‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 214 sur 353 · LIVRE III. — CHAPI TRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPI TRE II

soit ail judaïsme', sans prétendre inquiéter davantage les deux croyances, il ne sut pas maîtriser partout les exigences l)ar])ares de la multitude et l'acliarnement des gouverneurs Aussi la tradition ecclésiastique piace-t-elle sous son règne plusieurs martyrs. En Gaule, elle compte, outre Symphorianus, le sous-diacre Andéolus, qui, parti de Valence pour aller pi-êclier ta Carpentoracte, aujourd'hui Carpenti-as, fut sui'pris dans l'accomplissement de son ministère, au bourg de Bergoïata, près du Rhône, et assommé avec une de ces épées de bois dont les gladiateurs se servaient pour s'escrimer '-. L'opinion de l'Église est aussi qu'Irénée fut martyrisé sous Sévères

On n'a rien de certain sur ce fait, mentionné pour la première fois par saint Jérôme. Mais il est fort probai)le que, si la persécution sévit avec quelfjue force dans les Gaules, ce qui ne paraît nullement démontré, elle n'oublia ni Lyon, le foyer du christianisme transalpin, ni son évêque, dont la renommée était répandue par tout le monde chrétien. Le peuple, qui, en fait de personnages historiques, conclut souvent de ce qui est beau à ce qui est vrai, n'a pas douté un instant qu'une vie pareille à celle d'Irénée n'eût fini par le martyre; et, avec cette audace de poésie qu'il porte dans tout ce qui l'émeut, son imagination a combiné les détails d'une mort vraiment grande, vraiment digne d'un héros du christianisme primitif. Suivant une légende populaire à Lyon, ce serait le terrible Sévère en personne qui, traversant

1. Judseos ficri sub gravi pœnu vêtait; idem etiam de christianis sanxit. Spartian., Scvcr., 70.

2. Ensem ad similitudincm gladii de ligno durissimo ficri jussit. Act. S. Andeol., ap. Rolland., 1 maii.

3. Ilieronym. in Isai., 64. — Greg. Turon., Hist. Franr., 29; Glor. martyr., i, 50. — Ado et Martyrol., 28 jnii.

les Gaules pour se rendre dans l'île de Bretagne, en 208, aurait voulu interroger et juger révêrfue gaulois et ses enfants spirituels. Dans celte intention, dit le pieux récil que riiistoire en cela ne saurait confirmer, l'Empereui', se délournant de sa roule, était venu, avec toute son armée, camper dans la vallée où se confondent la Saône et le Rhône. Sur une des collines qui dominaient la ville, il avait fait dresser une croix; sur une autre colline, en face, la statue de Jupiter, et au bas, entre les deux, son tribunal, où il monta, vêtu du manteau impérial, au milieu des épées étincelantes. <( Fais tes ré- <( flexions, dit-il au vieil évêque, en lui montrant d'une « main Jupiter et de l'autre la croix : choisis pour toi et « pour ton peuple'. » Irénée eut bientôt choisi : sans répondre, il prit le chemin de la croix, emmenant son peuple après lui-. Le signal du massacre fut alors donné : les soldats fondirent sur cette multitude innocente, et en firent un tel carnage, que le sang ruisselait par torrents dans les rues de la ville ^ Voilà ce que raconte la tradition ; les martyrologes se bornent à dire qu'Irénée périt avec un grand nombre de fidèles, et que Zacharie, son successeur à l'épiscopal, prit soin d'enterrer son corps. Du temps de Grégoire de ïouj's, il reposait dans la crypte de l'église de Saint-Jean, sous l'autel, entre Épipodius et Alexandre *.

Caracalla et Élagabal ménagèrent les chrétiens;

1. Irenœus a Severo positus inter duos colles, qiuim in unn crucem, in alio idolum posuisset, ut mortem per crucem vel vitaiii per idolum eligeret. Act. S. Iren., ap. Bolland., 28 jun.

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