‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 23 sur 51 · II · texte numérisé non relu

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peu près le même genre et le même degré de pouvoir que dans les autres parties de la Gaule conquises par leurs devanciers.

Mais, en y regardant de plus près, on ne tarde pas à concevoir des doutes sur la vérité de ceSe conclusion, et l'on finit par trouver des problèmes historiques fort compliqués là où l'on n'avait vu d'abord qu'un fait très simple. On finit par se de-

mander pourquoi l'histoire des fils de Clotaire n( fait jamais mention de& pays outre-Garonne qu(

pour annoncer quelque expédition guerrière de ce^ s

rois contre ces pays. On voudrait , savoir surtouV^ t pourquoi et comment, à l'époque citée, les payi dont il s'agit avaient déjà perdu leur nom rofnaimr de Novempopulanie pour prendre celui d'une contrée espagnole, celui de Vasconie.

Ces questions, et d'autres qui s'y rattachent, présentent d'elles-mêmes à quiconque suit avec al tention la marche des conquêtes des Franks dai la Gaule. Mais l'histoire ne fournit, pour y répoi dre, aucun renseignement direct; ce n'est que pa^r des considérations plus ou moins accessoires qu' i' devient possible de suppléer, jusqu'à an certamn point, à son silence.

A ce que l'on suppose communément, ce (nremnt des bandes de Vascons Ibériens qui , dans le bo mileversement des irruptions germaniques, ayant ^:bvahi la Novempopulanie, s'y établirent et lui doisnèrent leur nom.

. De tous les érudits qui ont admis cette hy[>0'

thèse ^ les judicieux auteurs de Thistoire de Languedoc sont ceux qui Tout énoncée de la manière la plus expresse et l'ont le plus mise en crédit. Selon •^ux , les Vascons des bords de TEbre, ayant fait iritiption les armes à la main, dans la Novempopulanie, en Tannée 587, conquirent quelques vallées <les Pyrénées gauloises où ils se fixèrent, et aujourd'hui encore occupées par leurs descendants *.

Cette assertion est fondée sur un passage de Grégoire de Tours qui trouvera sa place dans les récits subséquents. Il sera temps alors de s'assurer que ce passage n'autorise en rien l'hypothèse que l'on en a déduite. Mais il n'est pas nécessaire d'attendre jusque là pour reconnaître combien une telle hypothèse est hasardée. Comme c'est principalement dans la vue d'expliquer un fait notoire, un fait de statistique et de géographie encore subsistant, qu'elle a été imaginée, je crois bien faire, avant de poursuivre, d'exposer d'abord ce fait.

Des crêtes occidentales des Pyrénées françaises, partent quatre grandes vallées , ayant chacune sa rivière, qui en sillonne le fond, dans une direction perpendiculaire à celle de la grande chaîne dont 'elles descendent. La plus occidentale et la moindre de ces rivières est le Nivelet ou la petite Nive , qui Si son embouchure a Ssiint-rJean-de-Lilz , dans le golfe de Gascogne. La seconde et la^ troisième sont Ja Nive et la Bidoussa , qui se jettent toutes deux

(1) Hist. j^énéralfi de Languedoc, tom. I. p. lai.

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daBS l'ÂLdour, Tune à Bayonne, Fautre un peu au-dessous de Guiche. Enfin la quatrième et la plus orientale de ces rivières est le Cesson, qui se perd^ près de Sauve-Terre , dans le gave d'Oleron. ^

Dans l'ancienne géographie de la France, ces quatre vallées étaient assez irrégulièrement parta-

gées en trois cantons ou petites provinces, dont la plus occidentale se nommait Labourd, la plus orientale Soûle, et celle du centre Bassc^Navarre- Prises collectivernent , ces trois provinces se nommaient le pays Basque, étant habitées, comme ellessont encore, en très grande partie,, par les Basques^ population totalement distincte, par la langue par les mœurs, des Gascons, ses voisins français tandis qu'elle reconnaît pour frères ses voisins pagnols, tes habitants de la Biscaye, de GuipuzcoaB et de la Haute-Navarre.

