LIVRE II. —CHAPITRE II
Alexiauus, dans un âge si tendre, s'était conquis partout une considëralion qui allait jusqu'au respect. Adopté avec le même empressement par les prétoriens et par le sénat, il devint César, sous les noms d'Alexandre et de Sévère '. Mais sa popularité offusqua bientôt Élagabal, qui' voulut le faire périr; et l'on vit se dérouler dans le palais d'Auguste un de ces drames communs dans les sérails d'Asie, où les révolutions politiques partent souvent des mains d'une femme. Alarmée des embûches qu'Élagabal tendait à Alexandre, et qu'il lui fallait déjouer sans cesse, Mœsa invita par deux fois les prétoriens à venir ta son aide; la seconde fois, ils en finirent avec Avitus, le tuèrent, ainsi que sa mère Sohaemias, et traînèrent leurs cadavres dans le Tibre-. Ce règne honteux avait duré, tant en Orient qu'en Occident, trois ans et neuf mois. La haine soulevée par le faux Antonin ' (c'était ainsi qu'on se plaisait à le nommer) retomba en grande partie sur son pays; et les mots de Syrien, d'Assyrien, de Sardanapale, se mêlèrent aux malédictions dont on poursuivit sa mémoire. «Le misérable! s'écriaient « les sénateurs le jour de sa mort, il n'a été ni un Anto- « nin, ni un empereur, ni un sénateur, ni un citoyen, « ni un romain 'M »
Alexandre céda au mouvement de réaction en le modérant : l'étalage asiati([ue fut supprimé; le dieu Élaga-
1. Dio, iA\i\, 17 et seqq. — Hcrodian., v, 123. — Lamprid., Heliog., 105, lOG.
2. Tractum est cadaver ejus priusquani in Tibenm priecipitarotiir... appellatus est post mortem Tiberinus et Tractitius. Lamprid., Heliog., 107. — Herodian., v, 126.