villes de la Vasconie neustrienne, et entre- autres Bordeaux^ Dax , Lescar et Bigorre.
Ce traité conclu , les deux rois parurent devant nne nombreuse assemblée de leudes, tant ^austra*^ siens que burgondes ; là Contran , prenant lïne lance , la mit entre les maiils de Childebert en lui disant : k Prends cette larice ; elle est le signe que je mets tout mon royaume entre tes mains. Va maintenant et prends sous ton gouvernement tou-
DK GQNOOVAti). 28 &
tes mes villes comme les tiennes propres > et puisque de ma race ent^re il ne me reste personne que toi, le fils de. mon fVère, sois l'héritier de mon rovaume , à l'exclusion de tout autre héritier. »
Après cette cérémonie Gontran, quittant l'assemblée, emmena son neveu pour l'entretenir à |>artet en secret. Il lui indiqua auxqiiels de ses leu* des il pouvait se fier et demander des conseils, desquels il devait se défier , et parmi ces derniers il nomma arvant tous i£gidius, l'évéque de Reims. Il termina ces recommandations à son neveu par un conseil plus spécial et plus remarquable, par le conseil d'interdire à sa mère, tout accès auprès de lui, afin qu'elle ne l'excitât pas à correspondre avec Gondovald^. C'est là un indice que la réconci* liation de Childpbert ave^ son oncle. s'opéra pro«< bablement à Tinsu et à coup sûr contre le gré de Brunehaut.
Après cet entretien secret, Gontraii présenta de nouveau Cfaildebert à ceux des leudes austrasieos qui se trouvaient là. « O hommes! leur dit-'il, vous voy^ que mon neveu Childebert est maintenant utk faomme fait; prepez^donc garde à ne plus le traiter comme un enfant. Renoncez à vos méchancetés et à vos tentatives audacieuses , car Childebert est roi, ^ c'est le roi à qui vous devez vos services. » Cette présentation fut suivie de trois jours de réjoùjissance et^ banquets, après lesquels
(1) Greg. Tur. VIL ^X
a 86 coNSPiRATioisr
les BuFgondes et les Austrasiens se séparèrent comblés de présents les uns par \çs autres , en appa^ rence charmés de tout ce qui venait d'être Éait, et amis pour toujours*.
Par cette réconciliation imprévue avec Contran, non-seulement Childebert se retirait de la rébellion de Mummole; il avait promis^ à ce qu'il parait, de joindre des forces à celles de Contran , contre le» insurgés. Il y eut du moins, à dater de ce moment, dans l'armée burgondienne , des leudes, des ducs austrasiens qui n'y étaient vraisemblablement pas sans troupes à leurs ordres.
Quoi qu'il en soit, la nouvelle répandue de cet accord produisit l'effet que Contran en avait espéré. Mummole était sur le point de quitter Bor'deauX) et de marcher, peut-être même était*il en mai'che vers Poitiers, pour attaquer les Burgondiens, lors* qu'il apprit en même temps que la paix était feite entre Childebert et Contran, et que leurs forces combinées venaient de se porter du* Poitou sur la Dordogne.
Cette nouvelle fut comme un coup de foudre qui rompit tout concert entre les chefs des conjurés, et fit faire à plusieurs d'entré ^ux des réflexiom dontchacune élait un échec ou un obstacle à Tentreprise commune. Attaquer Contran avec l'appui^ ou du moins avec l'approbation de Childebert et de l'Austrasie, ne leur ^j^t paru que hardieis$e;
(i) Id. loc. cit.
DE GONDOVALD. 187
entreprendre la guerre contre Contran et Cliîldebert réunis, avec les seules forces de l'Aquitaine méridionale, leur sembla pure folie. Cependant, parmi ^ous ces chefs, si troublés et si effrayés qu'ils fussent, il n'y en eut, pour le moment, qu'un seul qui abandonna Gondovald, mais c'était celui dont la défection compromettait le plus l'entreprise; c'était le duc Didier, qui, à raison de son titre, de ses fonctions et de son crédit, avait attiré à la conjuration beaucoup de vaillants Aquitains qui durent ' le suivre quand il se retira *.
Quant à IVtummole il ne perdit ni l'espoir ni le
courage^ mais la diminution subite de ses forces,
par suite de la retraite de Didier, l'obligeait à
changer tous ses plans. Trop faible pour se porter
en avant et même pour attendre l'armée ennemie-,
jt ne lui restait rien de tnieux à faire qu'à se jeter,
sivec la portion dévouée de ses troupes, dans quel-
cjue* place forte où il pût au besoin soutenir un
lojig siège et attendre l'effet des nouveaux efforts
cjue ne manqueraient paé de faire »en Âustrsisie les
^mis de Gondovald pour réparer l'échec que 5â
camuse venait de recevoir. Il ne s'agissait plus qu& du
choix d*une place convenable à ce dessein ; Mum-
tnole et ses compagnons se décidèrent pour la ville
cies Convenues (Comminges).
Cette ville était 'bâtie au sommet d'une montai gne escarpée, à peu de distance de la Garonne, et
(i) Greg. Tur. VII. :^/|.
•iSii CONSPlRilTlOBr
dans la longue vallée où ce fleuve n'est encore qu'un gros tok*rent qui mugit et se brise entre les rochers, avant d'en tréi*' dans les plaines. Les murs, flanqués de grandes tours, selon l'usage romain, dominaient 9.U loin la campagne environnante^ et Tescarpeipent des pentes sur lesquelles ils s'élevaient en r^pcjait l'approche très difficile aux machines de guerre* Sur une hauteur isolée comme celie-là, il ne se trouvait point d'eau pour les besoibs de la ville j mais du pied de la montagne jaillissait une énorme source d'eau vive qui avait été. tout entière enclosedans une large tour des plus foitcs.-iDe l'enceintede la ville aérienne, une voie souterraine aboutissait à la source ^ et c'était par-là que les habitante descendaient puiser de l'eau, sans être vus ni pou-^ voir être inquiétés du dehors**
Pour l'intelligence plus complète des événeai^nts nUérieurs, il ne sera pas hors de propos de jeter ici quelques ^lots de l'origine et de Thislpire de cette ville. Elle avait été fondée par Pompée à la fin de la guerre de SertQrius« l^jes peqples des Pyrénées espagnoles , particulièrement Içs Voscons , uvaient embrassé la cause du général rel>?lle . at vivement inquiété les Romains et leurs adhér^fsits» Sertorius mort et son parti vaincu , Pompée JMg^ que le nord de l'Espagne ne serait jamais paisible aussi long-temps que l'on y laisserait les popula* tions armées qui avaient pris part à la gvierrïç etf'y
(i) Id, loc. cit.
DK GOWUOVALU. ÎiSq
étaient accoutumées à vivre de bri^^andage. Il résolut dôDC^ suivant une idée et un usage romains, de déporter hors de ses foyers la partie la plus turbulente de ces populations et de la transplanter sur le «ol de l'Aquitanie, dans le district montagneux compris entre les sources et le confluent de la Garonne et de la Neste,. Là donc, dans la meilleure et la plus fertile portion du pays^ il fiti)âlir une ville qu'il nomma Lugdunum, et dans laquelle il établit^ sous la dénomination de Convenues (Convennae), hommes rassemblés de divers lieux , ces déportés 4ont il voulait purger la vallée de TEbre et les Pyrénées espagnoles.
Les Convenues étaient touà ou pour |a plupart <le race ibérienne, et par conséquent les frères des anciens Âquitaniens de César et plus particulièrement des Aquitaniens montagnards. Une fois transplantés parmi ces derniers, dans les mêmes circonstances et sous les mêmes influences qu'eux, ils eurent I^ même destinée et furent enveloppés dansles mêmes révolutions. Je n'hésite poinirà les compter parmi, les peuplades des Pyrénées gauloises qui , vers la fin du sixième siècle (585), conservaient encore l'usage de leur idiome ibérien et dont j'au* raâ bientôt à m'occuper spécialement.
Ce fut au commencement du mois de mars (585) que Muoimole et les autres chefs gallo-romains ou frank^qui restaient attachés à la fortune de Gondovald quittèrent Bordeaux pour prendre , à travers la Vascoûie, leur chemin vers le centre des Pyré- II. 19
ago coNSPiRATiorr
nées. Ils -se mirent en marche avec un énorme bagage qui les suivait lentement , sans ordre, et dont faisait partie le trésor de l'armée porté sur de nombreux cbameauxl
Les chefi^ de la conspiration avaient* ils déjà de& intelligences dans k ville des Convenues avant de s'y rendre? L'histoire ne te dit pas; mais il estna* turel.de le conjecturer. Il y a, et nous le verrons toutàTheure, quelques motifs pour croire que révéque de cette ville, bien qu^ l'on ne cite de sa part aucun acte d'opposition aux Gpndovaldiens, ne leur fut cependant pas aussi favorable que les autres évêques de l'Aquitaine et de la Vasconie; niais quant au comte de cette même ville , il n'y a point d'incertitude sur sa conduite en cette cx^currence« Il se nommait Cbariulfe, nc^m germanique, indice probable, n^ais non certain, d'une origine germanique. On ne sait duquel des rois franks il tenait son poste, ni même s'il le tenait d'un rot frank, et s'il n'était pas déjà seigneur indépendant du pays des Convennes antérieurement à la conspiration gondovaldieniie. Il est sûr au moins qu'il saisit, pour le devenir, i'occasion que cette conspiration lui en offrait ; il: se déclana pour Gondovald aussitôt que la proposition lui en fut faite,, peu importe en quel moment.