Il n'y a aucun doute que le nom de Basques, par lequel on désigne en France cette population des Pyrénées occidentales , et que ceux de Vascuences^ ou de Vascongados qu'on lui donne en Espagne , ne soient tous également dérivés du nom de F'aS' cônes j sous lequel les Romains connaissaient une des peuplades espagnoles des bords de l'Ebre. Il n'est pas douteux non plus que quelques-uns au moins des Basques ou Vascuences actuels ne soient les descendants des anciens Vascons. Or, comme il est certain que ceux-ci étaient un peuple espagnol, les historiens, trouvant des Vascons dans la Novenipopulanie dès les premiers temps du moyen-

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âge , n'ont pas hésité à croire qu'ils y étaient venus d'Espagne; ils n'ont eu d'incertitude que sur le temps de la conquête ou du passage.

Les auteurs de l'histoire de Languedoc, voyant , dans Grégoire de Tours , que des bandes désignées par le nom de Vascons envahirent la Basse-Navarre avec de grandes forces en 687 , se sont décidés à mettre sous cette date leur hypothèse de l'établissement en -deçà des Pyrénées d'une population vascone, dont descendraient les Basques français actuels.

£n y faisant plus d'attention, ces savants hommes n'auraient probablement pas trouvé, entre les Basques de France et ceux d'Espagne, toutes les ressemblances requises pour pouvoir déclarer les premiers une simple colonie, une fraction accidentelle des seconds. Le rapprochement des dialectes des uns et des autres aurait suffi pour leur donner quelques doutes là-dessus. Il y a, entre ces dialectes, des différences qu'il semble bien difficile de concevoir comme datant seulement du moyen-âge ; des variétés dont tout oblige à transporter l'origine en des temps, reculés^ qui n'ont point d'histoire. Cette donnée seule mène à reconnaître, dansles Basques de France, de vieux frères beaucoup plutôt que des descendants directs et presque modernes des Yascons^ et à penser qu'il dut y avoir dans la Novempopulanie des peuples de race et de langue basques, bien des siècles avant que les Novempo-

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pukiDiens ne prissent ou ne reçusseui ce nom de Vascons^ •

Mais sans chercher à quelle époque les vrais an^ cétres des Basques français s'établirent en Gaule^ je m'en liens à affirmer qu'ils y étaient avant la conquête de César. Cela résulte directement de tout ce que j'ai dit ailleurs pour démontrer la fraternité des ancien&peuples du midi de la Gaule et particulièrement des Aquitanîens*^ avec les Ibères. Les rapports primitifs d'origine, de langage et de mœurs entre les premiers et ceux-ci, rapports constatés au temps de la domination romaine , ne purent pas cesser tout d'un coup à la chute de cette domination. Us durent persister, dans le cours du moyenàge, entre les descendants respectifs dés uns et des autres peuples. H n'y a point d'inconnus, point d'étrangers, point de nouveau-venus entre les derniers des Â^quitaniens de César et les premiers Basques, du moyen-âge. L'histoire ne présente pas 1^^ moindre événement de nature à rompre le fù con — ^tinu de leur existence et de leur durée dans le^ mêmes lieux.

Il est bien vrai , et nous le verrons assez par Isfc suite, qu'après la destruction de l'empire romairB les peuples des Pyrénées occidentales furent fré — quemment visités, inquiétés, assaillis par divers conquérants; ils furent même subjugués par inter-

(i) Je me sers et continuerai à me servir dé ce mot pour parler des Aquitani de César et les distinguer des Aquitains y entre /a Garonne et la Loire^ avec lesquels ils n'ont rien de commun.

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vallesy mais jamais chassés , jamais dépossédés de leurs montagnes peu enviées. Il est vrai encore que certains érudits ont regardé les Basques comme également étrangers à l'Espagne et à la Gaule^ comme UD peuple qui aurait été porté dans les lieux où il ^ît aujourd'hui par le flot des invasions germani^ cjues. Mais c'est une opinion de tout point si antiliistorique et si arbitraire qu'il suffit de l'avoir énoncée y pour être dispensé de la réfuter.

. Si maintenant l'on demande des preuves plus positives et plus directes de l'origine aquitanique <les Basque» français, je réponds franchement que l'histoire n'en a pas. Mais sur des faits généraux de Tespèce de celui dont il s'agit ici, l'histoire des peuples peut quelquefois être éclaircie par celle de leurs langues. Or l'examen attentif et méthodique des dé^ nominations géographiques des pays de langue basque et des pays voisins donne, ce me semble , sur le point d'histoire en question, des résultats pour le moins aussi certains que les témoignages des historiens.

