‹ Histoire de La Gaule, sous la domination romaine (volume 2)Chapitre 294 sur 353 · LIVRE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE II

Ce fut le préfet du prétoire, Héraclianus, qui se chargea de donner le signal. Pendant la première veille de la nuit, il fit répandre dans le camp une vive alerte, comme si les assiégés tentaient une attaque subite, et entrant avec Cécrops dans le prétoire de l'Empereur : « César, lui dit-il, nous sommes surpris; l'ennemi ap- « proche*. » Gallien, qui commençait à souper, sauta aussitôt de son lit, se fit amener un cheval, et, sans prendre même sa cuirasse, se dirigea bravement du côté qu'on lui indiquait, au milieu d'une profonde obscurité ^ Sa marclie était lente et interrompue à chaque pas par le flot de la multitude qui courait, qui s'armait, qui formait ses rangs en tumulte : attachés l'un et l'autre à ses côtés, Héraclianus et Cécrops le suivaient dans la foule et le gardaient à vue. Tout à coup un homme, qui resta inconnu, se plaçant à sa rencontre, lui appliqua à bout portant le fer d'un javelot sur la poitrine, et le perça de part en part'; Cécrops, à ce mouvement, tira son épée dont il frappa le prince à la tête, puis il le poussa à bas de son cheval'*. Quand la lumière des torches vint éclairer cette scène, on trouva l'Empereur baigné dans son sang et meurtri sous les pieds des che-

1. Adstans ille cœnaiiti Gallieno, ([uuni cxploralorem quemdam nuntiasse dixisset, Aureolum cum copiis suis accedere, hominem verbis hujusniodi terruit. Zosim., i, 22. — Aureolum jam venire. Treb. Poil., Gallien., p. 181.

2. Quaproptcr arma poscens, et in equum insiliens, signum militibus dabat, ut so cum armis sequerentur, ac ne corporis quidem stipatoribus cxspcctatisabf-quitabat. Itaque praïfcctus alse,nudum conspicatus, interficit. Zosim., r, 23.

3. Telo trajicitur, cujusnam, per tenebras, incertum. Aur. Vict., Caes., 33.

4. Cecropii gladio Gallienus dicitur esse percussus. Treb. Poil., Gallien., p. 181. — Zosim., I, 23. — Zoiiar., \ir.

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vau.v : 011 le Irauspoita dans sa lente, où il expira. Tout semblail réussir an j^ré des conspirateurs; mais, à la vue du cadavre souillé et défigure, les légions, d'ailleurs mécontentes de la fausse alerte qu'on venait de leur donner et du lôle qu'on leur avait fait jouer dans le complot, parurent clianger subitement de sentiments en\eis Gallien. Ce ne fuient d'un bout à l'autre de l'ariiKM' ([ue malédictions contre les assassins, que regrets pour riiomme frappé en trahison quand il marchait courageusement au-devant de rennemi. Soit que ces regrets, inspirés par l'éniotion du moment, eussent quelque chose de réel, soit qu'ils fussent simulés, comme le prétend un historien, et que le soldat, par cette comédie d'indignation , ne cherchât qu'à se faire acheter plus cher*, on n'eut pas trop du trésor de Gallien pour empêcher une révolte : vingt pièces d'or furent distribuées à chaque soldat-. Mais ni Marcianus, ni ses amis Héraclianus et Cécrops n'osèrent se porter prétendants à la succession impériale ; on ne parla que de Claude, et les troupes l'agréèrent parce que son absence éloignait de lui tout soupçon de complicité. Arrivé bien vite de Pavie, le cauteleux César approuva la conduite des soldats, enchérit sur leurs regrets, déclara que Gallien méritait l'apothéose ^ et fit conduire ses restes avec pompe dans l'antique sépulture de la famille Licinia, sur la voie

1. Occiso igitur Gallieno, scditio ingi'nsmilitnm fuit,quum spe praedœ ac publicse devastationis imperatorcm sibi utilem, necessarium, fortem, efficacem, ad invidiatn facieiidaiii, dicerent raptiini. Treb. Poil., Gallien, p. 181.

'i. Pi'oniissis itaquc i)er Marciaiiuni aurais vicenis et acceptis (tiam praesto erat thesaurorum copia). Id., ibid.

3. Aiir. Vict., Ct^., 33. — Au sujet des médailles de la consécrat'iiii de Giiilion, on peut rousult'^T Kckliel, vir, 410, et Mionnet, ii, 25 et f.uiv.

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Appienne; mais en niùme temps il eloiiiï'a la recherche du crime et laissa les meurtriers impunis'.

Il y eut clans cet événement deux grands sujets de joie pour le sénat : d'ahord il était délivré de Gallien, puis il avait ohtenu Claude; et il ne cacha point que ce désir remontait déjà à bien des années. » Claude Auguste, <i s'écria l'assemblée dans ses acclamations , la répu- « bhque t'appelait; nous t'avions toujours souhaité M » Les mots u Claude Auguste, que les dieux te conservent!)) furent répétés soixante lois '. On ajouta aux félicitations personnelles un vœu pour l'unité de l'Empire et pour la prompte réintégration de toutes les provinces sous le gouvernement de Rome : « Claude Auguste, lui dit-on, « délivre-nous de Zénobie et de Victoria; Claude Au- (1 gusle, Téfricus n'est rien devant toi! » Cette acclamation fut renouvelée sept fois''.

Ainsi prévenu dans ses projets par la rapidité des événements et menacé d'une guerre, que tout annonçait terrible, Tétricusse mil en mesure de la soutenir. Échangeant l'habit de paix pour la cuirasse, il alla sur les bords du Pdiin. au milieu des légions (ju'il connaissait à peine; et, après avoir rempli, comme les médailles semblent ^indiquer^ toutes les obligations militaires; après avoir

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