LIVKE II].— CHAPITRE III
chaleur de ses sentiments païens, jusqu'à la vivacité de sa persécution contre le christianisme, qui ne devînt pour lui une sorte de titre aux yeux des Occidentaux. Les réminiscences de l'ancienne Rome, qu'il adorait au fond de son âme, et dont il entretenait souvent le sénat, établissaient entre l'assemblée et lui un point de contact utile à la concorde, dans les affaires présentes. Avec une condescendance flatteuse, dont on lui sut gré, il rétablit la censures cette magistrature illustre qui avait dominé jadis toutes les magistratures républicaines, et qu'Auguste s'était empressé d'absorber une des premières, quand il avait accumulé dans ses mains les matériaux du pouvoir impérial. Le sénat, chargé de choisir le nouveau censeur, désigna par acclamation un de ses membres alors absent, P. Licinius Valérianus, vieillard universellement respecté, dont toute la vie, disait -on, avait été une censure^ Décius voulut lui remettre lui-même, en lllyrie, le sénatus-consulte qui le nommait, et les insignes de sa dignité ressuscitée ; et il lui énuméra, à cette occasion, avec l'exactitude d'un érudit, les attributions bien nombreuses et bien oubliées de cette charge jadis si puissante : l'épuration du sénat, sa composition, la restauration de l'ordre équestre, la surveillance des mœurs, le recensement des villes, la fixation des taxes, la juridiction suprême sur les troupes, sur le palais impérial, sur les juges, sur les préfets, etc. ; et il ajouta ces mots : (( Quant à ceux que tu n'auras pas le droit de (( juger, ils travailleront du moins à te plaire '. » Ces pa-
\. Trcb. Poli., Valerian. (Ilist. Aiig. Script., éd. Salmas.), p. 173.
2. Omnes una voce dixerunt iiiterrupto more dicendaî scntenliie : <t Valcriani vita censura est. » Id., ibid.
3. Laborabant etiam illi ut tibi placeaiit, de cjulbus non potes judicare. Id., ibid., p. 174.
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rôles étaient à olles seules la critiffue de riiisliluliou e[ la démonstialion de son impuissance actuelle ; car si quelqu'un échappait à rautorilé du censeur, il n'y avait plus de censure. Ces hommes graves jouaient à l'ancienne république avec une incontestable bonne loi; mais comme ils avaient la pratique des afifaires , ils s'arrêtaient au moment d'exécuter, et remettaient, en soupirant, à des temps plus opportuns les rêves de leur patriotisme savant. On pense bien que le nouveau Caton ne revendiqua jamais l'exercice effectif de sa charge, dont on ne parla bientôt plus, et que luimême, à son grand détriment et k celui de tous, s'empressa de mettre de côté pour quelque chose de plus réel.
La campagne de 251 réussit d'abord à Déciûs, qui recouvra la Dacie et balaya les Goths du nord de la Grèce. Après les avoir défaits dans un combat, il les poursuivait l'épée dans les reins à Iravers la Mœsie inférieure jusqu'aux bords du Danube, quand la fortune l'abandonna. Pour anéantir complètement les restes de l'armée barbare, il avait envoyé à Gallus, un de ses généraux, l'ordre d'intercepter le passage du fleuve : mais les Goths, bloqués dans un terrain sans issue, retrouvèrent le courage du désespoir. Ils livrèrent, sur la rive à moitié inondée du bas Danube, une bataille sanglante qui se prolongea pendant une grande partie du jour, et dans laquelle le jeune Décius, s'étant aventuré avec trop d'ardeur à ravant-gai'de, tomba percé d'une flèche ^ A cette nouvelle, le père sut comprimer sa douleur -. et avec l'héroïsme des vieux Romains dont il portait le nom, il s'écria que ce n'était rien, que la république ne péi'i-