Dans les cantons basques de la France comme dans ceux de l'Espagne, les noms des rivières, des montagnes, des villes et des villages, sont presque tous tirés de la langue nationale. Ces noms, presque toujours significatifs, sont composés pour la plupart d'une manière très simple , de radicaux peu variés et faciles à détacher les uns des autres, de sorte que leur signification est, dans beaucoup 4« cas, claire et certaine. Il en est cependant d'au^

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très qui y plus anciens et plus altérés par l'usage , scmt plus difficiles ou même impossibles à interpréter avec certitude 9 bien que basques aussi; je ferai généralement abstraction de ceux-là.

Il est clair, et je pose en principe, que, partout où on les trouve , tous ces noms n'ont pu être inventés et imposés que par des hommes de race et de langue basques.

Divers lieux du Labourd, de la Basse-Navarre 01 de Soûle dont les noms appartiennent indubitablement au basque, sont aujourd'hui habités pai des populations de langue romane^ par des Gascons. Or, ce ne sont pas ces derniers qui ont pu in — venter ni mettre en usage les noms dont il s'agit ^ des Basques seuls ont pu le faire ^ et ne l'ont ptx qu'à une époque où ils habitaient les lieux qui portent encore ces mêmes noms. De là je conclus que la race basque a perdu , même dans les limites de la contrée qui porta récemment son nom^ des lieux jadis peuplés et occupés par elle.

Il y a , hors des confins mais dans le voisinage du pays basque j et contigus l'un à l'autre, trois cantons qui, dans Tancienne division de la France , se nommaient le Béarn , le Bigorre et le Nebouzan. Les dénominations géographiques en usage dans ces cantons sont tirées de plusieurs langues, ou tout au moins de deux, dont la diversité frappe au premier coup d'œil quiconque y veut regarder. Le plus grand nombre, surtout dans la plaine ou dans la partie inférieure des vallées, sont

romanes; un assez grand nombre, particulièrement dans les montagnes ou dans les hautes vallées, sont prises du basque et calquées plus ou moins exactement sur celles usitées dans le pays même où cette dernière langue domine.

Il faut nécessairement, pourexpliquer l'existence le ces noms basques dans un pays roman , supposer un temps où les lieux qui les portent furent labités par des hommes de race basque, qui en >nt été depuis repoussés par la population romane.

Quelques-uns de ces noms , formés de la com- >inaison d'un mot basque et d'un mot roman, ;emblent indiquer une époque à laquelle les deux 'aces et les deux langues étaient encore entremêées dans les lieux qu'ils désignent.

A une plus grande distance des provinces bas- |ues, mais toujours dans les confins de l'Aquîtanie ie César, on trouve encore çà et là des localités lont les noms se reconnaissent pour des noms d'o- 'igine basque. Ce sont encore des marques de l'ancien usage de la langue basque dans ces localités.

Enfin, hors des limites de l'ancienne Aquitanie, lu centre même, ou vers l'extrémité orientale des Pyrénées, les dénominations basques reparaissent 3lus nombreuses et moins altérées que sur les lisières septentrionales de la Gascogne.

Et c'est ici, je pense, le cas d'observer que le nom ^lême des Pyrénées dans l'idiome populaire du midi de la France et du nord de l'Espagne, est, selon toute apparence, un nom basque. Les habitants de

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ces contrées ) pour indiquer soit les espàon; de brèches ou d'ëchancrvires par llesquelles on fraDcbit la crête des Pyrénées, soit vaguement l'ensemble ou des parties de ces montagnes, n'x)nt point d'autre nom que celui de ports ou de puertos,que Ton a essayé assez ridiculement de faire dériver di mot grec Tropo;^ qui signifie trou, ouverture. Ce! mêmes montagnes, les Basques les nomment portuac, ce qui est évidemment le même nom qu<

ports, de sorte qu'il faut que ces derniers l'aien 1

pris à leurs voisins de langue romane ou ceux-c i aux Basques. Mais ce dernier cas doit être te vrai, h terme dont il s'agit étant basque, et n'ayant danaucune autre langue de signification appropriée l'usage qui en a été fait. Portu , iportu ou forta (car le mot prend toutes cesvformes), signifie em basque montagne et plus spécialement une hauti montagne, un lieu d'aspect sauvage.

Maintenant il y a deux questions opposées à fair*^ sur l'ancienneté de ces dénominations géogra.* phiques tirées dU basque, que j '-ai cru reconnaître sur toute la ligne et dans le voisinage d^s Pyrénées. Remontent-elles, au moins quelques-unes à une époque d'une antiquité inconnue où des peuples de langue et de race basques occupaient les lieux qui les portent? ou sont-elles toutes postérieures à l'année 687., époque prétendue du prétendu établissement des Vascons dans les montagnes de la No vempopulanie?