Gondovald et les .siens furent dcmc, bien accueillis dans la ville des Convenues^ non^fsevleraeot par Chariulfe , mais par la populatioà talle-^méme, qui s'engagea à défendre courageusement jusqu'au
DE GONDOVALU. îiQI
ix>ut la cause des conjurés, et qui, s'occupant aussitôt des préparatifs nécessaires pour soutenir un long siège , fît en peu de jours de grands approvisionnements en subsistances^.
Jusque là , et aussi' long-temps qu'ils avaient eu «n vue une haute entreprise et un grand intérêt, Mummble et ses compagnons avaient contenu leur armée dans une exacte discipline et ne lui avaient rien permis de ce qui aurait pu soulever contre «lie les populations qu'elle avait traversées en tout sens. Du moins l'histoire de ces temps, toujours attentive à tenir note des brigandages ordinaires des armées, n'en impute-t-elle aucun à celle de Gondovald, avant son entrée à Lugdunum des Convennes. -
Mais One fois là, et déchus comme ils Tétaient de leurs hautes espérances, ne songeant plus guère qu a leiir salut personnel, les chefs de cette armée n'hésitèrent pas à. l'assurer par une perfidie des plus insignes. Feignant de croire que l'armée burgondienne approchait, ils engagèrent les hommes de guerre des Convennes à s'armer et à marcher les premiers à la rencontre de l'ennemi. Confiants et braves, ceUK^ descendent en armes dans la plaine, et les Gondovaldiens saisissent ce moment pour chasser hors des remparts presque tout le reste de la population , ferment les portes et demeurent les niatitresdés fortifications, des approvisionnements, des habitations et de toutes les richesses de la ville.
(i) Gregor.Tur. VII. 34.
agi CONSPIRATIO»
Ainsi chassés de leurs foyers, les malheureux Convennes se dispersent de tous côtés, chacun cherchant un asile où il espère le trouver*.
L'évêque ne fut point excepté de cette rigueur, et c'est la raison pour laquelle j^ai supposé plus haut que les Gondovaldiens le tenaient pour suspect; car il n'est pas probable qu'ils eussent voulu se priver de l'appui d'un complice si important, s'ils avaient pu y compter. 11 y a d'aïUant plus d'apparence qu'ils avaient quelque motif particulier de défiance à son sujet, que les autres prêtres ne furent point <5hassés de la ville.
Tandis que ces choses se passaient au pied des Pyrénées, l'armée de Contran, partie de Poitiers, était venue camper sur la rive droite de la Dordogne , où elle passa plusieurs jourà en attente de renseignements sur l'armée de Gondovald. Celle-ci était déjà fort en avant sur la route du pays des Convenues, ou peut-être .y était-elle déjà arrivée, lorsque les généraux de Contran apprirent vaguement et sur des informations inexactes qu'elle se trouvait sur les bords de la Garonne avec un grand bagage, dont les trésors de Rigonthe faisaient psur* tie. k ces nouvelles et à l'annonce de trésors, les Burgondiens s'ébranlent rapidement^' passent la Dordogne et viennent camper sur la rive droite de la Garonne, entre Agen et JBordeaux^.
Les fantassins sont obligés de faire halte pour
(i) Id. loc. cil.
a) Id. VII. 35.
J>E GONOOVALD. ^qS
préparer ou chercher des moyens de passer; mais tous les hommes ayant un cheval ou pouvant s en procurer un, i«ipatients d'être à l'autre bord , s'y lancent à la nage. Maints chevaux et maints ca-valierâ sont emportés par le courant; les autres traversent heureusement; ils s'avancent jusqu'à l'endroit oit, d'après les renseignements obtenus, ils espèrent trouver l'armée et les bagages de Gondovald. L'armée était déjà bien loin, mais quelques-uns des ehanneaux chargés d'or etd'argent étaient restés e» arrière et tombèrentau pouvoir des davaliers de Contran ou du petit nombre de fantassins qui avaient pu les suivre. Ce fut là seulement que les Austro- Burgondiens apprirent des nouvelles certaines de Gondovald et surent qu'il venait de se renfermer avec une armée encore assez nombreuse dans la ville des Convenues.
A cette nouvelle, et sans attendre l'infanterie qu'elle avait devancée , l'élite des Austro-Burgondiens poursuit rapidement sa route à travers la Vasconie, ne s'arrêtant nulle part, sinon pour piller. Arrivée sur la portion du territoire d'Agen située Outre-Garonne, elle y trouve une église renommée bâtie en l'honneur de saint Vincent, sur le lieu même où le saint avait souffert le martyre.
C'était une des égliâes les plus vénérées de la Vasconie, et les habitants de lieux voisins^ sur le bruit de l'approche d'une armée de Franks, étaient Aenus s'y réfugier avec tout ce qu'ils possédaient de j)lus précieux. Ils avaient trop compté sur la «lin-
leté de ce lieu; lavant-^arde austro-burgondienne^ trouvant qu'il serait trop violent d'en forcer le& portes 9 y mit le feu, entra, et tout ce qui lui tomba sous la main, profane ou sacré, fut enlevé en un clin d'œil^ Aubout depeu dejours, l'armée entière était réunie autour de la cité des 0>nvennes9 et avait dressé ses tentes dans la plaine que dominaient les remparts.
Si différente qu'eUe fût de ce qu'elle avait été avant la défection du duc Didier, la position des Gondovaldiens n'était, cependant pas aussi désespérée que l'on pourrait se le figurer au premier aperçu. La ville où ils s'étaient enfermés était la plus forte de la VasConie; ils étaient en grand nombre pour la défendre, et depuis qu'ils avaient chassé les habitants, ils ne couraient plus aucun risque d'être gênés dans l'emploi de leurs moyeiis ; ils étaient commandéspar lé premier homme de guerre du temps, ayant sous sesordres d'au très, chef» pleins de bravoure et d'expérience; ils n'avaient point à craindre d'être âfTamés, ils avaient des vivres pour des années. Enfin 9 malgré leur perfidie envers les Cou venues, lès populations en^vironnantels sem*^ blaient combattre encore pour eux contre les assié* géants; nul de ceuK-ci ne pouvait. sans risque s'éctirter tant soit peu du camp ^. -et de ceux qui,, entraînés par l'ardeur du pillage , osaient - s'awnr turer à distance, aucun ne revenait^.
(i) Ici. loc. cit.
(^ Ifl. lôc. cil
DE GONDQYàLD. 295
Les premiers jours du siégé se passèrent en préparatifs d'attaque , et Tc'est sans doute à ces jours-là qu'il Êiut rapporter les colloques étranges de Gondo\ald et des assiégeants <!lont parle Grégoire de Tours, si toutefois ces colloques peu vraisemblables sont vrais ou exactement rendus. Suivant Grégoire, beaucoup d'hommes de Tarmée austrq*burgondienne gravissaient la montagne des Convenues , s'approchaient le plus possible des remparts , et de là vociféraient de toutes leurs forces à Gondovald des questions injurieuses ou ironiques, rc Est-ce toi, lui criaient-ils, qui au temps du roi Qotaire. barbouillais de peintures les murs des. oratoires et dés ohambres? Est-ce toi que les habitants des Gaules avaient coutume d'appeler Ballomer? Est-ce toi qui, pour leé \aines prétentions que tu mets encore en ^vaat, as été plusieurs fois tondu et envoyé en exil par les rois des Franks?» Et à toutes ces interpellations, Gondovald répondait avec autant de poli<^ tesse que de bcHihomie. Il contait aux questionxieurs son histoire par le menu , persistait à se don«er,^our le fila de Clotaire^ en indiquant des galants de la vérité de «ses assertions , et disait à qui pouvait l'ignorer encore, comment, par qui et pourquoi il avait été attiré de Çonstantinople en <îaule. ;Peut-étre les questions des assiégeants étaient-elles inspirées oar une curiosité sérieuse plutôt que par l'envie d'insulter Gondovald; et il »*çst pas sûr que les réponses de celui -et tour-
a()6 COWSPIRATIOPT
liassent à Tavantage et à l'honneur des rois de la Gaule*.
Les attaques commencèrent et continuèrent durant quinze jours; les assiégeants y perdirent sans fruit beaucoup d'bomtnes et toutes leurs machines de guerre. Il fallut en construire de nouvelles ^ qui ne réussirent pas mieux que les autres; elles furent de même écartées ou écrasées par les blocs de pierre lancés du haut des murs. On entreprit de combler le fossé du côté de l'Orient, sous une portion de murs que l'on croyait apparemment la plus, faible ou la moins bien gardé/e. Les assiégeants n'y furent pas plu* heureux qu'ailleurs; partout les Gondovaldîens faisaient face, et de partout ils repoussaient l'ennemi. Entre les chefs qui les conduisaient et leur donnaient l'exemple de bien combattre, se distinguait le fameux évêque Sagittaire; le casque en tête et la cuirasse sur le dos, il ne quittait pas les remparts*, se trouvait sur chaque point attaqué, toujours prêt à lancer le premier trait ou le premier quartier de rocher*.
Le siège durait déjà dfspuis plusieurs semaines sans être plus avancé que le premier jour. Persuadés enffin qu'ils ne triompheraient point de la vigilance de Mutmmole , de sa bravoure et de sa fortune à la guerre, les généraux austro-burgondiens
(i) Greg. Tur. VU . li&.
(7.} Jd, VIL %7.
