‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 163 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITUE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITUE I

Lyon. La demande avait été accueillie avec faveur, et le Sinyrnien traitait l'église future des Gaules en fdîe chérie, puisqu'il lui donnait pour chef un vieillard vénérable, éprouvé dans les travaux de l'apostolat \ et pour docteur une des naissantes lumières de l'Orient -.

Cette église de Smyrne, à laquelle on s'adressait ainsi du fond des Gaules, possédait une école doublement fameuse par la science et par l'orthodoxie. Fondée par saint Jean, et grandie sous l'aile du disciple bien-aimé, elle tenait de lui, pour héritage, son caractère mystique et tendre, jointe une haine vigoureuse des faux docteurs. Le nom de Smyrne se trouvait mentionné en termes glorieux dans l'Apocalypse du grand apôtre, à qui Dieu avait dit : « Écris à l'ange de cette église : Je connais tes « tjibulations et ta pauvreté; mais tu es riche devant « moi, car l'on te blasphème dans la synagogue de Sa- <( tan ^. » Saint Jean avait institué pour évêque à Smyrne son disciple Polycarpe ; les leçons de Polycarpe avaient formé Irénée, âgé maintenant d'environ quarante ans; Pothin avait aussi vécu près de Polycarpe. Lyon recevait donc, par un seul intermédiaire, la parole de foi telle que l'enseignait l'apôtre qui avait reposé sur le sein du Seigneur. Quelle église en Occident, celle de Rome exceptée, put se vanter d'une pareille origine? Sous la main de Pothin et de ses compagnons, la petite

communauté lugduno-viennoise s'organisa, s'étendit, se

1. Voy., dans la Gallia cliristiana, t. II, p. 452, l'opinion probable qui fait Pothin disciple de saint Jean et de saint Polycarpe.

2. Beatissimuslrcnseusa beato Polycarpoad banc urbem (Lugdunum) directus. Greg. Turon., Ilist. Franc, i, 27. — Cf. Hieronym., Catal.

3. Et angelo Smyrnse Ecclesise scribe : « Hœc dicit primus et novissi- <i mus, qui fuit mortuus et vivit. Scio tribulationem tuam et paupertatem « tuam ; scd dives es : et blasphemaris ali bis qui se dicunt judseos esse " et non sunt, sed sunt synagoga Satante. » Apocal., ii, 8 et 9.

1<.)S IIISTOinr. DE LA G Al! LE.

recmla dans la poptilalioii iii(ligèn(3 ou élraiigèrc avec courage et persévérance. On y retrouvait les éléments ordinaii'es des coniniunautés chrétiennes : beaucoup de pauvi'es et peu de riches, des esclaves à côté do leurs maîtres, des affranchis, des sujets provinciaux, des citoyens romains assis pêle-mêle sur les mêmes bancs-, enfin quelques hommes savants et de professions libérales se dessinant dans la masse composée de gens de labeur et de métier. Nous connaissons par leurs noms environ cinquante de ces fondateurs de l'église des Gaules, et leur souvenir, pour la plupart, n'est rehaussé que parla mention d'une mort courageuse. Les autres sont oubliés, ou, pour me servir d'une touchante expression des martyrologes, (( on ne lit plus leurs noms ({ue là-haut, sur les pages du livre de vie': » insliuineuls silencieux de la Piovidence, manœuvres ensevelis obscurément sous les fondements d'un édilîce doiil leur foi ardente et leur abnégation héroïque ont assuié l'éteinité!

Dans le catalogue des membres du troupeau dévoué figurent, à côté de Polhin et de ses Grecs, quelques IM'ètres et diacres à physionomie latine, presque tous sans doute Gallo-Romains. Ce sont le diacre Sanctus de Vienne - ; Alarcellus et \ alérianus, celui-ci diacre, l'autre prêtre, tous deux amis et proches parents'''; entin Bénignus et Andochius, que la tradition signale comme des envoyés directs de Polycarpe \ mais qui fureiit proba-

1. Inscriptos cœlestis vilse liber taiitum coiitinet. Acta SS. Epipod. et Alex., 2. — Domiiiuseos in libro vite couscripsit. Grog. Turon., Hist. Franc, i, 27.

2. Sanctum, diaconum \iennonsem. Epist. martyr, lugd., ap. Euseb., Hist. cccL, V, 1, p. 157,

3. Et sanguine et agone propinqui, Greg. Tnron., Glor. martyr., i, 5i.

4. Bolland., 17 jan. — Cons. Tilleniont, Méai. ecclés., t. III, p. 38.

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