Jle ne perdrai point de temps a développer i«

iriDÉPEMDAlfTE. 5l{J

iiiYmiseniblances de celle dernière opiDion ; j -énoncerai tout de suite un fait qui en prouve directe*' ment la fausseté; c'est l'identité des plus anciennes dénominations géographiques de la Gaule ibérienne avec plusieurs de celles auxquelles je viens de faire -ici allusion ^ comme étant basques. J'ai donné ailleurs une série des premières; on n'a qu'à les rapprocher de celles-ci pour s'assurer qu'elles proviennent toutes de la même langue et qu'il est impossible d'assigner une date précise à aucune*.

Si l'on résume ces considérations philologiques pour en déduire les résultats historiques, on aura les suivants^ que l'on peut, si je ne m^abuse, tenir pour certains, même à part tout autre genre de preuve et de témoignage.

I* A dater d'une époque qui remonte pour le moins jusqu'aux temps de la domination romaine^ les pays outre Garonne, compris par César sous le nom d'Aquitanie, furent occupés en totalité ou en grande partie par des peuples dé même race que les peuples contemporains du nord de l'Espagne, et parlant, comme ceux-ci, une langue dont le basque actuel doit être regardé comme un reste immédiat ^t considérable.

Les Romains introduisirent en Aqliitanie, comme dans leurs autres conquêtes, l'usage du latin qui prévalut peu à peu dans les villes principales et

(i) Voyez à l'Appendice les diverses listes de noms basques q<û Constatent tous ces faits.

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dans les plaines ; mais ne pénétra point dans les montagnes.

2'' Après la chute de l'Empire, le dialecte roman, qui s'était formé du latin et le représentait dans la bouche de la masse des Aquitaniens , se trouva en contact et en rivalité ayec l'ancienne langue du pays 9 avec ce dialecte ibérien aujourd'hui représenté par le basque; il continua les conquêtes du latin sur ce dernier. ^

Le plus ou moins d'ancienneté,- de rapidité ou de difficulté de ces conquêtes, est jusqu'à un Certain point marqué par le plus ou moins grand nombre, par le plus ou moins de pureté des noms géographiques tirés du basque, et qui persistent dans des localités où le basque n'est plus parlé. Ges noms sont plus rares et plus douteux à mesure que Ton s'éloigne, plus nonibreux et plus sûrs à mesure que l'on se rapproche des Pyrénées , indice certain que le nouvel idiome conquérant a prévalu plus difficilement, plus tard et plus incomplètement sur l'idiome envahi, dans les montagnes que dans les plaines.

3** Dans ce coin même de la France où la langue et la population basques sont encore dominantes, la langue et la population romanes ont déjà conquis sur elles divers lieux et des cantons entiers. Tout annonce que les premières finiront par abandonner à celles-ci jusqu'à la plus pauvre chaumière de leur plus sauvage vallée.

A Ions ce% fails j'en ajoute un en complément et

mDKPEltDAWTE. 349

en confirmation de tous; c'est que Texamen des restes du basque, dans les provinces de l'Espagne où cette langue n'est plus parlée depuis des siècles, donne des résultats de tout point conformes à ceux que j'ai déduits de l'examen précédent, ou plus saillants encore, les vestiges du basque étant plus marqués et beaucoup plus généralement répandus dans la Péninsule qu'en France.

Je crois en avoir dit assez pour faire reconnaître, dans les montagnards novempopulaniens du sixième siècle, les descendants des Aquitaniens de César, les frères des Vascons, des Cantabres ibériens et les vrais ancêtres des Basques français. Il pourra être maintenant de quelque intérêt de dire des mœurs, du caractère et de l'histoire de tous ces montagnards derace ibérienne, ce que l'on en peut entrevoir. Ce n'est rien que de très incomplet et de très vague ; mais il s'agit des restes du plus ancien peuple de l'Europe , et cette circonstance peut donner un certain prix à des notices de peu d'importance par elles-mêmes.