DE G051>0VALD. ^97
l'attaquèrent par un c6të beaucoup plusfaible.Muii(irnole n'était au-dessus de ses contemporains que par sa grande capacité ; dans tout le reste il était de son tiemps; il en avait les vices et l'égoïsme, bien qu'a-^ ^ec plus de mesure et de retenue que les Barbares. Pour se décider à une trahison il n'avait guère be» soin que de la juger nécessaire ou avantageuse. I^ies chefs ennemis le connaissaient et lui adressèrent un message secret pour lui proposer de leur livrer Gondovald, en lui démontrant la folie qu'il ^ avait de sa part à s'obstiner à la défense d'une <^use déjà perdue. Ils l'exhortaient à revenir à sou seigneur naturel qu'il avait abandonné pour un i.nccfnnu;.ils lui annonçaient qvie sa femme et ses enfants étaient tombés au pouvoir du roi Gon- €:ran, et qu'en persistant dans sa rébellion il met* t:ait leur vie en péril *.
Mummole ne repoussa point le message ; il se <;on tenta d'y répondre vaguement, qu'il ne pouvait s'engager à rien avant d'avoir reçu des garanties. Les autres chefs gondovaldiens qui se trouvaient iencore pour lors à Convenues étaient l'évéque Sagittaire, Wado et Çhariulfe. Le duc Bladaste- s'était évadé quelques jours auparavant. Mummole donne secrètement rendez- vous à ces chefs dans une église, leur fait part des propositions qu'il a reçues et les exhorte à délibérer sur ce
agS CONSPIHATJOIC
qu'ils veulentfaire. Ladélibëraiioii ^eslcourie; ils d^ident tous que, «i on leur garantit la vîe, ils abandonneront Gondo val d et le U videront aux as^ siégeants. Ce point arrêté , Mummote a'attend plus que le retour des messagers burgoadiens pour terminer avec eux. Les messagers revienneat avec lassurance de toutes les garanties désirées , et Mummole s'engage alors par serment à leur livrer au plus tôt la personne de Gondoyald et à se présenter ensuite par*devant le roi Gontran pour se remettre sous son obéissance. Les députés {)urgonr diens jurent de leur côté qu'ils s'interposeront pour obtenir du roi la gracede Mumittole, et que, dans le cas où ils ne pourraient l'obtenir, ilsti'eo garantissent pas moins , en leur nompn^re> la vie à ce dernier. Un arrangement semblable jtst conclu avec les trois autres chefs.
Gondovald n'était pa£ difficile à livrer; entre tant d'honimes qui étaient censés combattre poMr lui , il ne connaissait que ceux qui venaient de le vendre et auxquels il s'était abandonné sur la foi <les serments. Aussitôt après leur traité conclu, Mummole et ses -compagnons vont le trouver et lui tiennent ce discours : « Noui^ t'avons juré fidélité, tu le sais, et c'est en conséquence de notre serment que nous venons te donner un conseil salutaire. Sors de cette ville et présente-toi à tou frère, comme tu en as eu souvent l'intention. Nous venons d'avoir un entretien avec ses officJers , el
DE GOI7DOVALD. . HQ^
ils nous oot assuré que le roi n'a aucune envie de
te perdre, parce qu'il ne reste presque plus per*
sonne de votre race*.» <
A oelte proposition Gondovald, com]MreHant qu'il ^tait trahi, répondit en pleurant : «cC'est sur votre in» citation que je suis venu dans les Gaules, et j'y, suis venu avec d'inunenses trésors en or, en argent ^t en divers objets. Gk)ntran-Bozon m'en a volé xine partie; une autre pailie est gardée dans Avi» ^non. Sauf l'aide de Dieu, j'ai placé «n vous toute Bnan" espérance , et c'est par vous que j'ai voulu régner. Maintenant c'est à Dieu que vous avez affaire j et s'il y a de la fraude dans vos discours , que Dieu soit juge entre vous et moi. » Mummole prit laparole pour le rassurer. « H n'y a point de fraude dans nos' discours, lui dit-il; à la porte de la ville sont dès leudes du roi , des braves qui attendent fx>n arrivée. Seulement, pour n'avoir point un air tie jactance , quitte ce- baudrier d'or que je l'ai donné ; rends-moi aussi mon épée et reprends la tienne. ]» Goxulovald s'empressa de le satisfaire et lui rendk le baudrier et Tépée en lui disant : « Ce n'est'pas sans de tristes soupçons que j'eutends ce* paroles et que je me vois dépouiller d'objets que j'aidais tenus jusqu'à présent pour des gages de ton cimitié. » Mummole persista à lui affirmer qu'il ne lui arriverait <rien de fàcbeux.Gondovald, cédant à la nécessité, se laissa conduire à l'une des portes.
(i) 1(1. loc. cit.
3oO CONSPIRATIOir
de la ville où Fattendaient OHon^ comte de Bourges, et le fameux Gonlran-Bozon. Mummole les aborde, leur remet sofi prisonnier entre les mains, et 9 retournant sans mot dire sur ses pas avec son escorte, il rentre dans la ville dont la porte est aussitôt refermée. Il n'ëtait point assez barbare pour souffrir la vue de ce qui allait se passer^. y>
Gondovald, se voyant au pouvoir de ses ennemis , leva les yeux et les mains au ciel en disant : a Juge éternel, vengeur des innocents, Dieu dont procède toute justice et à qui le mensonge déplait, je te recommande ma cause et te prie de me venger de ceux><{ui m'ont livré innocent à mes ennemis! » Après avoir prononcé ces paroles il fît le signe de la croix et se mit en marche en avant de ses gardiens pour gagner le bas de la mon^tagne, autour de laquelle Tarmée entière des assiégeants était rangée pour l'attendre. Il marchltit sur une pente escarpée et raboteuse , lorsque le comte Ollon , qui se trouvait le plus près de lui, le poussa violemment et le jeta à terre, en criant à ceux qui les regardaient d'en-bas : « Voilà votre fiallomer , voilà celui qui se diffils et frère de roi.» Là-dessus, et avant que Gondovald se fut relevé, il le frappa au dos d'un grand coup de lance; mais le coup, amorti par une cuirasse , ne blessa point Gondovald qui, déjà debout, gravissait rapidement la
montagne comme pour regagner la ville. Gontran-
(i) 1(1. \ov. cil.
DE GONDOMLLD. 'iol
Bozon ne lui en laisse point le temps; saisissant une lourde pierre , il la lance de haut en bas sur la tête de Gondovald, qui tombe , le cerveau fracassé et mort sous le coup.
A peine fut-il à terre que tous les Burgondiens se précipitèrent sur lui; chacun voulait luj porter son coup ou lui faire son insulte ; on lui arrache la barbe et les cheveux ; on le traîne par tout le camp, attaché par le pied à une longue corde, el quand la soldatesque est lasse de jouer avec ce ca* davre, elle l'abandonne sans sépulture a'u milieu de la plaine*.
Il parait qu'aussitôt après sa mort un agent de Frëdégonde arriva dans la ville des Convennes, avec la commission secrète d'aider Gondovald à se sauver et de lui (aire de sa part, les promesses les plus capables de le décider à se réfugier auprès d'elle. Cet intérêt que Frédégonde prenait au sort du malheureux aventurier est un mystère de plus dans la conspiration et la destinée de celui-ci^.
Suivant la convention de Mummole avec les Âustpo-Burgondiens, la ville devait être ouveite à ces derniers le lendemain au point du jour. Les Gondovaldiens' passèrent la nuit à piller les églitses et à cacher leur butin; le jour venu, la. ville fut ouverte aux assiégeants; il s'y trouvait encore, outre les soldats de Mummole , quelquesHun^ des habi*
(i) Id, loc. cit.
(a) Id, VH. 39.
3oQi CONSPIRATiOlf
tants que ces derniers yavaleotsaos doute retenus on ne sait pourquoi. Gondovaldiens ou Con venues, tous furent massacrés sans distinction, sans excep* tien et sans merci. Les prêtres eux-mêmes ne furent pas épargnés; les Austro-Burgondiens les égorgèrent gtu pied des autels. Quand ceux-ci se furent bien assurés qu'il ne restait pas dans la ville une seule créature vivante, ils y mirent le feu , et bientôt il n'y eut pFus un édifice debout ; palais ^ maisons, églises, remparts, tout cela ne fit qu'une seule et même ruine K Ce ne fut que cinq cents ans après qu'une nouvelle ville des Convenues , sous le nom altéré de Comminges, fut bâtie sur le site de l'ancienne.
Après ce carnage et cette destruction, les généraux austro-burgondiens redescendirent dans leur camp, où ils conduisirent Mummole et ses compagnons. Ils avaient déjà expédié un message au roi Contran, pour le consulter sur ce qu'il fallait faire de ces dangereux prisonniers, et, malgré la foi donnéede leur sauver la vie, déterminésàiaire d'eux tout ce que le roi en ordonnerait. Il ordonna de les tuer; Wadoet Chariulfe s'étaient évadés un peu avant l'arrivée de cet ordre; mais ils avaient livré àLeude- ^sile leurs fils pour otages, e% l'ordre venu, ceux-ci
(i) PMtquam aviem «anotos interfcoemiit, ut aon rtmantrcl iniugeos ad parietem, omnem urbem cuin ecclesits reliqubque sedificiîs succenderunt, nihil ibi praeter humum Taciiaa rtlinquenles. Greg. Tur. VII. 38.
DE GONDOVALD. 3o3
s%ont mi& à tnort uu lieu de leurs pères. Le bruitde oette exécution 'vient aux oreilles de Mummole qui oomprend par-là quel sort l'attend ; il s'arme aussitôt comme pour un comhat et court à la cabane qui servait de tente à I^ud^esile. Celui-ci lui demande oe qu'il a et ce qu'il veut. « Je vois que Ton ne tient point, les paroles données, répondit-il ^ et je suis ici en péril de mort. » Je sors^ répliqua le général h>urgondieif>, et je vais donner des ordres pour ta sûreté. » Il sort en efiet , mais pour commander aux premiers isotdats qu'ail rencontre d'entourer sa caiDane et de tuer Mummole.
