‹ Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants Germains (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · G VASCONIE · texte numérisé non relu

G VASCONIE

ques arrivèrent aux débouchés des hautes vallées d'où descendent TÂdour et ses affluents, les peu: plades de ces vallées continuaient à porter 1& mêmes noms sous lesquels les Romains les avaieri connues et soumises , et qui sont encore leurs nonn d'aujourd'hui. Au sixième siècle comme depuis c'étaient des Lapourdes, des Bigorres^des Sul^^ lateSy des Benarnes, des Campones, qui habitaien la moitié occidentale des Pyrénées gauloises. Le Osquidate^ de Pline avaient seuls disparu , ou pour mieux dir^ sont les seuls dont le nom ne serait pas aisément reconnii dans quelque nom plus moderne. ^

Et il n'y avait pas plus de changement dans la nomenclature des peuples de la vallée de l'Ebre et

du nord-ouest de TEspaghe. Les plus célèbres etles plus puissants de ces peuples^ continuaient à porter les noms de Vascons, de Cahtabres, d'Astures et de Vardules, auxquels Isidore de Séville ajoute lesRoccohs, qui ne sont nommés par aucun des auteurs plus anciens que lui, et dont la po^sition serait difficile à déterminer avec précision.

Ce sont ces diverses peuplades que nous verFons bientôt prendre l'initiative dans la résistance de la Novempopulanie à la conquête franke, ^et jouer, pendant plus <le deux siècle^, un rôle principal dans le midi de la Gaule. Nous les verrons, parfois réunies, «agir de concert, et dans le même intérêt^ comme une seule nation ; plus soûvel^t elles nous apparaîtront comme des' peuples divers, ayant cha-

IJN DÉPEND ANTJi. 357.

«[^n ses intérêts et son but à part. Mais aloi*s même,

sous trouverons ces peuples animés d'un même es^

prit, d'un même instinct d'indépendance, de gloire

ou de vanité, toujours prêts à s'entendre et à faire

-cause commune. Avant d'en venir au môipent où

leur histoire se rattache manifestement à celle de

la oenquête franke, je crois devoir résumer en

quelques mots le peu que l'on sait de cett^ histoire,

à partit* des invasions germanique. Je parlerai d'à-

bord des Basques espagnols , puis de ceux de la

Gaule.

. L'établissement des Suèves, des Alains et des Vandales en Espagne, n'avait rien changé à la condition politique des Basques de ce pays ; ils étaient restés indépendants dans leurs vallées, sous le gouvernement d'officiers romains. Aux Visigoths était réservée la gloire d'anéantir les restes de la puissance romaine dans les Pyrénées espagnoles et de mettre en^péril continu l'indépendance des Vascons et des autres peuples de même race.

Théodoric 11, roi des Visigoths, qui monta sur le trône en 456, fut le premier qui entreprit de soumettre ces peuples^ il attaqua d'abord les Astures; mais la campagne qu'il iit contre eux se borna à quelque pillage , et au siège d'une forteresse qu'il ne prit pas. J'ai raconté ces faits^ailleurs. . Les chefs romains se maintinrent donc dans les Pyrénées espagnoles jusque vers l'an 467, époque où le plus distingué des rois visigoths, Euric, monta sur le trône. Il passa de la Gaule en Espagne^

358 vAscojjriK ' ^»

avec une puissante armée ^ souaitt d'abotid la Lusitanie. De là, remontant vers le Nord, il porta la guerre aux Vascons et à leurs voisins , et attaqua Tune après l'autre les deux principales villes de la contrée, Pâmpelune et Saragosse« 'La première était le chef-lieu des Vascons; la seconde, était ]a capitale d'une tribu de même race et de même langue que ceux*ci, et qui entra dès iors dans la lutt générale des peuples de cette race contre les Ger maifis.

Euric prit ces deux villes, et s'empara, disent chroniques, tle toute l'Espagne supérieure; -mai c'est une conquête sur laquelle il ne faut pas prendr les chroniques à la lettre. Vexés par l'invasion d'Eurie, et pressés de se débarrasser de lui, leà Va8coni= le reconnurent pour maître jusqu'au moment où^ il aurait repassé leurs frontières. Il les repassa atj plu^ vite, rappelé dans là Gaule par des affaires plus graves<lont j'ai déjà rendu cdtopte. Les Vascons et leurs voisins redevinrent a^ors ^aussi indépendants qu*aupat*avant, ou, pour mieux dti«, ce fut seulement alors qu'ils le devinrent.

