LIVRE IV.— CHAPITRE I
ses images, et proclama Régaliaiius^ Le bruit se répandit en même temps que le mouvement insurrectionnel venait de gagner les Gaules; que les légions rhénanes avaient massacré le jeune Saloninus, et que Postume était empereur.
Ce bruit se trouva vrai, et ce n'était que la première annonce d'une longue série de désastres. On apprit coup sur coup que Valens se rendait indépendant en Achaïe , Pison en Tliessalie , Macrianus dans la basse Egypte-, que la Syrie et la Cappadoce balançaient; que la province d'Afrique commençait à remuer '. A de courts intervalles, on voyait se succéder des courriers arrivant à Rome de tous les points de l'Empire, et qu'à leurs longues hastes garnies d'ailes noires on reconnaissait porteurs de nouvelles sinisti-es : leur pasage laissait dans les populations une agitation inexprimable. Gailien, efTrayé, se rapprocha d'Auréolus, et entra en négociation avec lui^ lui assurant, outre l'impunité d'un commencement de révolte en Mœsio, des privilèges et une autorité extraordinaire qui constituait presque un partage de la souveraineté. De concert avec ce demi-collègue, il marcha contre liégalianus, que ses soldats abandonnèrent^; puis il dirigea ses pensées vers la Gaule.
Mais déjà cette province ne lui appartenait plus; ce qui s'était passé dans son sein était plus qu'une révolte de troupes, plus que la substitution vulgaire d'un empe-
1. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 189. — Aiir. Vict., Epit., .3'2.
2. Treb. Poil., Gallien., passim; Trig. tyran., p. l'.ti, 195, 196. — Aur. Vict., Caes., 33; Epit., 32. — Zosim., i, 22, — Zonar., xii, 23.
3. Paccm cum Anreolo facit, oppugnandi Postumi studio. Treb. Poil., Gallien., p. 177; Trig. tyran., p. ISH.
■i. Treb. Poil., ub snpr. ; Gallien., p. 17!'.
328 IIISTOIIIK 1)1-; LA GAULE.
reiir à un aiilrc eiiiperciir : c'était une lentativp d'indépendance provinciale, une séparation de l'Italie. Nous ji'avons que des détails fort incomplets sur l'événement ([ui détermina une crise aussi importante ; mais il paraît que l'homme de confiance de Gallien, Silvaims, uniquement occupé de contrarier Posluine, intervenait sans cesse dans tous ses actes, au nom de l'enfant dont il aAait la garde, le faisant parler et ordonner, travaillant à diviser les soldats, conspirant en un mot de toute manière et presque ouvertement contre le général que l'Empereur conservait comme son représentant avoué. Ces rivalités, et les soupçons qu'elles faisaient naître de part et d'autre, occupaient tristement la (laule et les armées, (piand les Germains de la confédération franive recommencèrent leurs incursions. Postume, toujours heureux l'épée à la main, les força de regagner le fleuve, et, après les avoir défaits dans une grande bataille, distribua à ses troupes le l)utin con([uis sur eux'. Mais Silvanus vint aussit(M, comme par l'ordre du jeune Saloninus, réclamer ce butin dont Postume, disait-il, n'avait pas eu le droit de disposer sans autorisation, et il exigea qu'on le rapportât en commun pour en faire une nouvelle distribution. Un pareil ordre était le comble de la légèreté : Postume parut s'y soumettre volontiers, fit connaître à son armée réunie les intentions du jeune Auguste, et ne s'étonna point sans doute lorsqu'il la vit, pour toute réponse, arracher de ses enseignes l'effigie des princes, et déclarer à grands cris qu'elle allait marchersur Cologne-. Postume la suivit comme à regret ; mais quand Silvanus, soiti à sa rencontre, essava de combattre, il [)rit la di-