11 ne restait plus à celui-ci qu'à faire une fin digne de ses beaux jours de guerre. Seql dans la i^abane èù ii est assiégé, il se défend long-temps €^t tient à l'écart 4es plus liardis, A la fin tentant un effort désespéré, il, s'élance hors de la cabane oomnEie pour se faire jour à travers les assaillants ; nriais frappé au même instant d'un coup de lance clans chaque flanc ^ il tombe et meurt.
I^'évéqueSagittaire, présent à cette scène, essaie à
la faveur d'uw déguisement de s'enfuir et de gagner
Une foret voisine; mais il est suLvide près par celuî
même qui a eu Tair de vouloir le sauver en l'aidant
à se déguiser^ et qui d'un coup de hache lui abat
la tête avec le c2^uchon dont elle est enveloppé^^.
Mummoie ndort, la conjuration dont il avait été
le chef à la fois politique et militaire, et dont il
(i) /(/. loc câC
avait peut-être eu seul tout le secret y était auëanlie* Les divers détachements dont se composait l'armée austro-^bqi^ondienne, qui venaitde détruire la ville et de dévaster le pays des G>nvennes^ eurent alors la permission de retourner chacun dans son pays, et chacun y retourna comme il en était venu, ra* vâgeant , pillant et massacrant dans le trajet.
D'après l'ensemble des faits relatifs à Goudovald, chacun pourra, ce me semble , aisément se persuader que ce mystérieux personnage se croyait de bonne foi ce qu'il était très probablement, le fils de Clotaire I". On trouvera plus difficile de se faire une idée de son caractère et des vues qui l'avaient déterminé à une entreprise aussi hasardeuse que celle où il périt. Au rapport de Grégoire de Tours, il avait reçu dans sa jeunesse une éducation distinguée, et, comme on disait alors, il avait appris les lettres. Son long séjour en Italie et à Constantinople , ses relations fomilières avec les hommea les plus distingués de l'Empire d'Orient, avaientachevé de polir ses mœurs et d'effacer en lui tous les traits de la barbarie native , pour en Êdre im homme de tout point civilisé, mais plus amolli :peut-etre.qa'il ne convenait au succès de ses projets; La iacilité avec laquelle il se laissa entraîner dans une grande tentative oii il ne pouvait rien parJtii^méme, où tout sofn rôle se. bornait à être l'instruflaent docile des ambitions les plus disparates et les plus gros^ sières, dans une tentative où tout dépendait poui" lui de la foi d'hommes connus du monde entiei ^
pcmr n'en pas avoir y autorise à lui suppoier tide TarnlHlioix , mais peu de bon sens et même peu de fierté de caractère.
Il avait deux fils qui l'avaient suivi de Constantinople en Gaule ^ mais dont il n'est point question durant tout le cours^ de sa conspiration. On voit seulement qu'après sa mort tous les deux étaient en Ëspaigûe, où il parait que leur père les avait envoyés par précaution , avant de s'enfermer dsins la ville de» Convenues. Ils trouvèrent«ans doute quelque appui chez les Yisigpths; car quatre ans après la chute dç Gondovald, ils faisaient encore ombrage au roi GpntraUy qui parut jun moment craindre que Brunehaut n'eût le projet d'épouser l'un des deux.
Et ôe souci ne fut pas le seul qi même le plus grave quela conspiration de Gondovâld, bien que Imprimée, laissa au roi de Bùrgôndie. Tous les conspirateurs n'avaient pas péri; plusieurs s'étaient Sauvés à temps : \Vado avait trouvé un asile en -Austrasie auprès de la i*eine Brunehaut; Cbaipiulfe s'était réfugié dans réglise de SaintrMartin , et Didier, plus puissant et plus fier, s'était renfermé avec Sa famille dans je ne sais laquelle des places de son duché, prêt à repousser par les armes quioônqiie Oserait l'attaquer. D'autres avaient pris d'autres tïioyéns pour se soustraire à là vengeance de Goo^ '^ï^n, et se donner le temps de traiter avec lui.
(i) Gfif..Tiir. nL nd. 3^ .
n. ao
So6 COimiAATKMI
Enfin y ptrmi ks odngpiratetm impiuilf ^ tfe Mbv vaient la plupart des évéqueâ et VkqaîU&ne^ i}iiel ques-uns du royaume de Burgondie, et T\iéodûfê celui de liforfleilie.
C'était à tous ees derniers que Cionfran pardmi nait le nniina d'avoir secondé la tentative de Gofl dovald ) et il avait foroié en kii-méme le projet ë*ei envoyer un grand nombre en exii. Cependa^it^ n*o sant point prendre Tînitiative desa venf eaocf^ Il « contenta de iraiteir durement ceux de ces évéqoe qui se présentèrent à hii pour obtenir leor .pmnB et de les ajourner a nn concile qui fut convoqué i Màcon pour le mois de novembre de la mém année (585)^ concile où les évéquet âcca^s de vaient être juges par le corps des évéquea di royaume dé Bui^ondie.
Ce concile s'assembla en effet au lieu et au tenp convenus; il prit une aorte de parti mitoyen entr le désir de ne point trop déplaire au roi Gont» et le projet formel de ménager les éyéquea aceciséi Parmi ces derniers ^ l'évéque deCahortf^ Uiteîsinioi fut le seul puni ^r une suspension et une pén tence de trois ans. Ton» les autres furent absoi et rentrèrent en grâce auprès de Contran , qui n*oi pas être plus sévère que le concile. Après s^éti ainsi soutenus les- uns lés autres dans cette drcoBi lance critique, les évéques intervinrent en fiivei dcB conspirâtetirs taïca dont le sort était encore il décis ; et en particulier en faveur du duc Dtdie: qu'ib présentèrent à Gontratiw Le ciuc a'^en retoun:
Bl, GONBOVALD. 3o7
pardonne et comblé dos bonnes grâces et des pré^ sents du roi; mais comme nous le verrons bientôt^ cette clémence n'était pas désintéressée^.
Enfin, pour achever de se réconcilier avec les évéques qu'il avait un ihOm^nt effarouchés par ses menaces , Gontran distribua entre les églises de son royaume la part qui lui était revenue des trésors de Mummole. Car, aussitôt après la condamnation du rebelle, sa femme avait été arrêtée et contrainte à découvrir le lieu où il tenait ses richesses. On les réputait immenses et on les trouva encore audessus ^e ce qu'on les réputait ; elles consistaient en û5é talents d'afgent et 3b talétits d'ôr; la moitié de tout cela fut dontiée à Childebert.
(i) M Tffl. ao.
TENTATIVES DES FKANKS POUR COMPtlÎTER LA COITqvtTE DE LA GAULE. ; — GU£|IR£S CONTRE LES VISIGOTHS, — CONTRE LES BRETONS. — EXPÉDITION CONTRE LES LOMBARDS.
La conspiration tramée au nom de Gondovald avait amené une réconciliation passagère , un rapprochement accidentel des impulsions divergentes et des intérêts opposés entre lesquels se traînaient péniblement la conquête franke et les gouvernements nés de cette conquête.
Brunehauty Chiidebert, ou, si l'on veut, les tuteurs de Childebert *et les autres leudes austraiiiens qui avaient trempé dans cette conspiration , y avaient trempé dans des vues très diverses. Les uns avaient voulu la tourner contreChilpéric, d'autres^contre Contran; à plusieurs elle avait paru un moyen de relever l'Austrasief de l'état de faiblesse oii elle était tombée depuis la mort de Sigebert.
Les leudes neustriens ou burgondiens qui Ta-— vaient secondée dès le principe^ ou plus tard etz^ lorsqu'elle avait déjà éclaté, y avaient vu une occa — sion de restreindre ou de contenir ce pouvoir mo— *
GUERRES DIVERSES DES FRAlfKS. Sog
Darchique dont ils se défiaient et qu'ils craignaient de pins en plus.
Enfin y dans l'avéneinent d'un chef civilisé , protégé par Tempereur d'Orient qui s'était peut-éfre flatté de recouvrer par lui quelque pouvdir dans la* Gaule j les chefs ecclésiastiques ou laïcs des Aquitains avaient vu la chance de secouer ou d'alléger le joug de cette domination franke sous laquelle leur contrée devenait de jour en jour plus agitée, plus malheureuse et plus barbare.
Une fois Gondovald mort, toutes ces prétentions diverses 9 tous ces intérêts contraires des rois, des JLeudes franks, du clergé et des Aquitains qui s'étaient un moment compliqués ensemble, se dégagèrent l>ien vite les uns des autres pour reprendre tous leurs tendances opposées.
L'état général de l'empire frank, après le dernier^ ^soulèvement de l'Aquitaine, n'était pas, de bien s'en fallait, un véritable état de calme; mais telle ^tait au moins la situation respective des trois voyaiîmes dont se composait cet empire , qu'il n'y ^vait aucune chance bien prochaine de guerre entre ^ux.
L'alliance que Contran avait contractée avec Childebert , dans la crise de la conspiration gondo* >raldienne , fut confirmée de la manière la plus solennelle, au mois de novembre 687, par le fameux traité d'Andelot, dans lequel Gontran garantit de ^nouveau à son neveu l'héritage complet du royaume de Burgondie et toutes les autres concessions qu'il
3lD GITBBWS DIVSI|«E3
lui avait déjà faitef en 5S$* Qrmieb«m iiit^pvi«( comme partie dans ce nouveau traité, piqr l^qufl elle te récaacilia av€o 1^ roi 4e B4rgioQfUe 9 mfiytnnatftt la ebnatioQ oa la re^titatio» qù# lui fit q^uin;! de cinq yiHt^ de l'Aquitaine oii de la Yateonia , à qudquetrUQes desquelles elle avait des dwit^ à «ai* sap de son douaire. C'étaient Bigarre, Lascar ^ ficM^ deanx^ Limoges et Cahors^* Elle fut mise umiAr diatenfient en posaession de oette deraièpe; mais pour les quatre autres , il ûit oonvann qvCjfUA^^ ne lui seraient wndues qu'après la mort de' Qpntrab. H y s^vaity eomme nous le verrons hientdky quelque chose d'illi|si»re dans oelte restitutiopi waU Imi* nebmMts'en tint pour contente eftlapaii^nfiitpllii solide entre }es rayaumea de Burge^die et d'Anstrasie.
