‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 287 sur 353 · LIVRE IV. — CHAPITRK · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRK

niaient el s'aimaienl. u si la distance des lienx l'eût per- « mis, disait un jour Zénobie, j'aurais voulu partager le « monde avec Victoria, car elle me ressein])le'. » Elles se ressemblaient sans doute en beaucoup de points; toutefois , les circonstances locales avaient créé entre elles de grandes difïérences; et peut-être, si l'on compare les deux rôles, celui de Zénobie ne fut-il pas le plus difficile.

Toutes cboses, en effet, paraissaient arrangées d'ellesmêmes pour le succès de la reine de Palmyre. En devenant Auguste et impératrice, la fille du chef arabe Amrou, l'épouse d'Odénatb ne faisait que passer d'un trône à un autre. Elle venait, euAironnée du dévouement patriarcal des tribus arabes, ofi'rir la protection de ses armes victorieuses aux Syriens, aux Ciliciens, aux Égyptiens, qui se rappelaient que des femmes les avaient souvent gouvernés avec gloire. Elle savait captiver la vanité des Grecs par son esprit et sa science, surtout ])ar son admiration, sincère ou afiectée, pour leur littérature ^ Belle comme Cléopàtre qu'elle prétendait compter parmi ses ancêtres^ maiscbaslo, courageuse, éloquente, magnifique, elle eniM'ait des imaginations amoureuses de beauté, de pompe et de génie. Sous la toute-puissance de ce regard dont l'histoire nous parleS les populations

1. u Victoriani moi similem credens, in consortium regni venire, si « facilitas locorum pateretur, optavi. » Treb. Poil., Trig. tyran., p. 199.

2. Historioe Alexandrinseatque orientalis ita perita ut eam epitomasse dicatur : latinam grœce legerat. Id., ibid. — On sait qu'elle avait pour secrétaire Longin, l'autour du Traité du sublime.

3. Se de Cleopatrarum PtolciiiiL'orumque gcnte jactabat. Id., ibid., p. 198.

}. O'ulis supra moduni vi,i;cntibus, nigris, spiritus divini, venustatis incredibilis. kl., iliid., p. 190.

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oriciilJilcs se proslt inaient el ciojaioiit revoir la grande Sëmiramis, descendant après qninze siècles, des hauteurs de TEuphrate, vers les royaumes qu'elle avait autrefois conquis.

Une scène plus sombre se dessinait autour de Vicloria. Celle-ci ne devait rien qu'à elle-même. Parente d'un sénateur assez obscur, mère d'un soldat, elle avait vu d'abord son influence bornée à quelques soldats, puisa ipielques cohortes : il lui avait fallu l'étendre peu à peu, faire naître les circonstances, créer les ressorts sous les- ({uels avaient enfin plié tant d'esprits rudes et sauvages. Ces bords du Rhin, théâtre de son ambition, étaient d'ailleurs un théâtre néfaste, ensanglanté perpétuellement, agité par des traditions de meurtres et de révoltes (fui incitaient et corrompaient lesarmées. Les auxiliaires barbares, toujours prêts à quitter le drapeau qui les payait ou à le trahir, ne présentaient ni moins d'embarras, ni moins de périls que les légions. Quant aux populations, irritables et légères en Gaule, grossières et indépendantes en Bretagne, exigeantes et fières en Espagne, il fallait savoir les rallier ])ar leurs intéiêls, parleurs préjugés, par leurs superstitions-, et c'est ce qu'avait fait Victoria. Entourée de généraux romains, de rois barbares, de chefs de milice gauloise, bretonne ou espagnole, souvent en désaccord, de sénateurs également divisés, enfin d'empereurs, ses créatures et ses instruments impatients, la Mère des camps exerçait, du fond de son prétoire de Trêves, un pouvoir moins aisé que celui de Zénobie, tout aussi absolu pourtant, et qui réclamait peut-être plus de génie.

Marins, nommé sur sa désignation chef de l'empire transalpin, avait commencé par être armurier: passé du service sédentaire des i>rands arsenaux de Reims,

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