En effet l'expédition d'Eu rie dans lés Pyrénées espagnoles eut du moins ce résultat,qu'elleachevady détruire les faibles restes de la domination romaine. Alors les Vascons, les Àstures, les Cantabres, obligés de pourvoir d'eux-mêmes à leur défense, seconsli^ tuèrent, comme bon leur parut, en petits Etats indépendants, dfiins les anciennes limitels de leurs territoires respectifs. Ces Etats furent régis chacun

INOJUP£]^JDAIfT£. 359

par un chef unique , et il y a lieu.de présumer que dans plusieurs ces chefs furent des officiers de l'£nipire romain, qui, l'Empire détruit, se. maintinrent en. pou voir pai' leurs propres moyens et pour leur propre compte.

Dès cette époque , que Ton peut placer par approximation de J'an 470 à Tan 480, il s'établit en- Ire ces peuplades affranchies et les Visigoths une lutte permanente, où les uns et les autres furent tour à tour agresseurs et attaqués, dévastateurs et dévastés , vainqueurs et vaincus. Les expéditions de Recarèdet, de Gondomar, de Sisebuth, de Swinlila, coptreles Vascops, les Astures, les Roccons, etc., sont présentées dans les chroniques eomrae les plus grandes- actions militaires .de ces diveirs rois. Réels ou supposés, ces exploits n'eurent point de résultat décisif, et les Arabes à leur arrivée devaient trouver les montagnards des Pyrénées espagnoles encore libres dans leurs forêts.

Quant aux montagnards novempopulaniens , il n'en est pas explicitement fait mention dans l'histoire, durant la plus giande partie de la période que je viens de parcourir. La domination des Visigoths s'étendit indubitablement à toute la partie basse et romanisée de la Novempôpulanie ; mais pénétra-telle jusqu'à la crête des mqntagnes, et les habitants des âpres vallées d'Aspe ou de Baïgorri furent-ils des sujets bien dociles au trône visigoth de Nar* bonne? c'est ce qui n'est pas aussi sûr. Je trouve luainte difficulté à supposer ces mpntagnards si

36b VASGONIE

énergiques , si remuants , tout<-à*£Eiit étrangers à b lutte de leurs frères d'outre^mont contre les domi- Dateurs communs. Il est beaucoup plus probable qu'ils prirent une certaine part à cette lutte ou s'en prévalurent pour vivre dans une véritable indépendance. ,

J%ii dit ailleurs comment, par suite de la bataille de Vouglé , la Novempopulanie passa au pouvoir

de Clovis et de ses successeurs. La domination des

chefs mérovingiens sur cette contrée ne fut certainement ni plus étendue ni plus assurée que celle de leurs devanciers visigoths; il y aurait plutôt lieu de supposer qu'elle fut plus odieuse et plus précaire, le gouvernement des Franks étant plus violent et moinà sage que celui de» premiers.

Mais c'est là tout ce qu'il est possible de présumer à ce sujet. I^s chroniques ne disent rien-, absolument rien, ni des montagnai*ds ni en général des habitants delà Novempopulanie, de Soy, date de la bataiHe de Vouglé, à 667, époque du grand partage de la monarchie de Clotaire.

C'est néanmoins dans cet intervalle de soixante ans qu'il faut placer un fait àfis plus importants pour l'histoire particulière de la Novempopulatiie , un fait auquel j'ai dû faire fréquemment* allusion daiis le cours dé ces observations, mais'suriequel il est indispensable de revenir ici d'une manière spéciale, pour le constater, le préciser et l'expliquer s'il est possible.

Je r»i avancé ailleurs; les pjiys entre la Garonne

TIN DÉPENDANTE. 36 ï

et les Pyrénées perdirent , au sixième siècle , leur nom romain de Novempopulanie pour prendre le nom de Vaseonie et ses habitante le nom de Vasoons, e'est-à--dire les noms d'un pays et d'un peuple espagnols. Grégoire de Tours , qui écrivait vers la fin du sixième siècle, parle encore des villes noverapopulanîeiines; mais il désigne la Novempopulanie elle-même par son nom récent de Vasco- ^îîe et ne fait en cela que se Conformer à des exemples plus anciens. .

Athanaride, un des auteurs goths cités par le géographe de Ravenne, étendait déjà le ijom de Vaseonie bien au-delà des liihites de la Novempopulanie; il le donnait à l'Aquitaine -entière , de sorte que, pour distinguer ces deux derniers pays l'un de l'autre , la simple dénomination de Vaseonie n'était déjà plus suffisante. Aussi Eldebald, autre auteur cité par le géographe barbare, nommet-il la Novempopulanie Spano*Vasconie (Vaseonie espagnole*).

