LIVRE IV. -CHAPITRE I
que mal réglée, et d'autres signes d'un viai mérile ; mais il résulte de presque toutes ces pièces une pensée attristante. L'auteur y cède à je ne sais quelle prédilection pour la peinture des misères sociales; il s'attache, avec une complaisance amère, à nous exposer cette guerre du riche et du pauvre; guerre éternelle, hélas! mais que, dans l'empire romain et de son temps, certaines circonstances rendaient plus rude encore et plus implacable. 11 aime à placer en regard le riche et le pauvre, comme des ennemis naturels* à qui tous les moyens sont permis, la fraude et la violence, puisqu'ils se livrent des combats nécessaires, et que la société les a condamnés fatalement à se haïr. Alors ses tableaux prennent une énergie sombre : la dépossession du faible et du timide par le voisin puissant et insatiable, la progression de ces domaines sans fin qui marchent, comme le flot de la marée, et englobent successivement les champs, les forêts, les rivières, les villages, pour ne s'arrêter que devant le riche; toutes les misères de la grande propriété à esclaves y sont retracées dans une nudité effrayante. « Partout, dit-il, on chasse le peuple; il n'a plus <( d'héritage; ce qui suffisait à la nourriture d'une cité « est le parc à bétail d'un seul maître. Les riches sont (( comme les rois ou comme les nations, il leur faut pour « frontières des fleuves et des montagnes "-. » Parfois même il semble excuser les révoltes sociales, tant il prête d'énergie aux sentiments qui les inspirent. « 0 « riche! s'écrie un de ses personnages, tu es fort contre
1. Dives et pauper, inimiri. Docl. xiii, Apcs. paupcr., et alib. pass.
2. Paruni est proNinios ;pf|uare tcrminos, et possessiones suas, velut qiKi'dani gentes, fluminil)iis iiioiitibiisquc distiiigucrc. E finibus suis populus cxcluditur, nec ulhis proccdentis finis est, nisi quuni in alterum divitem incident. Dccl. xiii, Apcs. paupcr., H.
332 lllSTOIHIi DE LA GAULi:.
« moi, ciw lin seul de les coups mo tue; mais aussi tu (( ofl'res plus de prise aux miens, et je puis te faire mou- (( rir de mille morts. Quelle que soit ta confiance dans « les biens qui le protègent, écoute ! Quand j'ai fait le « sacrifice de ma vie, nous sommes égaux ^ » Ke croirait-on pas entendre ici le mot d'ordre anticipé des Bagaudes? Ailleurs, dans un morceau réellement digne de Sénèque, l'empereur gaulois, parlant de l'incertitude de la Aie et de la fragilité de nos grandeurs, ajoute : « Celui- « là seul a vécu tout ce qu'il voulait vivre, (|ui s'est dé- « cidé à mourir. » On aime à supposer qu'une si ferme philosophie ne lui iit point défaut dans cette carrière orageuse où son père l'entraîna avec lui.
Tel était le second des empereurs nonnnés par les légions rhénanes, et confirmés immédiatement par toute la Gaule. Au milieu de la dislocation universelle, le nom de Postume inspirait une telle confiance, la province gauloise présentait un point d'appui si solide, que l'Espagne-et la Bretagne^ se hâtèrent d'acquiescer à tout ce qui venait de s'y faiie. Les armées ne montrèrent pas un moindre désir d'union : aucun corps ne fit scission, aucun compétiteur n'osa s'opposer à Postume. L'armée de Bretagne, forte de trois légions, lui prêta serment de fidélité au camp retranché d'Isca, sur la côte occidentale
1. Est tamen et pauperibiis intérim dolor : et ut facilius nobis nocer potest, ita vobis latius : postremo placeas licet tibi, opum tuaium fidutia, dives; si mihi vivL-re non expedit, pares sumus. Decl. xiii, 11.
2. Dès la première année de sa puissance tribunitienne, il était reconnu en Espagne, comme le prouve l'inscription trouvée à Cordoue :
IMP, C*S. M. CASSIAM'S. lATlMLS. POSTUillS. PUS. FEr,. 1\V1CTLS. ALG. GEK.
MAX. PONT. MAX. TniB. POT. COS. III. P. P. PROC. Murator. Thés., 4G0. — Orelli, I, iOlà.
3. IM. do. \. MAU. CASsIAMO. I.AIIMO. l'OSTlMO. PIO. FEI.ICI. Hcatll (iock
prop. Brccknorli in Britann. Orelli, i, 101(3.