Ge dernier royaume ayant ailnsi reeouvréf du moin& en ps^tie, son indépendtfnoe et ses foraes, Brunebaut el Cbijklebert en aui^ient prôf^ volen? tiers pour attfiqner la Nenstrie et se vfmgende Fi^ dégonde contre laquelle iU. avment mamls gn^, anciens ou nouveaux; mais f en sa qmUtéf de Miteuf
de Clotaire II , Gontran avait intérêt à ménager la Neustrie, où il exerçait un certain ppuvoiv et où il ac^wait à devenir complètement le mettre* Qi^ CkSrdeb^rt et sa mère qui s'étaieni engagés eQvws GKuhtran à ne rien faire d'inq>orta)lt sans sûa eomili
et auxquels il imlKirtait de tenir parole , tU
{t) Oetiwf. Imi Wlè» UL sou
DES VBAir&fi. 3|f
nui^nt par c$itfi con«idératiop d'une guerre ou leum ressentiiMflto peri^onoeU auraient été secondés par la tendance nationale de« Auttra^iena»
A k mort de Cliilpérîc , la Neustrîe , quelque tempe le idu§foi*t de§ troi» royaumet ûranki, en éttin tout d'un coup devenu Je plus faible. Ce n'était pae la &ute de Frédégonde ; cette (émvAe eiLtraordinaire exerçait ënergiquemeut le pouvoir royal au nom 4e «on filft Qptaire et «'opposait avec autant de persévérance que d'habileté aux vues ambitieuses de Gc^ntran sur la Neustrie. Ëqtrenielant à^ropos les ménagements et la fermeté f elle contenait bs leudy^ ii^ustriens dansrla soumission j, et avait réuasî à Élire noiàmer maire du palais ce même LandrÂc que dea. bruits publics avaient signalé .comme son amant^ et. comme te meurtrier de Qûlpéric , «Miis daftalequei elle n'avait vu, elle, queTbomme brave, actif et dévoué dont le pays avait besoin dans des coflfonctures difficiles. Telle était enfin b situation de la Keustrie t que ce royaume, capaUe encore de somtenîr la guerre, ne pouvait cependant guire4tN tenté de la iaire*
0a)ns cet état de chosesi ce qui reetait aux jraîs franl^ |l'M:4eur belliqueuse et conqiiérattte deviatt natuMUemeat m tourner à d'autres giiefrei qu'à det f^erres inteatinea mr de parent à parent 6on^ tfPto enlfeirît d» icompiéier la eonquéte de la Gaule pof ht AMaeiiskm de la SepÔmanie et delà Bretagne. Childebert, qui arrivait à l'^ge d'aimer la guerre et de la fieiire, résolut de descendre de- nouveau en
3lft GUBRRES biVERSES
Italie y pour y attaquer sérieusement les Lombards qu'il n'avait voulu jusque là que rançenner. Je dé* crirai ces diverses^ expéditions avec le détail néces* saire, pour en faire ressortir les graves résultats qu'elles présentent pour l'histoire des Fratiks et de la Gaule sous leur domination.
Les dernières hostilités entre les Franks et les Visigoths dataient de Tan Sya ; elles n'avaient pas été à l'avantage des premiers qui y avaient 'perdu Lodève et son territoire. Le motif pour lequel Gofr tran reiprit cette guerre suspendue quatorze ans était indubitablement de conquérir la Septimanie; car, comme il disait lui-même 9 « c*était une honte « pour les Franks de souffrii* que les limites de ces « horribles Goths s'étendissent jusque dani^ la « Gaule *.» Toutefois il croyait avoir besoin d'un prétexte pour les attaquer ; mais ce prétexte y il le trouva aisément.
Vers l'année SSo, Ingunde, une des deux filles de Brunehautetde Sigebert, avait été donnée pour femme à Herménegilde , fils de Leuvig^lde, alors roi des Yisigoths. Ingunde avait pris sur son mari un ascendant dont elle usa pour le convertir au catholicisme; or, cette conversion avait brouillé[Herménegilde avec son père et l'avait jeté dans lé parti des Grecs encore alors en guerre avec lès Yisigoths pour la possession dé l'Espagne. Battu et pris par
Leuyigilde> le jeune révolté n'avait d'abord été,
(i) £ù.ùi.yiL3o.
DES FRANKSi 3l3
condamné qu'à l'eKii ; mais bientôt après son père
s'était ravisé et l'avait fait mourir. Le sort d'Ingunde
n'avait guère été plus heureuft; avant d'entrer en
guerre ouverte contre son père, Hérménegilde
l'avait coafiée aux Grecs ses alliés; ceux-ci ne sachant
plus que faire d'elle après la mott de son mari^
vivaient décidé de la conduire à Cônstantinople à
X'empeçeur; mais elle était morte en Afrique et
oomme prisonnière entre leurs mains ^. Goiitran
imputa sa mort à Leuvîgilde, et ce fut sous prétexte
<ie la venger qu'il déclara la guerre aux Visi-
gotfas. ,
Levant contre eux toutes les forces de son m'oyaume, il envoya d'abord sur les côtes occiden- ^tales de l'Espagne une flotte probablement partie cie Bordeaux , et qui avait l'ordre de descendre en Cîalice pour la dévaster, tandis que son armée de t:errë envahirait la Séptimanie par plusieurs points ^ la^fois. .
Les milices du royaume de Burgondie, composées tant dé Bui^ôndiens que de Franks et de Gallo- Homains, passèrent les unes la Saône et la Loire, les autres le Rhône, pour descendre dans la partie orientale de la Séptimanie. Là, renforcées par les Arvernes, elles entreprirent le siège de Nimes. Cette portion de. l'arriiée de' Gontran était com- :Knandée par un duc gallo-romain, probablement gtuvemeur de. la Provence bui^ondienne, lequel^
(x) Greg. Tur. Hist. V. 39. — VB43.
3l4 GUEUAAS PIVEESES
à #Qii Qom latio da Calonmiosusi joignait le surnom
J41 popalatioa militaire de i'^uitaioa (4oni «ou» iui$6 à GooUrf n.y c'est^-dir^ çeUe da fiouigaa, de Saiut^fiy df périgueujL, d'AjDgouléfiie et d^^UAÎeurs 4utres villes, se porta de son côté 4ur C^K^aiiaoQiie* Ues ToulouAaips, et eu géoéral les Aquitaiiift méridionaux, ne prirent aucune part à )'e(pedltipii«,
I^es iavçes burgondienn^^ ëubouèreuit partout; et d'abord la flirte, au Ueu de déi^ii^er la Qaliçet CQiBine elie eu avait la oonugne, fut liorrihlement maltraitée par les Visigolhs. La plupart des vai**
sîtaux furent d^ruits, et les homuies qu'ils portaient taillés en pièces ou faits piisonniei». Il n'y eu eut qu'un petit nombre qui parvinrent k^ a^^ver «ur de légers bâtiments et vinrent moonter ea Gaiule U perte 4e tout le reste .
La portion de l'arma qui devait prendre Intimes s'effraya bientôt de iq^diflicultë de l'entrepriàeK |iHe
se contenta de tout dévaster aux euviron^^ de détruire les moissons, d'arracber les vigneai^'abathrt le& oliviers par >e pied, et alla aumeâsivament mettre le siéJi^ devant plusieurs autres viUes des plus voisiiies. Toutes étaieat fortes, bien apfmh' visionnées, bien gardées, et aucune ne fat priât. Un ^ul château dont eo ne dît pas le fiem traitaaveu les asaiégeanta et leur ouvrit soi parles, à oon»— dîtion qu'il n'y obérait fiiit aucun 8m4; mm kt Bu#—
(i) Greg. Tur. Hist. Yllt. 3o«
JXBB F^AKI^S. 3l5
goodîâos n'y furent pas plut4^t entrés^ qq'Us mir^Pl tputau pîU^e at emmeofrippt 1^ babitmils pri« spDm6r&, Çefut là Tupique ^HplQÎt d'Jlil^ AQinbreuw armée qui «vcUt plusieurs ducs à m tête} lè$ (U(£év r^flte corps dont Me était coinpose^ se r^tirèreot ]|it4«6sus, chacun de sqi| c6ta^.
Ce qui arriva à l'armée de Carca;&sonne est plus singulier, mais plus obscur et plus vi^uement r^ cQfité p^ Grégoire de Tours. II. par^trail, d'après 1^ récit du bon évéque, que les Aquitains vepus^ à Carcassioune pour, en faire le siège y iHrraient entréa ^W tirer Qècl^e, les liabiMwts leur ayant ouvert l^ur<s portes de pleiq gré et de lûanière à ^re soup- ^gpnoer qu'ils étaient d'idtelligenoe. . avec eui^ Ce^ ]^ei^dant la suite répondit fnal % un tel délwt. P^r Tip fciruaque çb^ingenient que l'b^stoire n'eiqpliqua pas,, puiis^probablçin^nt occasionné par rinsoleno^ de l'armée bui^ondicnAe > cette aro^ sie vit m q^qu^ instants r^jetée h^^^ dcis murs de Caiy oassonne ; les portes furent refermées sur eila ed ^e% YiMg%tbs pati^uf^nt de (eûtes p^rtsàleiu^ postes, sn/ff }e# terrasses de leurs murs et sur ies cinies 4^ lem^ loursy prels^àt défendre jusqu'à l/a, deroi^
eiitrénHté une tiUe qu'ils venaient 4^ Hvrer^ il n'y
Olaji» le premier tran^K^rt de U^ur «plère, les bomm^ de^tktnM^ tientèraiEit 4e vefMrendve lapfaice
(i) Gregor. Tur. Hist. VIII. 3o, (a) Id, loc. cit.
