‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 286 sur 353 · LIVRE IV. — CHAPITKH Jl · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITKH Jl

r.HAlMTRE II.

Victoria reroit le titre de Mèro des cfiDïpx; elle refuse la pourpre impériale pour elle-même, et se contente de nommer les empereurs. — Marius. — Tétricus ; il place à Bordeaux le siège de son empire; essai de gouvernement civil. — Mort de Gallien et avènement de Claude le Gothique. — Mort de Victoria. — Factions qui divisent l'empire transalpin : parti pour la réunion à l'Italie. — Révolte et sac d'Autun ; supplices et confiscations. — Aurélien succède à Claude. — Les provinces séparées rentrent dais la communau'é romaine. — Aurélien passe en Gaule ; bataille de Châîons; Tétricus livre son armée. — Aurélien triomphe de l'empereur gaulois. — Fin de l'empire transalpin.

L'autorité de Victoria sur l'esprit des soldats avait reçu un rude échec; ni ses supplications ni ses larmes n'avaient empêché qu'on n'égorgeât, presque entre ses bras, son fils et son petit-fils ; et pourtant, le premier vertige dissipé, jamais cette autorité ne se releva plus forte et plus absolue. Les soldats l'eviennent à elle; ce sont eux, à leur tour, qui supplient avec larmes; ils veulent qu'elle les gouverne, qu'elle revête le manleau des Césars : et d'abord ils la proclament solennellement Mire des camps^. Victoria refusa la puissance impériale : elle recula, disent les historiens, devant le poids d'un pareil fardeau-, bien que des médailles aient été frappées à son effigie avec le titre qV Empereur -^ : mais louchée du repentir des .soldats,

1. Postea Mater castrorum appellata est. Trcb. Poil., Tiig. tyran., p. 186, 187, 200.

2. Quum ipsa per sefugiens tanti ponderis inoleiii... Id., ibid., p. 180. ;{. iMP. vicToniA Aiic. vel VICTOR[^•A. Eckliel, vu, 45i. — Mionnet, ii,

'ii>. — Cusi sunt ejus muni aerei, aurei et argentei quorum hodieque forma exstat a]>tid Treviros. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 200. — Au sujet

M^l lilSTOir.K ])!■; LA GAULK.

cl all.iclH'cde cœur à ces camps, devenus sa viaic patrie, elle y resta avec le tllre de 3H're, souveraine de l'ait et patronne des Empereurs. Son plan une fois arrêté, elle présenta à l'armée M. Aurélius Marins, officier parvenu, plein de fermeté et de bravoure, tel, en un mot, que les cijconstances l'exigeaient ; et l'armée , sans hésiter, nomma Marius, Auguste'.

Un jeu singulier de la fortune voulait qu'en ce moment même les provinces orientales de l'empire romain fussent le théâtre d'un drame à peu près semblable à celui-ci, et que là pareillement la souveraineté tom])àt dans les mains d'une femme. Le collègue forcé de Gailien en Asie, l'Auguste, roi de Palmyre, Odénath venait de périr, assassiné dans un festin où il célébrait l'anniversaire de sa naissance ; et Zénobie, sa veuve, s'était emparée du gouvernement, tant en son nom qu'en celui de ses trois jeunes fils. Plus ambitieuse encore et plus fière qu' Odénath, elle rejeta toute délégation de Rome et tout partage avec le César italien qu'elle méprisait; elle se fit un empire séparé qu'elle voulait étendre jusqu'au Nil et au Bosphore de Thrace, prétendant réunir en Asie toutes les subdi\ isions de la race sémitique et toutes les provinces de langue grecque. C'était quelque chose de conforme à ce qui s'était pratiqué en Occident, pour la formation de l'empire gaulois. Ainsi, aux deux extrémités de l'univers romain, et au même instant, deux femmes saisissaient, d'une main hardie, ce pouvoir qui échappait aux hommes les plus forts. Sans se connaître autrement que par la renommée, elles s'esti-

de ce titre d'Empereur, hiPi-RATon, donné à Victoria, voy. nu peu plus bas une note du même chapiti'c.

1. In xMarium (Victoria) contulit iaiperiuni... Marinai priucipeai milites nuncuparuut. Treb. Poil., Trig. tyran., p. 186, 'iOO.

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