Les Basques d'aujourd'hui, tant espagnols que français, se donnent à eux-mêmes et entre eux le Diéme nom national ; ils se nomment Escaldunac, luot dérivé de escara ou euscara, par lequel ils désignent leur langue.AinsiEscaldunac veutproprement dire ceux qui parlent la langue escara, la langue de la faniille. Les Escaldunac d'Espagne et ceux de France se servent aussi du même terme, de celui d'edera, pour nommer, les premiers la langue espagnole , les

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autres la française. Ëdera signifie ia langue des étrangers, de ceux qui ne parlent pas escaïa. Cette dénomination semble marquer dans Thistoire de la race basque Fépoqueoù une partie des hommes de cette race commença à abandonner la langue nationale pour le latin ou le roman. Elle dût être destinée à élever une distinction et comme un^ barrière entre le parti qui cédait aux influences romaines et celui qui prétendait rester fidèle aux mœurs et à la langue des ancêtres.

Telle qu'elle est encore aujourd'hui parlée, cette langue est à peu près l'unique chose à laquelle les peuples basques doivent encore une espèce de ce* lébrité et qu'il soit convenu de tenir pour une grande singularité en son genre. En effet , bien que depuis long-temps envahie par les idiomes modernes et certainement déjà bien diverse de ce qu'elle dut être au sixième siècle , la langue basque est encore aujourd'hui, partout ce qu'elle a de propre, un, sujet piquant d'études pour quiconque considère les langues dans leurs relations avec les lois même de l'esprit humain ; maïs ce n'est pas sous ce point de vue qu'il conviendrait de discourir ici du basque. J'en parlerai dans un but plus historique; j'y chercherai quelques-uns des indices qu'il peut renfermer encore du genre et dû degré de culture du peuple qui le parle ; ceux de ces indices qui ont rapport à l'astronomie usuelle ne sont peut-être pas les moins curieux.

Il y a sans doute déjà bien long-temps que les

>ntagEiards des Pyrénées occidentales ont adopté tir division du mois la période de sept jours ou semaine; mais ils marquent ces sept jours d'une ipière qui leur est propre et qui constate qu'il t un temps où ils divisaient le mois d'une toute tre manière. Ils emploient pour noter les jours la semaine deux sortes de noms : d'abord des »ms nouveaux^ étrangers à leur langue et adoptés -UT cet office; en second lieu, des noms tirés de ir propre langue, et les mêmes qu'ils employèrent imitivement pour nommer lesjours de la période •Ht ils firent usage avant d'avoir adopté la semaine. ', du nombre et de la valeur bien déterminée de s derniers noms, il résulte clairement que les )atagnards des Pyrénées n'eurent autrefois pour irision du mois lunaire, qu'une période de trois 4rs qu'ils nommaient aste, et dont il fallait par Dçéquent neuf pour faire un mois lunaire. Les trois jours de cette période se nommaient : Astelehena; Asteartea ; Âsteazquena;

3ftt-4-dire, le premier (jour) de Faste, le (jour) termédiaire de l'aste, ou le milieu de l'aste, et le xnier (jour) de Faste; significations certaines li ne laissent aucun doute sur le fait que j'en klnis.

Les noms basques des mois donneraient de même m à quelques observations assez curieuses; à Fexoption de deux ou trois empruntés des idiome»

35îi VASCOÎfîE

romans, tous sont tirés de la langue nationale, et les mêmes dont les Basques se servirent dans leUrs temps païens. On voit que chez eux, comme chez les anciens Grecs, ces dénominations des mois variaient de peuplade à peuplade, de vallée à vallée. Toutes étaient pittoresques et tirées de l'aspect ou des productions delà nature, à la période de l'année qu'elles désignaient, circonstances qui toutes indiquent un état de société peu avancé, une race d'hommes morcelée en petites tribus indépendantes, ayant peu de communications entre elles et n'occupant, chacune qu'un très petit territoire.

Quelques mois ont plusieurs noms; celui de septembre, par exemple, en a deux en Biscaye et en Guipuscoa, où on le nomme indifféremment irailla et buruilla. Ce dernier nom donne lieu à une conjecture que je hasarde en passant; il signifie le chef mois , la léte ou le premier des mois , et me parait supposer un temps ancien de l'histoire des peuples des Pyrénées où l'année commençait par ce mois.

Ces faits divers autorisent, ce me semble, à soupçonner que ces mêmes peuples entent autrefois une astronomie civile, sans doute très imparfaite et très grossière, mais originale et déduite de leurs propres observations. Les noms basques des signes du zodiaque viendraient encore à l'appui de ce soupçon. Ils sont nationaux, et tirés de la langue escara , comme ceux des mois et des jours. Le cancer-j par exemple, se nomme argui-marra, le terme, la borne de la lumière.