3l6 GUBRRBS DIVERSES
d'assaut; ce ne fut pour eux qu'une honte de plus. Terentiolus , ancien comte de Limoges qui , selon toute apparence commandait cet assaut , ayant eu la tête écrasée d'une pierre lancée du haut de^ murs/ les Aquitains découragés s'éloignèrent en tuïnulte de Carcassonne et reprirent par bandes détachées la roqte de leurs foyers; mais la retraite même ne tarda pas à leur devenir difficile. Les Goths enâbus-* qués de tous côtés sur leurs pas, les assaillaient, les dépouillaient et les égorgeaient sans risque et sans fatigue. Ils euretit encore plus à souffrir des Toulousains j sur le territoire desquels ils avaient commis de grands dégâts à leur premier passage et qui pour lors sûr leurs gardes , et n'ayant plus à faire qu'à des fuyards consternés, leur rendirent avec usure le mal qu'ils en avaient souffert. Beau* coup de fuyards périrent avant de regagner la terre natale; la plupart y arrivèrent dépouillés du leur, et pas un ne revint avVe le butin qu'il avait fait sur autrui^.
Mais si le désordre, la misère et l'indiscipline furent grands pour les Aquitains , il n'y a pas de termes pour décrire toute l'horreur du désastre de l'armée burgôndienne qui avait fait le siège de Nimes. Comme cette armée avait commis à son premier passage toutes sortes de violences et de brigandages , comme elle avait brûlé partout les moissons et les récoltes, détruit ce qu'elle n'a-
(i) Id. loccit.
DES FRAITKS. 817
vait pas consommé ou pillé , elle ne trouva plus à son retour ni population pour la recevoir^ ni provisions pour se nourrir. Beaucoup d'hommes tombèrent morts de faim le long des chemins, d'auti*es périrent au passage des rivières; les plus vigoureux ou les plus féroces s'entr'égoi^eaient pour s'arracher le peu qu'ils rencontraient çà et là, ou de vi- ^vres ou de ce qui leur en tenait lieu. Grégoire de Tours dit qu'il y en eut plus de cinq mille qui péri- Tent de la sorte, de la main de leurs compagnons ^. De retour de cette expédition , les ducs qui y avaient commandé n'osaient paraître devant le roi Gontran, tant ils le savaient indigné de tout ce qui s'était passé. Ils se réfugièrent dans une église, et il fallut leur donner des garanties pour les déterminer à se présenter au roi et à subir un examen solennel de leur conduite. Gonlran convoqua pour cet exaiaaen quatre évéques et plusieurs leudes devant lesquels il accusa lui-D^fne ses généraux. Le discours que lui fait tenir à cette occasion Grégoire de Tours et la réponse qu'il y fait faire par les accusés sont également caractéristiques et du plus haut intérêt historique.
<K Comment serons-nous victorieux à la guerre, dit le roi^ nous qui ne savons pas conserver ce que nos pères ont conquis? Nos pères bâtissaient des églises, mettaient leur espoir en Dieu, honoraient les martyrs, respectaient les prêtres, et voilà
(i) Id* loc. cit.
S-f ê GUBUàlES UlTiftSBS
cottunMt ils remportèrant des vidtdlMé^ «cttUnetit aveé l'Aide de Dieu , artné^ du gUnte et cômreiis du bouclier, ils souiiiireiit les iiatldttà eliliêttties. Hiiis nôtis, tion-seulement Doiis né èmigitidns pas Dieu; nous dëvastons ses temples , noiis tHotls ses prétt^ et nous brisons ou dispersons détisoirement les reli(]ties des saints. Voilà potfi>qiibi tios mains sont débiles y pourquoi notre ëpée hé taille plbs, î>ourquoi notre boudier ne ttous couti'^ plus cotnftie autrefois. Si ces malheurs sont ma faute, que Dieu en fasse tomber la punition sur ttia tète: mais si c'est tous cjui méprisez l'autorité royde <jui n^ligez mes ordres , c'est sur rotre tête que
la hache doit tomber: Un des chefs puni setri u exemple pour toute l'armée. »
Les ducs accusés répondirent : «Excelleilt roi toutes les choses que vous dites sont traies ; mai que pouTons«-nous faire quand le peuple entier es tonibé dans le vice et quand chaque individu s complaît au mal? Personne ne craint le roî; per^ — sonne ne respecte ni duc ni comte ; et si par hsc — Sard il est quelqu'un de ceux-ci à qui les désofdre-' déplaisent et qui cherche à les réprimer potir prolongation de vos jours, aussitôt le petipte e^* ^ en sédition , aussitôt s'élève un tuminlte ; <^en^^ s'emporte contre son seigneur; chadûn cherclie ^ itti imposer silence comme s'il y albif de sar proipr" '^ yîe«.»
(x) Id. loc. cit.
»n Fiunt. ^ %t^
Gsttt diâaunon constate solraneUeitieiit \m perte de toute discipline militAure et de tout sentimeM soûnl pArmi ke Ftenks; mais elle fie fait point aSset: sentir ce qui se verra midix par .la Alite des événements^ que Texelnple du brigandage était descendu des çhefà aui soldats et des forts aux faibles. Dcr reste ^ elle n'aboutit à rieh Contre ceux dont la oôndttite Ta vait provoquée.
Tandis que (^trtû disputât avec ses généraux sur les causes de leurs défaites^ le jeune Heccvède, fils de Leuvigilde , arrivait d'Espagne avec ul>e puiâsante armée de Visigolhs, à la tète de laquelle il se porta ou il:voulut| assuré de ne trouver de résistanw nulle .part. Il s'avança d'abord par Cap- OBssonne jusqu'à une forteresse déa^née par le Dom de Cab-Âret {^Caput^jirietis)^ qui parait u'»* voir été autre que le lieu aujourd'hui ncNnmé CaSiteluaudari, le prit et de là se jeta sur les terres des TouldUssûns^ où .il fit le dég^t et d'où il enleva beaucoup de prisopniers. Prenant ensuite la direcr tien de. l'est , il descendit jusqu'au Rbène et s'em^ para du cbateau d'Ugernum^ sur la rive droite du fleuve 9 menaça un moment la viUe d'Arles^ et^ revenant sur ses pas^ fit halte à Nimes avec sou armée tictorieuse. Contran ^ ccostemé du désasire de ses armées et inquiet pour la Provence ^ ne put dans k moment rien fidre de plus pour en assurer la défense que d'en changer le gouverneur. Il en éloigna ce Calomniosus, qui s'était ai molfement
3ftO GUSllBES Bimsis
comporté devant Nlmes^ et nomma à|sâ placs le duc Leudegesile, le même qui avait commandé habilement ou du moins heureusement Fexpédition contre Gondovald ^.
L'année suivante (586), Leuvigilde, quoique victorieux, proposa la paix à Gontran. Gelui-ci la refusa et les hostilités continuèrent ; mais on n'en a point le détail. On sait seulement que Reccarède s'établit à Narbonne, d'où il fit maintes excursions sur le territoire des Franks sans y rencontrer de résistance. -
Ce ne fut qu'en l'année 587 que Gontran put prendre des mesures pour pousser plus vigoureasement la guerre contre les Yisigoths. Les Toulousains, comme je l'ai dit, n'avaient pris jusque là aucune part à cette guerre. Après la catastrophe de Gondovald, la ville et le district de Toulouse, qui dépendaient de la Neusirie, étaient restés sous le gouvernement particulier de leur ancien duc Didier; mais il y a tout lieu de penser que celui-^i n'était rentré en grâce avec le roi Gontran qu'en s'engageant à le reconnaître pour souverain , soit en sa qualité de tuteur de Gotaire II, soit simplement comme roi de Burgondie* Toujours est-il certain , à quelque titre que ce fût, que Didier servit Gontran, de tout son zèle et de toutes ses fores, dans la campagne de 687 contre les Yisigoths,
- [i) Jd» loc. cit.
D£fr PRANKS. 32 1
el tout aauonce qu*il prit ce parti de lui-même et sans consulter le gouvernement de la Neustrie.
Didier se mît en marcLe avec les hommes de son duché et çn compagnie d'Austrovald ^ qui était sou$ lui comte de Toulouse. Leur objet était de «'emparer 4ie Carcassonne; mais leurs préparatifs ayant fait du bruit, les Visigoths avaient eu le loisir de s'apprêter à la défense. Les Toulousains reu^ contrèrent un corps de cavalerie ennemie en avant de Carcassonne y rattaquèrent, et, l'ayant mis en fuite, le poursuivirent vivement. La plupart d'entre eux lassèrent leurs chevaux à cette poui'suite; mais plusieurs s'y obstinèrent, et ceux-là, ayant à leur tête le duc Didier lui-même, arrivèrent avec les fuyards jusque sous les murs de Carcassonne. Du haut de leurs tours les hommes qui le& gardaient, voyant le petit nombre d'ennemis engagés à la poursuite des leurs, sortirent impétueusement de la ville , enveloppèrent de tous côtés les Toulousains, qui presque tous, furent tués sur la place et Didier l'un des premiers» Ceux qui échappèrent, ayant rejoint leur corps d'armée, y racontèrent qe qui venait de se passer. Apprenant la 'mort de son chef, J'armée ne jugea pas à propos de s'engager plus avant dans une expédition où elle n'avait aucun: intérêt propre et se retira sans avoir vu Carcassonne. Le comte de Toulouse , Austrovald , se rendit eh diligence auprès du roi Contran pour lui demander d'être fait duc à la place de Didier, et il le fut, nouvelle preuve de lautorité de fait ou
3aii GUERRES DIVERSES
de droit , que Gontran exerçait alors sur FAquitaine neustrienne^.