Un troisième géographe -du ^moyen-âge , inédit, presque aussi barbare et vraisemblablement plus ancien que les deux précédents, atteste d'une manière plus directe et plus précise qu'eux le fait que je 'Voudrais établir. Cet auteur, décrivant la Gaule àiine époque où il y a apparence que la Bur-

(i) Juxta ipsam Guasconiam ponitur patria quae DoininaUir 4Spano-GuasconM,*etc'. Ànonymus Rayennasde Geograpbia. Sw Chrorograpbia. i

36l VASCONIE

goiidie foraiait encore un royaume indépendant des Franks, par conséquent avant l'année 534 9 iie fait que très vaguement mention de la INovempopulanie et sanâ la désigner par aucun nom parti* culier; mais il parle aussi des hautes vallées des Pyrénées^ entre lesquelles il nomme celles de l'Adour et du Gabire (Gave ), et dit expressément que toutes ces vallées sont habitées par le$ Vasconsf.

11 suffira y je pense , de ces témoignages pour constater qu'au sixième siècle le nom de Vasconie avait été généralement substitué à. celui de Novempopulanie. Il y aurait de la témérité à prétendre assigner à ce changement une date précise ; il ne put avoir lieu que peu à peu , que par degrés; et tout ce que je crois pouvoir affirmer de plus positif à cet égard, c'est que le nom nouveau avait déjà prévalu sur l'ancien dès la fin du sixième siècle.

Maintenant 9 de quelle ipanière expliquer un tel changement? Étaient-ce, comme pn le dit et le croit généralement, les Va^cpné .d'outre les Ports qui, ayant envahi une portion de la NQvempopulanie, s'y étaient établis de force et y avaient apporté leur nom?

Je me suis déjà expliqué sur- cette hypothèse. Outre ce qu'elle a d'at*bitraire , elle dépasse, pour ainsi dire, le fait qu'elle veut expliquer, et dès lors

(r) Gabirius sicquç Adarcuf exileot d« mootibuë. Vascoiies iric(»lunt terrain par diversa valliiuu.

I N DEPENDANTE. 363

ne l'explique plus. Ce ne furent point, il importe de le noter, les Noven^populaniens qui se donne* rent, dans le principe, ce nom de Yascons, sous lequel ils allaient désormais figurer dans la Gaule fi^nke; ils le reçurent des étrangers, de leurs voisins d'une autre race ou d'une autre langue qu'eux. Ce nom fut, à ce qu'il parait, adopté de bonne heure par les Novempopulaniens de la plaine, c'està-^lire précîsétiient par ceux chez lesquels on chercherait vainement la moindre trace d'une conquête vascône aux temps dont il s'agit. Quant aux Nor venripopulaniens montagnards, il est certain qu'ils persistèrent aie donner entre eux leurs antiques noms nationaux , et tout autorise à croire que , bien loin d'accepter la dénominattcm de Vascons , sous laquelle ils auraient été confondus avec la portion romani^ée de leur race, ils eurent, dès le principe , pour cette dénomination , l'espèce de répugnance nationale qu'elle leur inspire encore aujourd'hui. C'est cependant chez eux^etau milieu d'eux 4que l'on supposa un établissement de Vascons espagnols !

Mais si ces derniers ne firent pas proprement de conquête dans la Novempopulanie, s'ils ne s'établirent pas de. force dans des vallées où il est sûr qu'habitaient, de temps iimn^morial, des hommes de même race qu'eux, peut-être cependant jouèrent-ils, en-deçà des Pyrénées, un rôle qui avait quelque ressemblance avec celui de conquérants ; de sorte que, restreinte dans un certain sens et

36/| VASCONTK

a de certains termes, l'hypothèse en discussion deviendrait beaucoup plus historique.

C'est dans une expédition .de Tannée Sfti que Fon voit, pour la première fois dans l'histoire, les Franks aux prises, au-delà de la Garonne , avec un ennemi auquel les chroniques donnent le nom de Vascons. Il sera parlé tout à l'heure, en son lieu, de cette expédition; je n'en fais ici mention que pour marquer le terme chronologique où commencent, dans l'histoire proprement dite, les relalions des Vascons avec les Franks. Au-delà de ce terme les chroniques ne disent pas un mot de ces relations; mais il existe d'autï*es documents à l'aide desquels on peut s'assurer que l'expédition de f^8i était, non le début, mais la continuation d'une lutte déjà établie entre les deux peuples. Deux pièces de vers de Fortunat fournissent la preuve de ce fait.

La première est un éloge effronté de Cbilpéric adressé à Chilpéric lui-même, en 58o. La date en pourrait paraître un peii tardive pour L'objet qi j'ai en vue; mais il faut observer que l'éloge en question ne se rapporte point à cette date, ni à aucune^^ autre date précise et unique! Il comprend des faili divers qui appartiennent à différentes époques de vie et du règne de Chilpéric. Cela entendu, voic^ ' un. passage de cette pièce que je. tâche de traduir^^ exactement et avec tous les traits accessoires qu^ ' en nuancent on en déterminent le sens.

i< Le Créateur a pourvu au sahit de la patrie^ •'

Page 1