INDÉPEKDAIVTE. 353

Les Basques donnent à la lune un nom dont on . voulu tirer une preuve du savoir astronomique e leurs ancêtres ; ils la nomment hillarguia , ce ui signifie lumière morte, c'est-à-dire, suivant iselques personnes, lumière empruntée, réfléchie, [ais ici Tépithète morte ne me semble point expriler une idée scientifique; elle n'est qu'un terme oetique, pour caractériser une lumière pâle, froide, ariable et mystérieuse , et comme qui dirait le so- ?U de la nuit et des morts, par opposition à celui lu jour et des vivants.

• Au sixième siècle de noire ère , les montagnards les Pyrénées étaient encore païens ; ils ne commenîèrentqu'au huitième siècle à entendre des missionlaires chrétiens. On ignore quels étaient leurs dieux, eurs croyances et leur culte j mais il y a beaucoup l'apparence qu'ils professaient encore le mêilie polythéisme dont j'ai dit quelques mots ailleurs i propos des populations ibériennes de la Gaule, et dont on a récemment trouvé divers monuments dans les Pyrénées. Du reste, quelle que fût leur religion, il est probable qu'elle occupait peu de place dans leurs habitudes.

Ils avaient indubitablement une poésie, et quelques rudiment^ des arts immédiatement liés avec eUe, tels que la musique et la danse. Le nom d^eressiac, dont ils se servent encore pour caractériser les chgnts populaires qui roulent sur quelcjue histoire vieille ou antique, a l'air d'être fort ancien dans la langue, bien que leç pièces de poésie

354 tàsconik

auxquelles il peut s'appliquer soient toutes assez modernes.

On a découvert dans ces temps derniers un chant cantàbre^ qui, à en juger par le fait sur lequel il roule, remonterait à une époque antérieure à ]a domination romaine. Il est relatif à un incident de Tune des guerres qu'Auguste fit aux Cantabres. Il paraîtrait, d'après cette pièce, que l'armée romaine avait forcé ces peuples à se i^éfugier sur une hauteur où^ elle les tenait bloqués , espérant les contraindre par la faim et la soif à se rendre à discrétion ; mais les Cantabres auraient fait si bonne contenance qu'ils auraient obtenu des Romains une pacification honorable.

Il n'y a pas moyen d'affirmer sérieusement qqe la composition de ce chant remonte à la date de l'événement qui en est le sujet; mais il est sans aucun doute fort ancien et très curieux, ne fût-ce que par la rudesse sauvage de ton et de style qui le caractérise. C'est, dans toute la propriété du terme, un chant de montagnard, un vrai chant primitif, où l'art en est encore aux plus simples inspirations delà nature. On trouve aussi çà et là, dans divers ouvrages, quelques autres fragments des ahdens chants ou des traditions poétiques des peuples basques ^j malheureusement ces fragments sont trop

(i) C'est à M. Guillaume de Humboldt que cette découverte est due. Voyez ce chant à l'appendice, où je le donne avec june version littérale et quelques ëclaircissemëkits.

(a) II y enaquelques-uns assez intéressants dans le recueil des

lIHD£P£r<l>A«TE. 355

rares , trop isolés, trop mutilés, pour donner une idée générale ds la poésie à laquelle ils appartinrent et de l'existence de laquelle ils sont aujourd'hui l'unique témoignage.

' Ces notions, auxquelles je regrette de ne pouvoir donner plus d'ensemble et plus d'intérêt, s'appliquent collectivement à diverses peuplades impossibles à distinguer les unes des autres, quand i) s^agit de leur origine, de leurs mœurs et de leur culture, mais divisées par des limites géographiques en deux groupes très distincts, l'un espagnol au-delà, l'autre gaulois en^deçà des Pyrénées. Je crois bien faire, avant de passer oijtre, de désigner au moins les principales tribus dont se composait chacun de ces deux groupes, aux temps que j'ai eu "vue.

Les grandes divisions politiques de la Gaulç si^aiênt beaucoup varié sous la domination roumaine; mais il n^en était pas de même des circonscriptious de peuplades ùu de tribus comprises dans ::^es grandes divisions; elles avaient persisté presque intactes à travers toutes les variations des div- isions administratives. L'ethnographie des Pyrétxées avait peut-être moins changé que toute autre, ^oit au-deça, soit au-delà de ces montagnes.

Ainsi^ quand les premiers conquérants germani-

l^irov«rbies c^ des adages publié en i657» en un petit vol. iii*8'^« l^«r Oihenart, recqeil devenu très rare, et jnsqu'ici le monument ^ phis populaire etie pliis curie^i de laJapgue bfisque.

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