‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 209 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

parvint à calmer l'aigreur réciproque ^ Victor consentit à retirer sa lettre d'excommunication, comme Éleutlière avait fait de cette lettre de paix qu'il avait délivrée à Montanus. Ainsi l'ëglise des Gaules, à peine fondée, put se glorifier d'avoir empêché par son intercession une fois le schisme, et une fois l'hérésie. Irénée fut considéré dès lors comme la plus grande autorité chrétienne de son temps, autorité de guerre contre les hérétiques, autorité de paix au sein de l'orthodoxie ; et, attendu que son nom signifiait en grec pacifique, on répéta de toutes parts qu'il était bien digne de le porter -.

Sous l'inspiration de l'illustre docteur, Lyon devint en Occident ce qu'avait été Smyrne en Orient, le foyer de la tradition, le gymnase où l'orthodoxie se fortifia par la discussion des doctrines, par la lutte contre l'hérésie. On y vint de tous les points du monde chrétien ; et il s'y forma des docteurs, célèbres à leur tour, qui, s'appuyant sur les enseignements d'Irénée, entourèrent ce nom du vif et pieux souvenir dont Irénée lui-même avait entouré le nom de ses maîtres.

Au premier rang des gloires de l'école lyonnaise, on compta Caïus et Hippolyte. Caïus était prêtre romain. Exercé, sous ce rude lutteur, à manier les armes de la polémique, il prit corps à corps le montanisme, dont les austères erreurs continuaient à égarer beaucoup d'Occidentaux ; et il ne se borna pas à le réfuter par écrit, il provoqua les inontanistes les plus renommés à

1. Eiiseb., Hist. eccl., v, 2i. — Socrat., v, 22. — Anatol., p. 445, apiid Buch. — Ce fut le concile de Nicée qui fixa définitivement la célébration de la pâque au dimanche qui suivait le 14'' jour de la lune,

2. Irenaîus quidem nomini suo vere respondens, nec solo noniine, scd etiam vitse instituto ac proposito pacificus, pro ecclesiarum pace liœc monuit et allegavit. Eusol)., ul). supr.

2n0 IIISTOir.K \)K LA (JAULK.

(les discussions orales. On conserva longtemps les procès-verbaux d'une conférence qu'il ouvrit à Rome contre un certain Proculus, sectaire accrédité de la fausse ProphètieK A l'exemple d'irénée, Caïus se faisait l'homme de la tradition ; comme lui, il cherchait à affermir l'autorité du siège de Home, pour amener le christianisme occidental à l'unité : « Voyez combien cette église est (( grande et vénérable ! écrivait-il dans un de ses li- (( vres : je puis vous y montrer les tropbées des apôtres. (( Allez au Vatican, vous y trouvez le tombeau de saint « Pierre; allez sur la route d'Ostie, c'est celui de saint (( Paul qui s'offre à vous ^ » Caïus écrivit en grec, d'un style abondant et facile, qui lit atlrihucr quelques-uns de ses ouvrages à Origène ^ On croit qu'il unit au titre de docteur celui d'évêque des nations, c'est-à-dire de chef de prédication parmi les genlils.

A quelle nation appartenait Hippolyle, qu'on dit avoir été de noble extraction et citoyen l'omain? On ne le sait pas bien ; mais tout fait présumer qu'il était Gi-ec asialique. Ses livres d'exégèse précédèrent ceux d'Origène, et leur servirent de modèle; toutefois l'ardente polémique conti'e l'hérésie, caractère principal de l'école d'irénée, faisait le fond des travaux d' Hippolyle, qui s'intitulait le continuateur de son maître''. On cite de lui un ouvrage sur l'époque de la célébration de la pàque, où il avait inséré une chronologie conduite jusqu'à l'an 222

i. l'Aiseb., Hist. eccl., m, 'U ; vi, 20. — Hieronym., de Vir. ill., 59. — Thcodoret., m, 2.

2. Ego vtTO, inquit, apostoloium tropœa possum ostendere. Nam sivc ill Vaticanam, sive ad Ostiensem viam pergcre libct, occuiTent tibi tropaîa corum qui ecclesiam illam fundaverunt. Euscb., Hist. eccl., ii, 25.

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