‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 155 sur 353 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Marche et progrès du christianisme pendant les deux premiers siècles; tout le favorise en Orient et l'entrave en Occident; ses rapports avec le gouvernement romain jusqu'au temps de Marc-Aurèle. — Fondation de l'église de Lyon par Pothin et Irénée , venus de Smyrne ; elle se compose de Grecs et de Gallo-Romains. — Hérésies qui viennent l'agiter; Montanistes, Gnostiques; elle sert d'intermédiaire entre les églises d'Asie et le pape Éleuthère au sujet du Montanisme. — Les magistrats informent contre les chrétiens de Lyon et de Vienne. — Persécution violente. — Martyre de Sanctus, de Maturus et de Blandine exposés aux bêtes. — Martyre d'Attale et de Ponticus. — Les cendres des chrétiens sont jetées dans le Rhône.— Épidodius et Alexandre, découverts à Pierre-Encise, sont exécutés à Lyon. — Valérianus meurt à Chàlons , Marcellus à Tournus. — Bénignus , Andocliius et Thyrsus se rendent à Autun.

Philippe était chrétien, assez tiède sans doute, et très-décidé à ne point compromettre, par des scrupules de foi, une fortune qu'il aiait si chèrement payée; mais enfin il était chrétien : on le savait en Orient, où ses relations avec réglise dWntioche étaient chose notoire ^

1. Euseb., Hist. ceci,, vi, 34, 39. — Chron. Alcxandr., p. 630. — Hieronym., de Viris, i.H., 54; Chron. — Oros., vu, 20, 28.

Disons même à sa louange que, tout en se pliant aux devoirs païens de sa nouvelle position, il ne renia jamais sa croyance; il ne brisa point les rapports que sa femme Otacilia Scvéra et lui entretenaient jusqu'alors avec Origène''. C'était un fait grave que cette élévation d'un chrétien au rang des Césars, sans que les provinces d'Asie y fissent opposition, sans que le simple soupçon de la vérité soulevât les provinces occidentales, et Rome surtout. Pour rendre un tel événement possible, il fallait bien des choses : il fallait que d'immenses changements se fussent accomplis dans l'esprit des populations du monde romain; et c'est ce qui avait eu lieu en effet, depuis cinquante ans principalement, sous l'inlluence des idées de l'Orient.

Né en Judée, au sein de la religion juive, le chrisiianisme se propagea d'abord par les Juifs; ils furent le premier levier de sa puissance. Leur dispersion dans tout l'Orient favorisa la prédication de l'Évangile. Chacune de ces synagogues disséminées en Asie, en Grèce, et jusqu'en Afrique, devint tout aussitôt un germe d'église chrétienne, un champ de bataille prédestiné aux débats de l'ancienne et de la nouvelle loi, et pour celleci, un foyer de rayonnement d'autant plus fécond que les débats devinrent plus passionnés ^ Mais, si large qu"il fût, ce terrain était trop étroit pour une doctrine qui aspirait à gouverner le monde. La prédication de l'Évangile aux gentils ouvrit au christianisme le monde païen; il y pénétra par les écoles philosophiques, les gymnases , les discussions de la place publique , en

1. Euseb., Hist. eccl., vi, 36. — Hieronym., de .Vins, iH-, 54. — Vincent. Lerin., 23.

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