Voilà tout ce que dit l'histoire de cette troisième invasion de la Septirnauie par les armëes de Gontraa. Reccarède ne parut point cette fois à la tête des Visigotbs^ il avait été retenu au-delà des Pyrénées par la maladie et par la mort de son père Leuvigilde y auquel il venait de succéder. Â peine reconnu roi, il se hâta d'envoyer des ambassadeurs à- Gontran et à Childebert. A celui-ci il demandait la continuation de son amitié; à Gontran il pro'po — sait la paix et son alliance. Childebert,* ou, poui — mieux dire, sa mère Brunehaut reçut favorable ment le message de Reccarède dont elle était 1 sœur du côté paternel ; mais Gontran ne daigna pa même voir les députés; il chargea un de se» leud d'entendre leurs offres et de les rejeter*.
Ce fut bientôt après cette première ambassad que Reccarède passa de l'arianisme au catholicisme* et détermina par la sienne la conversion de la plupart de ses sujets visigoths. Il pensa sans- dont que son titre de catholique rendrait ses proposi tions plus acceptables aux rois franks et envoy de nouveaux ambassadeurs à Brunehaut et à Goi»tran; il demandait pour femme à la première C\c^ doswinta sa seconde» fille, et renouvelait k Gontnt '^^ ses oflres de paix et d'amitié.
(i) Greg. Tiir. VIII. /,5.
. (a) U. IX. i. . '
DES FRANKS. SoiS
Mais ce n'était pas tant comme hérétiques que comme rivaux de gloire et de conquête que Contran détestait les Yisigoths et voulait les chasseï* le la Gaule. Aussi refusa-t-il les propositions de \ecearède catholique comme il avait refusé celles le Reccarède arien ; il s'opposa même à ce que sa lièce Clodoswinta fût donnée en mariage au roi x>Dverti et porta plus de colère que jamais dans «s hostilités contre les Visigoths. Narhonne et ^gde étaient encore alors deux villes d!un grand commerce , avec lesquelles tout rintérîeur de la Gaule entretenait des relations suivies. Contran interrompit ces relations et ferma à ses sujets tous le» abords de la Septimanie ^.
La singulière obstination de ce roi k poursuivre la guerre contre les Visigoths et son espoir tenace de réparer ses défaites réitérées s'expliquent cette Fois par les troubles auxquels la conversion de Reccarède donna immédiatement lieu en Seplima- Qie. Athaloc, évêque arien de Narbonne et plein ie zèle pour sa croyance, s^indignant de la voir abjurer par le chef de la nation, résolut de sôuleirer la Gallo-Cothie contre ce chef infidèle. Il trouva iisémênt des ariens ardents ou des ambitieux qui, sous prétexte d'arianismc, embrassèrent ses proi ets. Deux comtes puissante, Cranista et Wildigerne, »e mirent à la tête des mécontents du pays et cherchèrent des atixîliaires parmi les Franks ou les
fil W. I<k5. cit. ' .
3^4 GUERRKS DIVERSES
Gallo-RoraaitiSyquî saisirent avidement celte: occasion de piller ou de bouleverser une province des Visigotbs. Le soulèvement fut général ; les insurgés persécutèrent cruellement les catholiques , fireni périr beaucoup de clercs , de moines et de prêtres, et sous un autre roi que Reccarède, c'en était peutêtre fait dès lors de la domination des Visigotbs en- ^ deçà des Pyrénées ; mais Reccarède accourut rapi- — dément d'Espagne, et les conspirateurs ne tinrent^.^tf pas devant lui. Les principaux d'entre eux fureni punis de mort , et la Septimanie resta aux Visigotbs.
L'historien qui nous a conservé la mémoire de cette rébellion ne dit point quelles Franks ou lef
Gallo-Romains qui y prirent part, comme auxiliai res des ariens révoltés, y fussent entrés par l'ordr ou à rinsti<^ation du roi Gontran; mais il est on n peut plus naturel de supposer que ce roi aval cherché à tirer parti d'un soulèvement si favorabl à ses vues.
Il en avait profité du moins pour faire attaque*^ par les Aquitains la frontière occidentale de la Se[>timanie. Le nouveau duc de Toulouse, Austrovald, avait marché à l'improviste sur Carcassonn&y et les habitants de cette ville, emportés sans dout^ par le mouvement général de l'insurrection arienn ^> s'étaient rendus à lui, et avaient juré entre s6S mains fidélité au roi Gontran. Dès ce mopaent la vallée de l'Aude et son débouché sur la plage na-Xbonnaise étaient ouverts aux Aquitains, et le^jr
DBS J^RAKKS. 3^5
livraient toute la partie maritime de la Septimanie. -Un duc frank j nomme fiozon , et un comte galloromain , Anthestius , avaient Tordre de se porter en avant de Carcassonne avec les milices de Saintes , de Périgueux , de Bordeaux / d'Âgen et de Toulouse, et de poursuivre la conquête commencée par le due Austrovald *.
Un historien évalue à soixante mille les hommes commandés par Bozon ^ j mais ce général était un fanfaron dénué de prudence et de capacité. Parvenu aux bords de TÂude, sous les murs de Car-
cassonne, il y campa sans précaution, sans discipline, et sans autre but apparent que celui de boire et de faire bonne chère, dédaignant tous les avis d' Austrovald qui occupait toujours Carcassonne, et auquel il ne pardonnait pas de l'avoir prise sans lui. ^
Cependant l'armée des Goths, sans doute la même qui venait de battre les ariens révoltés, se trouvait à Narbonne ou dans le voisinage. Le duc romain, Claude, qui la, commandait, ayant été informé de la marche des Aquitains et de leur position dans la vallée de l'Aude, se mit aussitôt en mouvement pour les rencontrer. Arrivé au lieu qu'il jugeait convenable à son dessein , il divise son armée en deux corps; se met en embuscade avec l'un, tandis que Vautre s'avance jusqu'au camp ennemi, le surprend
(u Greij. Tur: IX. 3i.
;^u) Ididor. Chronk.
3l6 GU£RR£S I>IV£BSES
et l'attaque. Les Aquitains courent aun armes et font (ace aux Goths; ceux-ci feignent d*abord de Tirrésolutioxl, puis ils fléchissent et bientôt prennent la fuite, poursuivis par l'année aquitaine quiVest ralliée tout entière sur leur trace* .Les fiiyards se dirigent vers leur embuscade , la dépassent un peu, et, faisant tout à coup volte-face, ils attaquent les Aquitains de front, tandis que la division embusquée derrière eux les prend en queue et les enveloppe. Le carnage des troupes de Bozon fut horrible Grégoire de Tours , plus enclin à rabattre des victoires des Goths qu'à les exagérer, avoue que le!
Aquitains eurent près de cinq mille homtties luéë:
et plus de deux mille pris K Les écrivains espiagnols ^naturellement plus favorï^bles aux Goths , parlen de cette victoire comme de la plus grande que peuple eut jamais remportée, toutefois sans pré oisèr les milliers de morts et de captifs^. Les débris de l'armée aquitaine furent poursuivis jusqu'au j^pentières de Toulouse, et Garcassonne fut immé diatement reprise par les vainqueurs. A -dater d celte défaite, Gontran ne parla plus de chasser le horribles Goths de la Septimanie; mais il persévér dans son inimitié et ne fit point formellement 1 patte avec eux.
Cette guerre ne fut point la seule par -laqiiell. ^
(i) Loc. cit. *
(a) Tïullà unquam in Hispaniîs Gk)tlioriim. vek maj^or vel simm %û extitit ( Victoria. ) Isidor. Chrooic.
GoQtran essiàya de éompléter la conquête de Ja Gaule; H attaqua les Bretons presque en même temps que les Yisigoths , de sorte que les évene* inents de cette seconde guerre coïncident ou alternent de très près avec ceux de la première. Seule* men t ce ne fut pas en son nom propre et dans l'intérêt immédiat du royaume deBurgondie qu'il fut censé Élire la guerre aux Armoricains; mais en sa qualité de tuteur de Clotaire II et dans les intérêts neus* triens. C'était une manière de disputer à Frédé-* gonde le pouvoir que cette vieille reine exerçait au nom de son fils. Aussi Frédégonde soutint-elle constamment les Bretons contre Gontran , encourageant à propos 9 tantôt leur résistance , tantôt leurs agressions^.
La lutte de ce reste des vieux Celtes contre les Franks n'était suspendue que depuis peu d'années. En 679 ils avaient ravagé et pillé le territoire de Rennes; le duc Beppcdène, qui tenait de Chilpéric le commandement de cette frontière^ avait, par représailles 9 -envahi et dévasté une partie de leur pays; mais ils avaient pris sur-le-champ leur revanche de cette excursion par une autre qu'ils avaient poussée jusqu'aux environs de Nantes et où ils avaient fait d'énormes dégâts.
