LIVRE II. — CHAPITRE III
qui avaient été institués par lui. La populace témoigna à sa manière de ses sentiments envers le tyran, en faisant main basse sur ses amis, en brûlant leurs maisons, en souillant la ville de meurtres et de pillage pendant plusieurs jours ^ On put accuser justement le sénat de trop de condescendance à ces désordres, car, s'il ne provoqua pas l'effervescence, il la laissa éclater; il vit avec plaisir le peuple se compromettre dans sa cause et en partager la responsabilité. L'assemblée s'empara du gouvernement, et organisa , sans perdre un moment , la défense de l'Italie. La péninsule fut subdivisée en vingt régions, soumises chacune à un sénateur consulaire : la jeunesse s'arma; les villes réparèrent leurs murailles; des retranchements palissades interceptèrent les routes qui conduisaient en Illyrie ; les ports, les rades, tous les lieux de débarquement, furent mis à l'abri d'un coup de main ; enfin aucune précaution ne fut négligée pour empêcher les communications avec l'ennemi -. Tandis que l'Italie se préparait si activement à la guerre, des sénateurs, commissaires de l'assemblée, se rendaient dans les provinces avec une proclamation qui les appelait aux armes, et dont la suscription était ainsi conçue : « Le sé- « nat et le peuple romain, opprimés naguère par la bête « féroce, et dont les princes Gordiens ont commencé c( l'atïranchissement, à tous les proconsuls, présidents, (( lieutenants, généraux, tribuns, magistrats, et à toutes (i les cités, municipes, villes, bourgs et châteaux, souliai- « tent le salut qu'ils viennent de recouvrer"'. » Les com-
I.Ita sub specie libcrtatispacisqucpra:!textu, civilis belli facinoraedebantur. Herodian., vu, 156. — J. Capit., Maximin., I't3; Gord. très, 157.
2. Herodian., vu, 155, 150. — J. Capit., Maximin., 14:5, lii ; Id,, Gord. tert.,loO, 15S.
3. Senatus populusqucronianus, pcr Gordianos principes ab illa tris-
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missaires ('taienl chargés de sollicitei- siirloul la Gaule, qu'il était si imporlanl d'avoir pour soi, car sa détermination devait faii-e pencher la Ijalance entre Maximin et le sénal.
Au plus Ibitde ces préoccupations, on apprit à Rome la catastrophe qui avait enlevé si inopinément les deux Gordiens. Le sénat, sans perdre courage, se réunit au Capitole, et nomma, non pas un seul empereur, mais deux, ayant égalité de pouvoir, et dont l'un commanderait les armées, tandis que l'aulre dirigerait l'administration civile. C'étaient réellement deux consuls; et, pour compléter cette réminiscence des temps républicains, l'élection fut accompagnée de cérémonies religieuses secrètes, d'où le vulgaire fut éloigné'. Les élus se recommandaient d'ailleurs par leur caractère et leurs talents. Le plus considérable des deux. Cl. Pupiénus Maximus, était un soldat de fortune, fds d'un forgeron, et homme de guerre distingué"-; le second, nommé D. Cœlius Balbinus, avait été deux fois consul , et prétendait descendre du célèbre historien Cornélius Balbus Théophanes, de Lesbos, fait citoyen romain par Pompée ^ On disait que personne n'avait plus de douceur que celui-ci, plus de courage que celui-là \ Le peuple néanmoins redoutait Maximus à cause de cette vigueur de
tissima bellua liberari cœptus, proconsulibus, prœsidibus, legatis, ducibus, tribunis, magistratibus, ac singulis civitatibus, et municipiis, et oppidis, et vicis, et castellis sahitem, quam nunc primiim recipere cœpit, dicit. J. Capitol., Maximin., 143.