CHAPITRE PREMIER
L'armée rhénane se soulève et proclame Postume empereur. — La Gaule, l'île de Bretagne et l'Espagne se séparent de l'Italie. — Empire Transalpin. Grand caractère de Postume; sa bonne administration; il sauve la Gaule des Germains. — Quel était son fils Junius Postumus. — Gallien porte sans succès la guerre en Gaule. — Victoria et son fils Victorinus. — Postume prend Victorinus pour collègue : qualités et défauts du jeune Auguste. — Seconde guerre contre les troupes italiennes; Gallien est blessé. — Postume périt dans une émeute de soldats devant Mayence. — Laelianus se fait élire Auguste, et est tué. — Victorinus règne seul; sa mort méritée.
La résignation avec laquelle Gallien parut accueillir le coup qui frappait son père contrasia odieusement avec la douleur générale: on lui prêta, à ce sujet, un propos qui, s'il n'est pas vrai, prouve du moins Tidée qu'on se faisait de ses sentiments fdiaux. On assura que, parodiant un mot sublime et bien connu, il s'était écrié en recevant la nouvelle fatale : « Je savais que mon père était mortel ! »
P. Licinius Galliénus ne manquait certes ni de talents naturels, ni de science acquise, ni de bravoure. Noble,
324 IIISTOIRK 1)K LA (iALLE.
riche, élégant, il avait mené do bonne lienie la vie des jeunes patriciens romains, vie mélangée de quelques études et de beaucoup de plaisirs. Val(M'ien, austère pour lui-même, mais faible dans le gouvernement de sa famille comme dans celui de l'État, n'avait point assez réprimé ses écarts et son penchant à la dissipation, qui finit par être indomptable ^ Les ennemis mêmes de Gailien étaient forcés de reconnaître en lui le germe des plus heureuses tacullés : un esprit vif et fécond en saillies, une éloquence facile, et surtout un rare talent pour la poésie gracieuse, où il égala parfois les grands modèles-. Mais, avec tout cela, il n'y avait en lui ni esprit de suite, ni constance, ni modération, ni réserve. Ses plaisirs dégénéraient en dissolution ^ son amour du repos en paresse et en oubli des devoirs les plus saints, son goût pour les spectacles et les amusements en prodigalités folles, qui faisaient une triste diversion à la misère publique^. Rien n'échappait aux caprices de son esprit acerbe et railleur, ni les ofticiers de son palais, ni les commandants des armées, ni le corps du sénat. On le voyait même se livrer, Ais-à-vis du peuple, à des boulTonneries à peine pardonnables chez un particulier, déshonorantes chez un empereur. En voici une qui peut faire juger des autres. Un marchand avait vendu de fausses perles à l'impératrice ; Gallien le fit poursuivre en justice, et condamner au supplice des bêles. Le malheureux,