La guerre recommença en 587. Vers la fin de oette année 9 les Armoricains ravagèrent de nouveau les bords de la Loire. Contran, en avant été instruit^
3lS GUKRRES DIVBRSES
envoya aussitôt à Guarocli, alors chef des Afihoricains, une grande députa tion com]posée d'évéqùes el de coitîtes, pour exiger la réparatidn 'des domniages soufferts parles Neustriens, et fit suivre fceÈte d^putation par une armée qui, en cas tle refus de la part des Bretons, avait Tordre de leur faire tout le mal qu'elle pourrait. Guaroch était un chef aussi barbare que ses adversaii*es , qui ne mettait pas au hasard d'une bataille les avantages qu'il pouvait s'assurer par une ruse ou par ime perfidie. Il ne contesta rien aux ambassadeurs de Chilpéric ;il leui^ promit mille sous de dédommagement et de s'abs — tenir désormais de toute excursion hostile sur le&terres de la Neustrie. Sur ces belles paroles^ les am — bassadeurs se retirèrent satisfaits; mais à pein( furent-ils partis avec l'armée qui les accompagnait, que Guaroch recommença ses courses et ses dégâti aux environs de Nantes*. ' • '
Irrité au dernier point de cette insolence bretonne, Gontran donna l'ordre à son armée de se remettre en marche pour la Bretagne ; mais feet ordn fut aussitôt révoqué ou resta sans exécution, d^ sorte qu'il fut constaté pour les Bretons qtle 1^^ tuteur de Clotaire II n'avait pas la force de répri- — mer leurs brigandages. Encouragés par cette con — viction, ils firent l'année suivante (588), dans le^ campagnes de Nantes et de Rennes, unertroisièm^^ irruption plus désastreuse encore que' les préce^^
(i) lu. rx. i8.
DES liAAMKS. 3'jr)
dentés; ils enlevèrent ou détruisirent, toutes les récoltes et emmenèrent captive la population de plusieurs villages.
Ce n'était pas uniquement pour le plaisir de bra» ver un roi frank et de faire du mal à des voisins qui ne parlaient plus la même langue qu'eux^ que les Bretons se jetaient si fréquemment et avec tant d^audace sur les terres de la Neu strie. Ils étaient entraînés à ces expéditions par un attrait plus direct et plus sensuel , par cet attrait du vin qui a rendu conquérant maint peuple barbare. La saison de la maturité des vignes aux environs de Nantes et de Rennes , était l'époque ordinaire de ces expéditions, et l'enlèvement duprpduit des vignes en était l'objet principal; tantôt ils vendangeaient eux-mêmes les vignobles étrangers et faisaient surplace le vin qu'ils emportaient ensuite comme un trophée dans leur terre sauvage. Tantôt ils n'envahissaient les pays à vignobles qu'après la vendange, et s'en retournaient chargés du vin qu'ils avaient laissé faire aux sujets des Franks, Quelquefois, plus pressés, ils ^'en tenaient à dévorer à la hâte, sur les lieux, la récolte des vignes,ou Temportaientsanslaconvertiren boisson. En général , dans toute cette lutte des premiers Franks çt du dernier reste des popula,tions celtiques, ce sont celles-ci qui* jouent vis-à-vis des autres le r^ôle des Barbares , qui vont sans scrupule chercher Sur la terre ennemie tout ce qui leur manque; ce ^ont eux qui ont recours à la ruse, au parjure et à tous les expédients des faibles contre les forts.
33o GUERRES DIVERSES
Ce fut seulement en 5go que Gontran se crut en iiiesure de châtier les Bretons. Il envoya contre eux une nombreuse armée sous le commandement de deux ducs 9 de Beppolène et d'Éhrachaire. Beppolène était ce même leude neustrien dont j'ai parlé tout à l'heure et à qui Chilpék*ic avait confié la marche de Bretagne. Après la mort de Chilpéric^ il était resté quelque temps attaché à Frédégondé; mais ensuite mécontent d'elle on ne -sait pourquoi il avait passé au service de Gontran qui lui avait rendu son ancien commandement de la frontière
de Bretagne 9 dont il était resté depuis en possession.
L'autre duc, Ebrachaire, était un ambitieux, j; loux de Beppolène qu'il avait résolu de supplanter et il avait fait son plan pour cela. C'était de . cher dher querelle à Beppolène, de s'isoler de lui, de h laisser battre par les Bretons et de tomber ensuiti sur ceux-ci, qu'il se flattait de trouver fatigués hors d'état de lui résister.
Ce plan réussit à merveille; Beppolène, insulta contrarié, joué par son collègue, se décida à ail quer sans lui les Bretons avec la partie de Tarm^ qui voudrait le suivre. Ce n'en iPiit pas la moitii mais il crut que ce serait encore assez pour battr^*« rennemi,auquel il marcha droit, guidé pffr un prétK:^^ breton.
L'armée de Guaroch était forte; outre les homm ^es du pays, il avait à ses ordres une bande de Saxo wns de la colonie de Bayeux qui , vétu> et tondus à fa
D£S rAàN&S. 33 1
manière des Bretons, n'avaient point l'an*, dan& leurs rangs, d'auxiliaires étrangers. C'était Frédégoride qui, prévenue de la marche de Beppolène coDtre Guarooli; avait envoyé à celui-ci ce puissant renfort.
Beppolène, aussitôt qu'il eut joint les Bretons, les attaqua avec bravoure, en tua un certain nombre et mît le reste en fuite, ou pour mieux dire, ceux-ci ayant l'air de fuip se firent poursuivre par lui deux jours entiers, et au troisième l'attirèrent dans- des marais profonds, où il ne fut pas plutôt engagé qu'ils l'enveloppèrent de toutes parts. Son armée y périt tout entière, plutôt dans la fange que par le> glaive, dit Grégoire de Tours, et luimême, quoique déjà blessé, combattant toujours au milieu d'un groupe de Bretons qui le pressaient <le plus en plus, tomba enfin sous leurs coups ^.
Ebrachaire, qui jusque là s'était tenu immobile
et à récart, apprenant la défaite et la mort de Bep-
oolène, se mit en marche avec ses troupes pour
entrer à Vannes, où il fut reçu comme en triomphe
ar l'évêque. Guaroch , affaibli par les pertes qu'il
snaitde faire durant trois jours de bataille contre
3ppôlène, vint trouver Ebrachaire pour traiter
ec lui. Il s'engagea à ne plus commettre d'hosti-
é. contre le roi Gontran , donna des otages en ga-
itie de sa parole , et se crut dès lors en droit de
îsser Ebrachaire d'évacuer la Bretagne.
^our regagner les terres de la Neustrie, l'armée de-
1 Id. X. 9.
33l GUERRES DlV£fiS£S
Goi^lrau avait à traverser la yicinone(rOust), petit fleuve rapide et profond , qui se jette dans l'Océan eatre Vannes et l'embouchure de la Loire. L'élite ^ c est-à-dire la cavalerie de l'armée, passa' la première; la soldatesque à pied, pour qui letrajetétait plus difficile, était restée de l'autre côté du fleuve et cherchait en désordre et en tumulte les moyens de passer, lorsqu'une armée fond tout à coup sur elle, tue ceux qui résistent et charge de liens ceux qu'elle trouve sans armes. Une partie considérable de l'armée d'Ebrachaire fut ainsi reconduite pri— soDnière en Bretagne ; une autre partie pour ne pas^subir le même sort, précipita comme elle put soi^ — passage et perdit beaucoup d'hommes et de ch< vaux qui furent roulés par le fleuve dans la me voisine. L'armée assaillante était celle de Guaroch commandée par Gannao son fils; c'était ainsi que 1 chef breton tenait sa parole et craignait les Franks^ Gontran vécut encore trois ans après cette der nière insulte de Guaroch , sans songer à en tir vengeance ou sans le pouvoir. Il légua cette tâche avec sou héritage, à son neveu Childebert, qu ^ poursuivit en effet la guerre contre les Bretons. I^ ' y eut en 594 une grande bataille entre ces demie et les Franks, bataille où Frédégaire raconte qu'î se fit un grand carnage des dei|x côtés , sans dir quels furent les vainqueurs. Les résultats le disen^^ plus nettement qu'il n'aurait fait lui-même^.
''1) Td. loc. cit.
( "i) Chronic. XV.
DES fRANiLS. 333
A dater de celle bataille, les héritiers de CIoYis laissèrent les chefs armoricains se comporter comme bon parut à ceux-ci, sans rien exiger d'eux et sans plus songer à les soumettre. Les Avilies de Nantes i de Vannes et de Rennes, sur lesquelles ils avaient exercé une domination réelle, bien que souvent= interronipue, dès l'or* conquises par les Brefonsy devinrent des villes bretonnes. Le cercle des inva*» sions hostiles de ce peuple, jusque là renfermé dans le district de ces mêmes villes^, s^étendit alorsjusqu'à la, Sarthe et souvent même plus loin.
Pour compléter ce tableau des tentatives de conquête des Franks , durant la période que j'ai en vue, il me reste à parler des dernières expéditions de Childebert et des Âustrasiens en Italie. J'ai indiqué ailleurs comment Childebert avait prétendu gagner les cinq mille écus d'or que l'empereur Maurice lui avait payés pour chasser les Lombards de l'Italie. Pressépar des commissaires grecs dé res-» tituer cette somme ou de faire sérieusement la' guerre dont elle était le prix , le roi d'Austrasie se décida pour ce dernier parti. En 585, il fit en Italie une seconde descente, sur laquelle l'histoire ne donne aucun détail; il est seulement constaté qu'elle «'aboutit à rien, ce que Grégoire deTouri attribue aux discordes des duos âustrasiens entré eux. j ' > ■ •■'
Trois ans se. passèrent sans que Childebert songeât à faire la guerre aux Lombards ; mais , en 588, il assembla contre eux une armée nombreuse sur