‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 239 sur 353 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

l'action la plus étendue et la plus énergique, fut Denis, qui, prenant possession du centre et du nord, marchait comme un général d'armée, à la tète de onze missionnaires, tous pleins de foi et d'audace. Il avait gagné la moyenne Loire, marchant toujours devant lui. Tout en voyageant, il s'arrêtait pour prêcher; il était emprisonné, puis relâché, et il allait un peu plus loin catéchiser et soutTrir encore ^ 11 traversa ainsi, sans de plus graves dangers, la persécution de Décius. Vers 251, il se rendit à Paris, qui, sous le nom de Lutèce, commençait à devenir une ville importante, à cause de son port et du commerce qu'elle faisait sur la Seine. Au nomhre des compagnons de Denis, on comptait Ouintinus^, fils d'un sénateur romain, d'après les actes, ce qui veut dire prohahlement fils de quelque décurion d'Italie ; on y remarquait aussi deux frères de naissance distinguée, qui avaient appris et exerçaient le métier de cordonnier, soit pour se tenir plus à couvert sous l'obscurité de cette profession, soit pour se ménager un accès facile parmi les gens de travail, les pauvres et les esclaves : ils se nommaient Crispinus et Crispinianus ^ Nous laisserons cette troupe active et hrave, se recrutant en Gaule d'hommes qui lui ressemblaient, organiser une sorte d'invasion de toute la Belgique, et nous reviendrons aux affaires de l'Empire, qu'une grande calamité mettait alors à deux doigts de sa perte.

Peu de règnes avaient été aussi agités que celui de Décius : guerre religieuse, guerre civile, guerre étrangère, tout se réunissait pour le troubler. Lue révolte

1. Act. S. Dionys., apud Bollaiid., ',> oct. — Tillem., Mém. ecclùs., t. IV, p. 442 et suiv.

'1. Appelé conimunénient saint Quentin. — Sur., 31 oct,

:). Vulgairement saint (Irépin et saint Ciépinien. — Sin-. , 25 oct.

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éclata en Gaule, nous io-norons à quel sujet ; mais elle étail à peine ëloiifTc'e, que les Goths, sous la conduite (le leur roi Gniva, envahirent la Dacie, passèrent de là en Mœsie, et osèrent s'attaquer à la Grèce elle-même. Repousses d'abord par le fils aîné de Décius, les Barbares revinrent en force; et, refoulant cette fois les troupes romaines sur le moyen Danube, ils rentrèrent dans la Thrace,et s'avancèrent, brfdantet pillant, jusqu'au cœur de la .Macédoine '.

L'épouvante fut grande parmi ces opulentes cités de la Grèce, qui ne connaissaient plus la guerre depuis trois cents ans. Faisant peser sur l'Empereur la responsabilité de leurs malheurs, elles se soulevèrent et offrirent la pourpre à Lucius Priscus, un de leurs proconsuls-. Décius partit pour les camps du Danube; mais il n'avait pas encore mis le pied hors de l'Italie, qu'un autre ambitieux, nommé Julias \ alens, assez populaire près de la basse classe des habitants de Rome, se fit élire par elle à prix d'argent, élection ridicule qui tomba presque aussitôt devant l'opposition du sénats La paix rehgieuse profita de ces désordres ; on laissa respirer le christianisme, afin de ne pas se mettre à la fois tous ses ennemis sur les bras.

Le sénat soutenait, dans la personne duGésar illyrien, un prince tout à fait selon son cœur, car Décius possédait le caractère qui convenait à l'Occident : il était grave, modeste, soldat aux armées, et au dedans patron respectueux du gouvernement civil. 11 n'y avait pas jusqu'à la

1. Zosim., I, 12, seqq. — Jornand., de Reb. get., 18. — Atnm. Marcell. XXXI. — Aur. Vict., Cses., 29.

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